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22 avril 2006
Les étudiants de la coordination locale (CLE)
de l’université de Tizi-Ouzou, avec le soutien du MCB, ont réussi
leur pari, en organisant une marche à laquelle ont pris part plusieurs
milliers de marcheurs, près de quatre mille, selon la police et diverses
estimations, pour la célébration du Printemps berbère.
Il était plus de dix heures, dans la matinée de jeudi dernier, sur le parcours habituel de la contestation depuis 26 ans et qui va du portail du campus de l’université jusqu’au siège de la wilaya. Les étudiants et étudiantes qui constituaient le fort contingent des marcheurs étaient à la tête de la procession qui s’était ébranlée lentement. D’autres carrés constitués de personnes plus âgées suivaient derrière. Plusieurs figures du monde politique et du MCB comme le Dr Saïd Sadi du RCD et de nombreux militants et élus de ce parti ainsi que ceux du Parti des travailleurs (PT), Mohamed Amarouche, Saïd Khelil, Saïd Boukhari du MCB, ont été aperçus au milieu des carrés et venant, très loin derrière, ceux des étudiants. Les marcheurs criaient et brandissaient des slogans colorés et quelquefois bigarrés où se mêlent l’humour persifleur, le tragique et la colère. Au côtés des slogans, motivant l’essentiel de la mobilisation revendiquant “Tamazight langue officielle !”, on pouvait lire et entendre d’autres mots d’ordre comme “non au déshonneur de l’université de Tizi-Ouzou, non à une justice aux ordres, les étudiants fidèles au combat de 1980 et au combat démocratique, pour le respect des droits de l’homme, non à l’amnistie amnésie, Kabylie démocratique...” On entendra aussi des marcheurs criant “Libérez les journalistes, jugez les terroristes, libérez Benchicou”. Le pouvoir a bien sûr été brocardé par ce cri, héritage des évènements consécutifs à la mort du jeune Guermah “Pouvoir assassin”, par les manifestants qui criaient “mazalagh d’imazighen (on est toujours des Amazighs) !” Des étudiants se faisant persifleurs crient “Le prix du pétrole grimpe et la bourse des étudiants non”. Des éléments des services de police, déployés en grand nombre mais discrets, tenteront à plusieurs reprises de ralentir les marcheurs, en attendant que le rassemblement organisé au centre-ville, sur l’itinéraire de la marche se termine. La tension monte à l’approche du rond-point le Djurdjura, on craint les débordements et les provocations. Les policiers fébriles demandent aux organisateurs de ralentir le rythme et de calmer les marcheurs. D’autres fonctionnaires persuadent les animateurs du rassemblement à lever le camp ; une marche sera improvisée. Les marcheurs de la CLE et du MCB poursuivent leur procession qui se terminera devant le siège de la wilaya avec la lecture d’une déclaration de la coordination des étudiants.
IMPRESSIONS
Saïd Sadi (RCD) : “Mon sentiment après cette marche ? Il est double : confiance
et fierté. Je suis confiant, parce que malgré l’argent qui a été
versé ici pour polluer cette date symbole, la population est là
dans la rue et dans la bonne direction et avec de bons principes. Je suis fier
parce que l’écrasante majorité des marcheurs sont des jeunes malgré
qu’on ait tout fait pour brouiller les repères et les couper de la mémoire
et la mémoire est transmise.”
Saïd Khelil (MCB) : “Je suis présent
dans cette marche par fidélité à la symbolique du 20 Avril.
Le symbole est d’autant plus fort que c’est l’université de Tizi- Ouzou
qui était, ne l’oublions pas, au centre des évènements
du Printemps berbère, qui est derrière l’initiative de la marche
d’aujourd’hui. Je suis fier et optimiste, car les valeurs du 20 Avril persistent
et prises en charge par ces jeunes. Il y a des avancées, mais des difficultés
subsistent. L’essentiel est que l’esprit de ce combat persiste et c’est important
que ce soit les étudiants qui reprennent le flambeau de la revendication.
Le témoin est transmis, même difficilement.”
Saïd Boukhari (MCB) : “L’université
a été de tout temps un berceau de la lutte pour la démocratie
et de la revendication identitaire. L’université a été
pour beaucoup de raisons mise à l’écart de la contestation et
des luttes politiques, aujourd’hui elle commence à reprendre le rôle
qui a, toujours été le sien. Il appartient à la jeunesse
éclairée, aux étudiants et à la communauté
universitaire de jouer leur rôle d’éclairage de la société
et d’avant-garde des luttes pour le changement démocratique et pour le
recouvrement de l’identité amazighe dans toutes ses dimensions.”
Mouloud Lounaouci (MCB) : “La marche
et la célébration du 20 Avril par le MCB et les étudiants
s’inscrivent dans la continuité des luttes menées par plusieurs
générations de militants. L’explosion et les évènements
du Printemps 1980 sont l’aboutissement d’un combat de longue haleine, dira M.
Lounaouci dans un point de presse organisé, hier vendredi, à l’hôtel
Lalla Khadidja de Tizi-Ouzou. Le pouvoir qui n’a pas d’emprise sur le MCB, utilise
plusieurs moyens, la structuration de la délinquance et la corruption,
pour casser sa légitimité et sa popularité. Le nombre et
la qualité des marcheurs où il y a des femmes, des jeunes et des
adultes est un signe sur la vigueur et la bonne santé du mouvement qui
refuse le sectarisme. C’est réconfortant de voir les jeunes reprendre
le flambeau, même si les anciens ne sont pas touchés par l’usure.
Il y a eu des manœuvres dignes des régimes fascistes pour dévoyer
et récupérer la dynamique du Printemps berbère.”