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20 avril 2006
Le 26e anniversaire du printemps berbère est marqué par un hommage rendu au chanteur Matoub Lounès, qui reste l’un des repères de la lutte identitaire. Des activités, dont un tournoi sportif organisé hier au stade du 1er Novembre, ont été préparées et animées ces derniers jours à l’initiative de la fondation qui porte le nom du chanteur.
Un dépôt de gerbe de fleurs est prévu
aujourd’hui, sur le lieu de l’assassinat du chanteur à Tala Bounane et
sur sa tombe à Taourirt Moussa. Une caravane culturelle sous le thème
« Tamazight tehwadj lehna (tamazight a besoin de paix) »,
sillonne les chefs-lieux de daïras à la rencontre des jeunes. Ceux-ci
ont été nombreux à affluer aux expositions, projections
et conférences-débats qui étaient au programme. « Nous
sommes là pour redonner espoir aux jeunes, car l’avenir leur appartient »,
a déclaré Malika Matoub, présidente de la fondation et
sœur du chanteur. « Nous avons besoin de vous vivants. On ne veut
plus de sacrifices. Construisons ensemble ce pays, cette région. Win
idren at-idadren », a lancé la présidente de la fondation
à l’adresse de l’assistance lors d’une conférence publique. Les
assistants ont écouté Malika Matoub, qui a tenu un discours d’apaisement,
appelant les jeunes à ne pas accepter la désolation qui gagne
la scène locale et le désespoir. « Nous voulons faire
de la fondation un carrefour pour les jeunes. La vérité sur l’assassinant
de Lounès concerne ma mère et moi », a encore déclaré
Malika Matoub, qui déplore la détérioration du climat politique
local, où les protagonistes manquent d’humilité, refusant de se
remettre en cause et ne tolérant ni la critique ni la coexistence. Le
26e anniversaire du printemps berbère ne déroge pas à la
tradition malheureuse des luttes intestines entre différentes ailes se
réclamant du mouvement culturel berbère. Il est rare de recevoir
une déclaration dépourvue d’attaques voilées ou de mises
en garde. Le commun des citoyens en arrive à se demander si les rendez-vous
du printemps en Kabylie ne riment avec les règlements de compte et les
déchirements. Compagnons d’hier, ennemis jurés d’aujourd’hui,
les anciens acteurs du mouvement de protestation né en Kabylie en 1980
ne font plus enthousiasmer les jeunes. Les acquis sont pourtant importants et
pourraient constituer un motif de satisfaction commune, mais les crispations
politiques des uns et des autres minent toute dynamique pouvant stabiliser la
scène locale et lui permettre de connaître enfin un essor économique
au même titre que les autres régions du pays. Les archs, nés
des événements du printemps noir de 2001, ayant fait naître
un réel espoir d’un renouveau politique, tombent également à
leur tour dans la guerre des tranchées qu’est devenue la scène
politique locale. Certains des slogans ou déclarations des délégués
sont extrêmement virulents lorsque, loin de cibler le pouvoir, sont au
contraire dirigés contre une partie de la société civile.
Les jeunes s’accrochent à la mémoire de Matoub, l’un des rares
repères qui n’ont pas vacillé dans leur esprit. Inconsolables
de la mort du Rebelle, les jeunes assistent avec détachement à
l’explosion des invectives, essayant de se remémorer le message d’avril
1980. Déçus par l’évolution de la situation, ils se réfugient
dans le passé. Comme ce jeune vendeur de cigarettes, qui écoute
un étonnant flash d’information enregistré sur cassette :
« ...Le ministre de la Santé s’est déplacé à
l’hôpital de Tizi Ouzou où a été transféré
le corps du chanteur Matoub Lounès... ». Pour ce jeune, le
temps s’est arrêté le 25 juin 1998...