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 18 avril 2006

Le colloque organisé pendant deux jours par l’université de Tizi-Ouzou Mouloud-Mammeri a été une succession d’analyses et de témoignages sur le parcours de l’homme aux “engagements multiples” et dont la vie et l’œuvre “ont accompagné le mouvement de l’histoire”. Ultime témoignage de reconnaissance “au-delà des stéréotypes”, à celui que l’histoire a admis, bien avant sa mort, dans le panthéon des immortels.

Denise Brahimi, Ali Sayad, Wadi Bouzzar, à côté d’autres universitaires, se sont succédé pour interroger la vie et l’œuvre de Mammeri, tantôt par le retour à son texte, tantôt par le témoignage vivant et, quelquefois, émouvant. Intervenant en ouverture de la première journée du colloque, Ali Sayad, universitaire algérien exerçant en France, parlera de Mammeri “défricheur, passeur et médiateur de savoir(s)”. Le propos s’intéresse à l’érudition de l’homme qui “a intégré des horizons de pensée dissemblables, tout en restant lui-même et immergé dans la langue et la culture ancestrales. Mammeri, dira encore A. Sayad, a été un intellectuel qui a été à la confluence de plusieurs savoirs et qui a refusé les enfermements.

Dans le débat, l’universitaire reviendra sur “l’engagement pluriel” de l’auteur de la Colline oubliée et de l’Opium et le Bâton
Entre autres romans, à travers lesquels les analystes ont perçu, au-delà de la validité du travail littéraire, l’émergence d’un engagement intellectuel et politique de Mammeri qui s’illustrera, ce faisant, par son travail de berbérisant, d’anthropologue — véritable plaidoyer pour les langues et les cultures minoritaires — et par son activité militante au sein du FLN combattant. Ali Mammeri, parent de l’écrivain, a tenu à rappeler le témoignage sur la contribution de M. Mammeri au combat pour l’indépendance de l’Algérie. “Le mémorandum lu par les représentants de la Révolution et plaidant pour l’indépendance de l’Algérie à l’ONU a été rédigé par l’écrivain. La dimension politique, pendant l’engagement intellectuel de Mammeri, a été abordé dans une présentation descriptive d’une interview vidéo inédite réalisée en 1984 par Omar Aït- Aïder, auteur de la communication et universitaire. Dans cet entretien, Mammeri réfutera l’idée que son engagement se limitait au domaine culturaliste, il est aussi politique. L’auteur de la communication témoignera, citant Mammeri, que celui-ci ne se limitait pas à disserter sur les questions politiques. Il a aidé et inspiré le mouvement de libération des îles Canaries, en soutenant Antonio Cubillo, responsable de ce mouvement et qui était enseignant à Alger, pendant les années 1970. Mammeri défendait l’idée que les peuples, pour leur libération, doivent saisir le sens de la continuité historique parce que les colonialistes ont toujours essayé d’effacer la mémoire historique des peuples pour mieux les dominer”.

Amar Nabti de l’université d’Alger reviendra sur le traitement médiatique du Printemps berbère et les évènements d’avril 1980 par la presse du parti unique, par, entre autres, le quotidien El Moudjahid.
L’analyse linguistique de l’universitaire est une mise à nu de la manipulation médiatique par les journaux du parti unique des évènements de l’époque qui donneront naissance au Printemps berbère, déclenchés suite à l’interdiction d’une conférence que s’apprêtait à donner Mammeri à l’université de Tizi- Ouzou. L’universitaire a démontré les ressorts du discours et des arguments propagandistes du pouvoir, à travers des écrits de presse, un éditorial d’ El Moudjahid, notamment, truffé de diatribes contre Mammeri et de contrevérités sur les évènements, accréditant la thèse du complot et accusant les meneurs de la contestation d’intelligence avec l’étranger. Il s’agit, en somme, d’un montage et d’un argumentaire propagandiste du pouvoir de l’époque dont l’objectif était de discréditer Mammeri et les manifestants, commentera l'universitaire qui s’est attardé sur les partis pris et les positionnements idéologiques de la presse gouvernementale de l’époque. Denise Brahim dans son exposé intitulé “Lucidité, lucidité et résistance” parlera, en partant de l’analyse textuelle de certains romans et nouvelles de l’auteur, de la dimension utopiste immanente à son œuvre. L’exposé de Wadi Bouzar, qui a pour titre “L’aller, le choc et le retour”, est une réflexion sur l’attitude intellectuelle et philosophique de l’auteur de l’Opium et le Bâton sur l’histoire. Hervé Sanson, universitaire français à Paris VIII, s’exprimant dans le même contexte, part de l’analyse de la nouvelle La meute pour constater que Mammeri “ne fut jamais partisan des a priori, des catégorisations, des grilles du prêt-à-penser. Dès la Colline oubliée, constate l’universitaire, ses partis pris ne se départirent jamais d’une intelligence critique, de nuances subtiles, d’une volonté de forcer les tabous de façon éminemment élégante et mesurée (...). Mammeri fut toujours un poète présent dans la cité, citoyen jusque dans l’entreprise littéraire (qui) n’aura de cesse de prendre position”. C’est cette dimension politique et de témoignage, de dénonciation caractéristique de l’œuvre de M. Mammeri qui se poursuivra dans le débat où un intervenant aura cette formule, à l’allure de conclusion, sur Da Mulud dont l’œuvre et la vie ont “accompagné le mouvement de l’Histoire”.