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 25 avril 2006

En cette belle journée du 27/04/2002, le doux soleil printanier et ses reluisants rayons s’annonçaient tôt le matin et rien ne lui prédisait une issue fatidique qui fut pourtant la sienne, notamment pour deux jeunes lycéens, qui allaient quelques heures plus tard perdre la vie et se voir sacrifier sous des balles assassines. Les événements du Printemps noir avaient commencé depuis une dizaine de jours à travers quelques localités de Kabylie pour embraser l’ensemble du territoire de celle-ci, l’espace de quelque temps.

Les jeunes se révoltaient. L’effet et l’image qu’offraient cette journée et sa beauté avec l’esprit et le cœur de cette jeunesse, soudain ranimé par “cette lueur présage de bonheur”, était symboliquement significatif. N’est-ce pas que pendant ce même printemps, 22 ans plus tôt, avril 80, que les jalons d’une Algérie de démocratie, de justice et du pluralisme ont été jetés et les prémisses d’une ère nouvelle commençaient à bourgeonner ? Ils allaient rééditer le coup de leurs aînés, même si les acquis commencent à disparaître, “nous sommes là pour les rappeler et rentrer à notre tour, au panthéon de l’histoire”, affirmaient-ils en chœur. Le décor était donc planté pour “une autre révolution”, synonyme d’autres acquis. Une autre leçon, preuve et gage d’une jeunesse toujours prête à relever le défi et qui ne courbe jamais l’échine, allait être donnée à qui voudrait la recevoir. A Maâtkas, la bataille faisait rage depuis déjà cinq jours. Les jeunes étaient nombreux. Combien ? Deux mille, trois mille ? “Une véritable déferlante juvénile, comme on en a jamais vu par ici auparavant”, me disait un vieux avec lequel j’observais la scène de loin. Souk-El-Khemis, le chef-lieu de la daïra où se localisait la brigade de gendarmerie, ce corps symbole du caractère tyrannique du régime et à l’origine du sentiment hérétique des jeunes, est quotidiennement pris d’assaut. Il était le théâtre de très violents affrontements qui duraient jusqu’à des heures tardives de la nuit. Le nombre de manifestants augmentait au fil des jours. Les lycéens et les adolescents, auréolés et encouragés par la présence d’adultes, venus “mettre du leur et prêter main-forte”, et tout en euphorie se jetaient corps et âme dans la bataille et acculaient de plus en plus les gendarmes venus en renfort à ceux déjà existant habituellement dans la localité. L’émeute de la journée dépassait toutes les prévisions de ceux censés la réprimer et la contenir. Ni le nombre impressionnant du renfort ni encore moins les bombes lacrymogènes qui “pleuvaient” ne semblaient venir à bout ou dissuader les émeutiers décidés à en finir “avec ceux qui nous goinfrent depuis plusieurs décades”, disaient-ils. Mais, ces jeunes croyant dur comme fer en la justesse et la noblesse de leur combat ne se doutaient certainement pas que “ceux d’en face”, qu’ils affrontaient torse nu, allaient user de tous les moyens pour les mater “eux et les trublions et leur chahut de gamin”, car soudain des coups de feu retentirent. On venait de tirer à balles réelles. Les rafales d’armes automatiques tirèrent les manifestants de leur euphorie et la réalité implacable se faisait jour. Plusieurs manifestants s’écroulent en même temps et deux d’entre eux, des lycéens, y laisseront leur vie. Rachid, à peine 17 ans, touché d’une balle en pleine tête rendra l’âme sur-le-coup. Ammar de la même catégorie d’âge est atteint à l’abdomen et ni les secours de ses camarades, ni son transfert urgent à l’hôpital de Boghni ne lui furent d’un quelconque secours, car il succombera en cours de route. C’est ainsi que s’acheva cette journée, dans le sang. A côté de ces deux martyrs, on dénombra également une vingtaine de blessés à des degrés de gravité plus au moins inquiétants. Quelques jours plus tard, c’est au tour d’un autre citoyen de faire les frais de l’acharnement de taire à tout prix les manifestations. Dans la foulée des mêmes évènements, un autre jeune sera emporté par ce torrent dévastateur pour porter le tribut payé à quatre martyrs. Aujourd’hui, cinq ans après, leur sacrifice n’est pas près de s’évacuer des mémoires. Les lycéens de Maâtkas, dont nous avons rencontré quelques-uns, ont fait de leurs villages d’origine, Tighilt Mahmoud et Tadjdiout, des lieux de pèlerinage où un recueillement s’organise périodiquement.