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 02 mai 2006

Boukhalfa Bacha, Mohamed Guerfi, Mohand Arezki Himeur, journalistes à la radio Chaîne II et Mehenni Amroun, comédien et chanteur dont certains sont à la retraite, ont animé une table ronde mardi dernier au centre culturel de Bouzeguène dans le cadre des festivités commémoratives du 26e anniversaire du Printemps berbère sur l’apport de la radio Chaîne II dans la revendication amazighe, rencontre initiée par le cercle culturel Igelfan.

Devant un public très attentif, les intervenants ont mis en lumière le rôle prépondérant de cette chaîne, parent pauvre des chaînes nationales, dans la revendication portée dans la douleur et en silence par tout un peuple durant les années du plomb. Une radio objet d’une censure de tous les instants exercée par ceux qui ne voulaient pas d’un espace d’intelligence dans un média alors cible de toutes les suspicions. Les exemples et autres anecdotes rapportées par les intervenants pour parler du déni d’expression dans cette chaîne où les animateurs faisaient l’objet de persécutions permanentes avant, pendant et après les émissions dans le cadre d’une pacification touchant l’ensemble des thèmes ont laissé de glace les présents. Le moindre vocable nouveau suscitait la méfiance de la régie qui faisait la chasse au mot berbère et interpellait l’animateur en pleine émission pour lui imposer de lui substituer un vocable arabe. De nombreux chanteurs et hommes de culture étaient interdits d’antenne. Pour passer entre les mailles des filets de la censure qui s’attelait à étouffer toute voix rebelle, les animateurs rivalisaient d’adresse et de ruse pour transmettre le message revendicatif. Ce qui n’était pas toujours facile, explique le comédien Mehenni Amroun devant la vigilance des hommes du service prêts à tout pour dissuader toute expression. Concernant l’apport et la contribution des intellectuels, les animateurs évoqueront Kateb Yacine, M’hamed Issiakhem, Mouloud Mammeri et les étudiants qu’étaient Saïd Sadi, Ferhat Mehenni et autres amis de la radio. Les excursions et autres rencontres servaient de cadre de contact avec des hommes de culture éveillés à la question identitaire. Les anciens journalistes et animateurs de la radio Chaîne II songent à écrire leurs témoignages et mémoires sur le parcours de cette chaîne qui constitua le seul vrai lien avec le peuple brimé alors dans sa langue et son identité. Mohamed Guerfi parlera enfin des défis qui attendent encore aujourd’hui les animateurs de cette chaîne maintenant que tamazight est consacrée langue nationale.