
Barde au verbe sulfureux jusqu’à la subversion, Lounes MATOUB, en homme de tous les combats justes, passait déjà pour une légende vivante... Il disait toujours haut ce que nous, les « sans langue », pensons tout bas. Aussi, il n’est pas moins vrai que son ton passionné cachait mal une âme torturée de poète maudit. Il avait chanté la femme aimée, puis l’amertume de la séparation et de l’amour impossible ; l'exil, en termes de déchirements; tamazight (le berbère), langue millénaire, mais prise en otage par les gardiens du Temple; les vicissitudes de la vie, les avatars et le malaise de la société, la jeunesse et ses déboires; la mort dont il se foutait, à la limite de la raillerie. Ses visions, pour ne pas dire certitudes, d'un Avenir en dénouement heureux. Qu'il faudra bien qu'un jour les larmes fassent place au sourire, la haine à l'amour, l'ignorance et le mépris à la culture, l'intelligence... Les dégoûts à l'espoir. Mais aussi la femme Algérie. Disons, un long processus d’aboutissement à un amour polychrome, au sens katébien. Lequel aboutissement le conduira fatalement à commettre le péché suprême. Il aimait à corps perdu son pays, l’Algérie. Jusqu’à ce qu’un 25 juin 1998, au détour d’une route menant à Taourirt Moussa (son village natal, en Kabylie), des « chasseurs de lumières » le surprirent à mi-course. Nous nous découvrîmes soudain orphelins... Le vide laissé par sa tragique disparition est tellement immense. Mohamed Ziane-Khodja

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13 juin 2005
L’organisation d’un colloque sur Matoub dans une institution aussi prestigieuse que La Sorbonne montre, si besoin est, que le Rebelle revêt une dimension qui dépasse le stade folklorique, comme certaines manifestations le commémorant ont pu le faire croire.
Enfin, un hommage, à la hauteur du combattant
et artiste kabyle Matoub Lounès, sera organisé dans la capitale
parisienne. Le septième anniversaire du lâche assassinat qui a
ciblé le soleil de la Kabylie en ce triste 25 juin 1998 sera sans doute
grandiose. En France, la couleur est déjà annoncée avec
l’organisation, à la Sorbonne, d’un colloque international sur Matoub
Lounès, son œuvre et son combat. De nombreuses conférences scientifiques
seront animées par de brillants universitaires, à l’image de Yalla
Seddik, auteur d’une excellente traduction des textes de Matoub, publiée
dans un livre intitulé : Mon nom est combat. François
Gèse, directeur de la grande maison d’édition française
La Découverte animera également une communication sur Lounès.
«Le féminisme dans la poésie de Matoub» est un thème
qui sera développé par Camille Lacoste-Dujardin, directrice de
recherche au CNRS. D’autres universitaires sont aussi conviés à
cette journée commémorative où auront lieu des documentaires
et des projections.
L’organisation d’un colloque surt Matoub dans une institution aussi prestigieuse
que la Sorbonne montre si besoin est que le Rebelle revêt une dimension
qui dépasse le stade folklorique comme certaines manifestations le commémorant
ont pu le faire croire. Matoub est le seul artiste kabyle, mort assassiné
pour ses idées. Jusqu’à la dernière minute de sa vie, il
n’a pas cessé de prôner haut et fort ses idéaux tant dans
ses chansons que dans ses interventions médiatiques, notamment dans des
chaînes de télévisions étrangères. Matoub
a été l’invité de la célèbre émission
“Sept sur sept” qu’animait la non moins célèbre Anne Sinclair,
il a été également l’hôte de Patrick Poivre d’Arvor
dans le journal de 20 heures le jour même de l’assassinat du billetiste
Saïd Mekbel. En 22 ans de carrière artistique, il a produit 37 cassettes.
Il était le chanteur kabyle le plus prolifique. Matoub se distinguait
par sa sincérité profonde. Dans ses textes engagés, il
s’en prenait au pouvoir, aux islamistes, mais aussi aussi aux opposants kabyles,
dont il dévoilait les desseins : «Ce parti ou celui-là,
je ne me gênerai pas à les torpiller haut et bas…», disait-il
dans son album : Regard sur l’histoire d’un pays damné, édité
en 1991.
Sept ans après sa disparition physique, Matoub demeure le chanteur le
plus écouté par les Kabyles. Il est toujours en tête de
ventes de cassettes chez les disquaires des wilayas de Tizi Ouzou, Béjaïa
et les communes kabylophones de Bouira.