Djaout, le vigile de la famille qui avance     Hommage à Tahar Djaout     Tahar Djaout:l'arpenteur de la mémoire     L'Algérie de Djaout vaincra     Malika Domrane; "Tabargazt" honorée     Pour Malika, on n'a pas dormi toute la nuit     Malika Domrane honorée à Azazga     Ibn Khaldoun, un homme de tous les temps     Le texte feraounien au-delà de la fiction     Commémoration du 17e anniversaire de la mort de Mouloud Mammeri     Jean El-Mouhouv Amrouche retrouve sa colline     Jean El-Mouhouv Amrouche: l'homme qui pleurait en berbère     La résurrection de Jean Amrouche     «L'image poétique dans l'oeuvre de Lounis Aït-Menguellet»     Yennayer sur la neige     Fête de Yennayer: une date, une histoire     Première stèle pour le troubadour     Centenaire du grand poète Si Mohand U M'hand     Si Mohand U M'hand, ou le mythe au secours de la réalité     Rencontre avec Chérif Kheddam à Paris     Chérif Kheddam triomphe au zénith     L'hommage des héritiers de Si Mohand     «Kabylie Story», mémoire du temps qui passe     Kabylie Story ou le pays des ancêtres     Une enquête au pays     La vie est un grand mensonge de Youcef Zirem

 

 

 

 26 avril 2005

Youcef Zirem vient de signer son sixième ouvrage. Il s’agit d’un roman intitulé "La Vie est un grand mensonge" qui est une histoire sur près de vingt ans où une partie de l’épopée de la quête identitaire amazighe est racontée.

Ingénieur en hydrocarbures, diplômé de l’IAP de Boumerdès, Youcef Zirem exerce pendant près de trois ans dans le secteur industriel avant de se convertir en journaliste suite à la tolérance de la presse dite "indépendante" (parfois "privée" également) par le régime d’Alger. Youcef Zirem a parcouru nombres de rédactions comme La Tribune, le Quotidien d’Oran, Le Jeune Indépendant, La Nation, etc. En 2002-2003, il effectue un bref séjour à Paris où il participe à la création d’un hebdomadaire kabyle intitulé "Le Kabyle de Paris" qui s’est, malheureusement, éteint au bout du dixième numéro.
Il a à son actif cinq ouvrages dont
Algérie, la guerre des ombres publié en Belgique (Grip - éditions Complexe) en 2002. Dans cet ouvrage Youcef ZIREM expose les dits mais aussi les non-dits d’une tragédie. Disséquant le système algérien, il révèle comment les hommes de l’ombre maintiennent la machine du statu-quo. Il traitera de la prospérité des affaires des mafias à travers la violence entretenue. Et comme le dit Pascal Fenaux dans son introduction à l’ouvrage "[...]Youcef Zirem présente un état des lieux de médias souvent contrôlés par les services de renseignement, s’interroge sur la relation étroite entre affaires et terrorisme, rappelle la confrontation franco-américaine à propos du "marché" algérien. L’auteur met enfin en exergue les mécanismes qui permettent au pouvoir de se maintenir en place. Un pouvoir qui, grâce à l’argent du pétrole et un pluralisme de façade, continue à rendre viable l’une des dictatures les plus ingénieuses de la planète."

Nous publions ci-après un extrait du roman qui vient de paraître. Cet extrait évoque l’assassinat de Kamal Amzal, étudiant kabyle, en 1982 à Alger dans l’enceinte universitaire, par les frères musulmans.

 

 

Extrait du roman "La vie est un grand mensonge" :

Tel un forcené, Nacer monte rapidement les escaliers du pavillon de l’Institut du pétrole. Arrivé au quatrième étage, en un laps de temps, il est au bout du couloir où se trouve la chambre commune à Jeff et à Farid. Sans frapper à la porte, il y entre avec un terrible fracas. A bout de souffle, il s’écrie : « les frérots, les sales frérots ! » Allongés confortablement sur leurs lits respectifs, Farid savourait une chronique ciné de l’inimitable Serge Daney, parue dans Libération de la veille, tandis que Jeff terminait de lire Désert. A la vue de Nacer, hors de ses états, ils se relèvent d’un seul coup, prêts à la riposte.

  Les frérots, les sales frérots ! continue de râler Nacer.

  Qu’est-ce qu’ils ont encore fait ces frères musulmans de malheur ? questionne violemment Farid.

  Ils ont tué un étudiant, ils l’ont sabré.

  Où ça ? Comment est-ce que cela est arrivé ? demande avec une grande anxiété Jeff.

  A l’université de Ben Aknoun, ils ont mis fin à sa vie parce qu’il avait affiché un appel à l’assemblée générale pour le renouvellement démocratique du comité de cité, bredouille Nacer.

  Et les gens du Mouvement, qu’ont-ils fait ? interroge Farid.

  Ils ont essayé de se défendre mais en vain. Les barbus étaient plus nombreux. Ils avaient des renforts importants. Leurs complices non-étudiants étaient une légion. Ils avaient des couteaux, des sabres, des haches.
Tout de suite après, Farid et ses deux amis sont dans les rues de Sedrem. La cité-dortoir est encore calme.
Les habitants vaquent normalement à leurs occupations, cependant les Land Rover de la gendarmerie vont et s’en viennent d’une manière inhabituelle. En fin de journée, la triste nouvelle se propage dans toute la région. Les visages deviennent effarés, les regards torves sont à chaque coin de rue, les allusions à la vengeance, à peine voilées, sont sur beaucoup de lèvres. Les islamistes se font prudents et se regroupent dans les locaux qu’ils ont aménagés en mosquées. La nuit venue, les gendarmes de Sedrem découvrent dans la cour de l’Institut des industries légères un fourgon bourré d’explosifs et d’armes blanches, appartenant aux barbus. Les gendarmes ne font rien du tout. L’ordre vient d’en haut : il faut prêter main forte aux islamistes, il faut les aider afin qu’ils détruisent la revendication identitaire berbère. Le lendemain matin, Jeff et Farid sèchent leurs cours et prennent le train à destination de Tizi-Ouzou, la métropole kabyle. A leur arrivée au centre universitaire de Hasnaoua, des milliers de personnes sont déjà là. Elles attendent les moyens de transport en direction du village meurtri de Tiferdoudt. Sur ces collines oubliées, elles vont saluer pour la dernière fois, Amzal Kamel, lâchement assassiné le 2 novembre 1982, à l’âge de vingt-deux ans.

 

Youcef Zirem, La Vie est un grand mensonge (roman), éditions Zirem, Alger, 2005.
116 pages.
Ouvrage disponible, pour le moment, en Kabylie et à Alger.


Lire également :

 

Autres ouvrages de Youcef Zirem :

© www.tamazgha.fr