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28 avril 2005

«Qu’est-ce que la Kabylie ? » Retentissante question que pose Arezki Metref dans son ouvrage Kabylie Story* qui vient de paraître.

L’auteur, en fait, prend d’entrée le risque d’estomaquer, car il paraît improbable qu’il ne sache pas ce qu’est la Kabylie et impensable qu’il sacrifie la rigueur de la chose écrite à une fausse ingénuité qui serait avantageusement dans l’air du temps. Car cette question, beaucoup d’autres avant lui l’ont posée, une question à laquelle il n’y a sans doute pas de réponse toute faite et définitive. La Kabylie, c’est celle de Mouloud Feraoun, de Mouloud Mammeri, de Malek Ouary, de Jean Amrouche, celle à l’évidence de Si M’hand U M’hand dont Les Isefra ne passionnent pas que les seuls intellectuels. C’est aussi le Mont des genêts, cet arbuste malingre à flanc de piton rocheux, ce parfum de l’olivier dont l’huile est chérie au point qu’il est à se demander si en l’évoquant, on ne parle pas, ou presque, du miel. Mais c’est en cela la Kabylie de l’imaginaire, de l’inconscient collectif si porté à donner de la consistance aux symboles. Réellement, qui peut affirmer connaître la Kabylie sans s’exposer à la tentation du stéréotype dont justement se défie Arezki Metref. Son Kabylie Story est parti de l’idée de faire de la chose vue la référence incontestable. Et il n’y a rien de surprenant dans cette démarche qui traduit la quête du journaliste qu’est Arezki Metref. C’est significatif que son idée a pris corps dans les colonnes du Soir d’Algérie qui a publié sa série rassemblée sous le titre Kabylie Story. Il est difficile de ne pas le souligner : ces textes viennent dans une atmosphère qui, dans le sillage des événements tragiques qui avaient endeuillé la région, n’était pas propice à la sérénité. Il y avait place pourtant pour l’exigence et la quête, qui traverse tout le travail d’Arezki Metref, d’une singularité kabyle. Il fallait pour cela, entre Soummam et Djurdjura, faire le voyage lucide que méritait cette Kabylie où les repères, les lignes de fracture ne sont pas aussi dessinées qu’il y paraît. Il y a encore le profil de Fouroulou, mais Tizi Hibel n’appartient-il toujours qu’à l’univers feraounien ou est-il plutôt conquis par une jeunesse qui se dit que la misère n’est pas forcément plus belle sous le soleil.Il y a, toutes générations confondues, l’attachement à la terre, cette passion quasi charnelle pour un sol rare de ses dons et dont les fruits sont d’autant plus précieux. Le modèle en est - cela ne s’invente pas- Ahmed Ouyahia, cet amoureux fou de l’olivier qu’Arezki Metref a rencontré à Tazmalt. Au fond, Arezki Metref, et les lecteurs avec lui, voit que la singularité, c’est en Kabylie, comme ailleurs, d’être comme tout le monde.

Un voyage initiatique

Son pèlerinage, à travers monts et vallées, s’il est révélateur d’un sentiment fort, c’est de ce désir de vie, malgré la fatalité du chômage, l’exode terrible qu’il a suscité, mais pour que - selon le mot d’Aragon- d’un mal naisse un bien. Cette transhumance née d’impératifs économiques a façonné la Kabylie dans une sphère d’ouverture que Arezki nomme l’Ailleurs sans pour autant qu’ il soit obligatoirement éloigné comme l’Eden. Dès lors, le voyage kabyle d’Arezki Metref en semble initiatique tant il renverse préjugés et idées reçues : tout de même, et on s’en aperçoit à travers les étapes d’Azazga, d’Akbou, des Ouadhias, d’Azzefoun, de Tizi Ouzou, bien sûr, ce n’est pas seulement les effluves de l’olivier. Signes des temps, deux jeunes femmes kabyles posent devant le café Le Méridien de Tizi Ouzou. C’est une image forte qui explique largement qu’Arezki Metref se soit posé la question de savoir ce qu’est la Kabylie.On est rasséréné aussi de rencontrer au fil de ce périple Amar Metref dont La gardienne du feu sacré est une œuvre qui décline si justement le terroir. On comprend une chose dans Kabylie Story : il faut se garder des certitudes certaines. Arezki Metref, et cela dépasse l’anecdote, rappelle combien avait été iconoclaste l’organisation par le chef de daïra de Aïn El Turck, dans l’ouest du pays, d’un festival de poésie où figuraient des intervenants en tamazight. Il y avait eu le printemps noir. Les prochains printemps, n’en seront-ils que plus beaux selon le beau titre du roman de Rachid Mimouni. On pense à Elio Vittorini en lisant Arezki Metref et pourtant la Kabylie, ce n’est pas la Sicile, mais il y a l’indicible proximité de la posture humaniste, de ce réflexe élémentaire qui fait aimer la vie sans faire insulte à l’avenir. Là réside à l’évidence le parti pris d’Arezki Metref. Qui pourrait ne pas s’y reconnaître ?

* Arezki Metref : Kabylie Story, Casbah éditions - Le Soir d’Algérie, 111 pages (2005)