
![]()
Djaout, le vigile de la famille qui avance Hommage à Tahar Djaout Tahar Djaout:l'arpenteur de la mémoire L'Algérie de Djaout vaincra Malika Domrane; "Tabargazt" honorée Pour Malika, on n'a pas dormi toute la nuit Malika Domrane honorée à Azazga Ibn Khaldoun, un homme de tous les temps Le texte feraounien au-delà de la fiction Commémoration du 17e anniversaire de la mort de Mouloud Mammeri Jean El-Mouhouv Amrouche retrouve sa colline Jean El-Mouhouv Amrouche: l'homme qui pleurait en berbère La résurrection de Jean Amrouche «L'image poétique dans l'oeuvre de Lounis Aït-Menguellet» Yennayer sur la neige Fête de Yennayer: une date, une histoire Première stèle pour le troubadour Centenaire du grand poète Si Mohand U M'hand Si Mohand U M'hand, ou le mythe au secours de la réalité Rencontre avec Chérif Kheddam à Paris Chérif Kheddam triomphe au zénith L'hommage des héritiers de Si Mohand «Kabylie Story», mémoire du temps qui passe Kabylie Story ou le pays des ancêtres Une enquête au pays La vie est un grand mensonge de Youcef Zirem

![]()
14 mars 2006
Premier
ministre à Béjaïa, mercenaire en chef des tribus Banou Hillal
à Biskra, conseiller des princes de Grenade, égérie des
dynastes de Tlemcen et de Fès, professeur à la Zitouna de Tunis,
grand Cadi malékite du Caire, interlocuteur de Pierre le cruel de Séville
et de Tamerlan, le maître de Samarkand ! Intriguant de cour, militaire
de terrain et grand intellectuel de son époque…Qui est donc Abderahman
Ibn-Khaldoun ?
"Né à Tunis en 1332, mort au Caire en 1406, historien
et philosophe arabe, il a laissé une immense chronique générale,
précédée de Prolégomènes où il expose
sa philosophie de l’histoire". Voilà ce que dit le dictionnaire
Larousse de cet illustre auteur !
"C’est l’une des grandes personnalités de tous les temps",
soutient F. Rosenthal "C’est une gloire du Maghreb", ajoute
Ibn-El-Khatib.
L’université algérienne avait montré un intérêt
certain pour l’œuvre d’Ibn-Khaldoun dans les années 70, à travers
l’introduction de modules sur sa pensée dans les programmes de
sociologie notamment. Des équipes avaient alors tenté de travailler
avec ses concepts porteurs pour projeter une explication originale du sous-développement
tragique qui frappe notre société. De nombreuses contributions
et études avaient alors été menées pour demeurer
l’apanage de cercles académiques restreints. Ce fut la mode Ibn-Khaldoun,
et comme toutes les modes, elle dura le temps d’un feu de paille.
Wali-ad-din-Abou-Zaid Abd-Erahman-Ibn-Mohamed -Ibn-Khaldoun est d’une famille
originaire de Hadramout, en Arabie du Sud. Un de ses aïeux, Khaldoun
Ibn-Athmane, avait émigré en Espagne à la fin du 3ème
siècle de l’Hégire, et c’est sous la dynastie Ommeyade d’Espagne
que les Khaldoun avaient connu une grande prospérité. Repliés
au Maghreb après la disgrâce des Almohades, ils participèrent
au règne des Hafsides de Tunis où ils consolidèrent une
position socioéconomique et politique aristocratique enviée.
Le jeune Abderahman grandit donc dans un milieu aristocratique riche en biens
et en culture. Les privilèges socio-économiques lui ont permis
d’accéder tôt aux cercles politico-militaires de l’époque.
Il a été ainsi marqué par une existence
mouvementée, mêlée de près à la vie politique
de l’Occident musulman (Maghreb).
Il fit des études avancées à la Zitouna de Tunis. Il y
apprit, entre autres, le droit, la philosophie et les sciences naturelles. L’invasion
de Tunis par les Mérinides de Fès en 1347 emmena avec elle d’illustres
professeurs venus d’Andalousie ce dont profita longuement l’élève
Abderahman . Il perdit ses parents en 1349 victimes de la terrible peste noire
qui ravagea l’Orient, l’Afrique du nord et le sud de l’Europe. A l’âge
de 20 ans, Ibn-Khaldoun occupe son premier poste important en tant que secrétaire
personnel du Sultan Abou-Ishaq (1352).
Tenu d’accompagner le Sultan sur le terrain des batailles il fit connaissance
de la réalité des tribus. Retiré à Biskra durant
un an, il rejoint Tunis où il se maria avec une fille de famille riche.
Il quitte Tunis pour Fès où il reprend ses études pour
réussir à se faire nommer secrétaire particulier du Sultan
Abou-Inan. Arrêté en 1356, il connut la prison deux années
durant. Fort de ses appuis familiaux, il est placé sous la protection
du Sultan Naciride de Grenade. Il sera chargé de missions délicates,
notamment auprès de Pierre le Cruel, roi de Séville.
Premier ministre à Béjaia
Après des démêlés avec la Taifa de Grenade, Ibn-Khaldoun
se rend à Béjaia où Abou-Abdellah, prince Hafside dissident,
vient de prendre la Ville (1364).
Ibn-Khaldoun se voit confier la charge de Premier ministre et celle de prédicateur
de la grande mosquée El-Qaçaba. Bejaia ne tarda pas à tomber
entre les mains d’un autre dissident Hafside, Abou-Abbas, prince de
Constantine. Ibn-Khaldoun tenta de fomenter un coup d’état avec l’aide
d’Abou-Hamou, le souverain Abdelwadide de Tlemcen. La tentative échoua
lamentablement et Ibn-Khaldoun se réfugia auprès d’une tribu
Banou-Hillal, les Dawawida, du côté de Biskra, ville charnière
importante entre le sud et le nord. Les analystes remarqueront que c’est à
Biskra qu’Ibn-Khaldoun parvint à étudier avec minutie les caractéristiques
des tribus nomades, qu’il exposera et systématisera dans la Mouqadima.
En 1370, il prend une activité gouvernementale à Tlemcen. Une
guerre éclate entre Fès et Tlemcen. Ibn-Khaldoun est arrêté,
il s’allie à son adversaire auquel il propose la conquête de Béjaia
avec l’appui des tribus guerrières acquises à Abou-Hammou II.
La tentative échoue. Ibn-Khaldoun devint un personnage trop encombrant
par ses intrigues. Arrêté à Biskra, il fuit vers Tlemcen,
avant de rejoindre Marakech puis Grenade en 1374. Réconcilié avec
Abou-Hamou II, il s’acquitte de missions dangereuses de condottiere des tribus
fidèles au souverain. Il décida de rompre avec cette vie de mercenaire
pour se consacrer à l’écriture.
Sentant le besoin de faire le point sur sa vision de la situation du Maghreb
musulman et de la déliquescence dans laquelle il était entré,
Ibn-Khaldoun se retira de la vie politique pour se consacrer quatre ans durant
(1375-1378) à la rédaction de son œuvre majeure : "Les
Prolégomènes". Il se réfugia donc à Frenda
dans la Qelaâ des Beni-Sellem où il rédigea la “Mouqadima”
et une partie de “L’histoire des Berbères”. Après ces quatre années
de réclusion féconde, il rejoint Tunis où il prendra un
poste de professeur à la Zitouna. Il y continuera la rédaction
de “L’histoire des Berbères”. Il occupait également le poste de
grand Cadi et prédicateur de la mosquée de Tunis. Ses rivaux rigoristes,
notamment Ibn-Arafa, orchestrèrent contre lui une cabale, l’accusant
d’hérésie, répandant une idéologie hétérodoxe.
Il résolut alors de quitter définitivement le Maghreb pour émigrer
vers l’Orient. Il arrive au Caire en 1383.
Sa réputation était telle que la population du Caire l’accueillit
en grandes pompes et que Barkouk, le général turc qui fonda la
dynastie Mamelouk au Caire en 1382, le nomma grand Cadi malékite du Caire,
fonction qu’il cumula avec de périlleuses missions telle celle qui le
mena auprès de Timur lang, (Tamerlan) le sanguinaire successeur de Gengis
Khan. Ibn-Khaldoun occupera sa fonction de grand Cadi jusqu’à sa mort
survenue à l’âge de 74 ans, le mercredi 18 mars 1406.
L’univers arabo-musulman du XIVème siècle, dans lequel évoluait
Ibn-Khaldoun, était marqué par le déclin civilisationnel.
Il était à l’apogée de la crise : les multiples
centres de pouvoirs vivaient le temps de l’effritement, de l’instabilité
et des complots, comme en témoigne la brève biographie de l’auteur,
chargée d’aventures et de rebondissements.
Des rivalités sanglantes et permanentes animaient les principaux acteurs
des dynasties dont le déchirement était aiguisé par les
appétits européens qui organisaient le maillage de la région
pour imposer leur hégémonie. Le monde musulman s’effilochait dans
trois directions, l’Orient, le Maghreb et l’Andalousie.
En Espagne, le Sultanat naciride était en voie d’absorption par la reconquista
espagnole. En Orient le pouvoir était aux mains des Mamelouks, une dynastie
turque islamisée, en déclin, qui peinait face aux invasions de
Genghis-Khan. Au Maghreb, trois dynasties se disputaient les vestiges des grands
royaumes Almohades et Almoravides qui, en leur temps, avaient réussi
l’unité du Maghreb et de l’Andalousie. Les tribus et dynasties Mérinides
au Maroc, Abdelwadides en Algérie et Hafcides en Tunisie, étaient
en lutte perpétuelle entre elles pour de petits pouvoirs, des villes
ou des positions éphémères loin de tout objectif unitaire.
Intrigues, assassinats, complots étaient les armes favorites pour s’emparer
du pouvoir. C’est dans cette trame de manœuvres dramatiques qu’Ibn-Khaldoun
dut évoluer. Sa capacité d’adaptation, son opportunisme, voire
sa force d’intrigue et de versatilité ont sans doute à maintes
reprises sauvé sa peau.
Ibn-Khaldoun a été mêlé de près à
la vie politique et militaire des dynasties du Maghreb de son temps. Son activité
pratique lui permit de connaître mieux que quiconque les bases socio-économiques
des équilibres politiques des royaumes qu’il eut à servir.
Acteur direct, il put analyser sa société comme sociologue de
terrain et non avec une quelconque distance. Intellectuel fécond,
Ibn-Khaldoun nous permet aujourd’hui de comprendre le pourquoi et le comment
des remous qui secouaient tragiquement le monde dans lequel il évoluait.
Il est connu comme l’auteur des “Prolégomènes” qui constituent
une longue introduction à son immense travail paru sous le titre de “Histoire
universelle” dont le titre original est “Kitab el ibar wa diwan el moubtada
wal khabar”. Outre la “Mouqadima”, cette gigantesque contribution se compose
de six autres ouvrages dont les plus connus traitent de “L’histoire des Berbères”.
Il est également l’auteur de nombreux essais sur Ibn-Rochd, Ibn-el-Khatib
et d’ouvrages d’arithmétique, de sociologie religieuse et d’une autobiographie.