La population de Bouira en deuil Salah Boukrif inhumé hier à Aï Brahim «Un homme intègre qui n'a jamais cédé aux tentations»


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28 avril 2005
Les obsèques de feu Salah Boukrif, un vieux militant de la cause amazigh et membre de la direction nationale du RCD, ont été, hier, à la hauteur du défunt.
Ce sont des milliers de personnes, venues de différentes
régions du pays, qui ont tenu à accompagner Salah à sa
dernière demeure, à Aït Brahim, son village natal perché
sur les hauteurs de la commune de M’chedallah, dans la wilaya de Bouira. Hier,
le domicile parental du défunt grouillait de monde. Dès la matinée,
plusieurs véhicules affluaient déjà au village.
Des amis de longue date de Salah, notamment ses compagnons de lutte, à
l’image de Ali Brahimi, Tarek Mira, Hamid Lounaouci, Djamel Zenati, Arezki Aït
Larbi, M’hand Amarouche… ont tenu à marquer de leur présence
cette cérémonie funèbre. Ses camarades du RCD étaient
également nombreux à se déplacer à Aït Brahim
pour rendre un grand hommage au militant disparu. La délégation
des membres de la direction du RCD était conduite par le président
du parti, le Dr Saïd Sadi, venu partager la douleur et surtout consoler
la famille du défunt.
Ces obsèques ont été aussi l’occasion pour certains
anciens militants du MCB de se retrouver. Vers les coups de 13 heures, la foule
a été invitée à prendre le chemin du cimetière
du village. La procession humaine aura à emprunter un sentier sinueux,
sous un soleil de plomb. Arrivé sur les lieux, tout le monde se dirigea
vers la tombe de Salah. C’est dans une atmosphère chargée de tristesse
que les retardataires jetteront un dernier regard sur la dépouille de
Salah exposée devant sa tombe. Drapé dans l’emblème national,
le corps de Salah sera enseveli dans un silence religieux, que l’oraison funèbre
digne d’un grand militant des causes justes rompra.
Après avoir remercié l’assistance et rappelé brièvement
le parcours de son ancien compagnon de lutte, Ali Brahimi, un autre militant
du MCB, originaire de la même région, cédera la parole au
Dr Saïd Sadi qui lancera d’emblée : “Nous venons de perdre l’un
des rares militants de la démocratie que l’Algérie post-indépendante
avait enfantés. Salah est issu d’une famille modeste pour rester un homme
modeste jusqu’à son dernier souffle. je l’avais connu à la prison
de Berrouaghia, où nous avons mené un autre combat ensemble. Les
prénoms qu’il avait donnés à ses trois enfants renseignent
à plus d’un titre sur son engagement et ses convictions politiques. Il
prénomma son premier enfant Yacine, par admiration à l’illustre
écrivain Kateb Yacine, puis Ghilès et Tin-Hinan, deux prénoms
berbères, qu’il donna à ses deux autres enfants.”
Rencontrée lors des funérailles, Mme Nouara Boukrif, épouse
du défunt Salah lâchera : “Je viens de perdre Salah après
vingt ans de vie commune. J’ai senti sa mort depuis quelques jours déjà.
Il est vrai que mon mari souffrait terriblement d’un asthme, mais il faut savoir
également que les pressions et les intimidations qu’il n’a cessé
de subir de la part d’une administration ingrate, et ce, depuis notamment le
retrait du RCD du gouvernement, ont beaucoup contribué à la dégradation
de son état de santé. Salah a été persécuté
par l’administration qu’il avait servie pourtant avec abnégation durant
plusieurs années pour le seul tort d’être militant démocrate.
Aujourd’hui, comme pour effacer tout ce mal qu’on lui a causé de son
vivant, des représentants du service social du ministère de l’Enseignement
supérieur ont été chargés de me remettre ce matin
une somme d’argent que j’ai refusée au passage, car je considère
que c’est indécent de leur part.” Le chanteur Idir Tagrawla, M’hand Amarouche
du MCB et Abdellah Bendaoud du mouvement culturel chenoui (Tipasa), très
affectés par la disparition de celui qui fut l’une des “chevilles ouvrières”
du printemps berbère d’avril 80, ont tenu, de leur côté,
à souligner les “qualités exemplaires” de l’homme et du militant
de la cause identitaire. “Salah était un homme juste. Il a servi des
causes justes. Son combat doit être un repère pour les générations
futures”, ont témoigné ses anciens camarades de lutte.