La statue de Matoub saccagée     Le neveu de Abane Ramdane lance un appel au président     Abane, une mémoire algérienne     Graves manquements au droit

 

 

28 décembre 2005

En ce matin du 27, l’ambiance au cimetière d’El Alia, à Alger, est un peu particulière. Une ambiance qui n’épouse pas celle habituelle de la mort. Carrousel de voitures rutilantes, policiers en faction, de nombreux hommes et femmes soigneusement endimanchés plantent le décor d’un cimetière qui a visiblement subi un bon lifting.

L’événement était important, solennel. Il s’agit bien sûr du recueillement sur la tombe ( ?) de Abane Ramdane. 10h25. De petits groupes de personnes se forment au Carré des martyrs. Les conciliabules et autres chuchotements se font entendre. Le sujet ? Abane Ramdane, les commanditaires de son assassinat, le lieu où reposent ses ossements et, fait nouveau, les exécutants du crime. Dans la foule, il n’y a pas que des inconnus. L’ex-président de l’APN, Karim Younes, Belaïd Abrika, Abdelkrim Hassani, Khalfa Mammeri, Madjid Amirat Zahir Ihaddadden (ancien maître de conférences à l’ISIC)... et invitée surprise : Anissa Boumediène, la veuve de l’ancien président Houari Boumediène. 10h35. La foule s’ébranle dans un silence religieux au sens propre et figuré vers la sépulture de Abane Ramdane, située juste en face de celle de Ali Mellah. Le neveu du chahid Ali Abane et Abdelkrim Hassani, président d’une association patronale, accompagnés de jeunes scouts, déposent la première gerbe de fleurs. Belaïd Abrika et Khaled Guermah font de même, comme pour signifier que le combat de Abane est aussi celui des archs. Minute de silence. Abdelkrim Hassani, également époux de la sœur du glorieux Ben M’hidi, récite la Fatiha. Le ton solennel et les mains tremblotantes, il invite les présents à prier pour l’âme de Abane. Sans plus. Et ce plus sortira de la bouche du neveu de Abane Ramdane qui, dans une déclaration manuscrite et lue à l’assistance, réitère son appel au président de la République - à qui il souhaite au passage un prompt rétablissement - « à briser la loi du silence » sur l’assassinat de son oncle et de faire en sorte de retrouver les ossements du chahid, enfouis quelque part au Maroc.

« Je connais les exécutants du crime... »

« A partir de ce lieu sacré, je réitère l’appel de notre famille au Président pour qu’il retrouve les ossements de Abane Ramdane », lance Ali Abane. Le rideau est baissé sur la cérémonie. Le voile se lève maintenant sur les « nouvelles » qui ne se racontent pas en public. Ali Abane fait une grosse révélation. Pour la première fois, il évoque des exécutants du crime. Si jusque-là, les Algériens ne connaissent que les fameux trois « B » (Abdelhafidh Boussouf, Krim Belkacem et Lakhdar Bentobal), présentés par les historiens et les historiques comme étant les assassins de Abane, le neveu de ce dernier parle maintenant de ceux qui avaient « étranglé » son oncle sous les ordres du triumvirat. « Ils sont quatre et tous en vie, sauf un. Je les connais tous, mais tant que nous n’avons pas encore rassemblé les preuves, nous ne pouvons rien faire... », affirme Ali Abane. Voilà donc une autre pièce à conviction à verser au dossier de la mystérieuse mort de l’architecte de la Révolution. Un autre front de combat s’ouvre ainsi pour la famille Abane qui peine déjà à retrouver les ossements de ce dernier pour pouvoir faire définitivement son deuil. Scène un peu bizarre hier à El Alia : Zahir Ihaddadden et trois autres personnalités conseillent Ali Abane de s’informer à Tétouan, au Maroc, sur cette fameuse ferme où serait enterré Abane. Ils parlent d’une ferme, d’un immeuble en face et... comme s’il s’agissait d’un objet caché. Et dire que c’est du géant Abane Ramdane dont il est question. 11h20. El Alia se vide de ses occupants d’un jour. Rendez-vous le 27 décembre 2006. D’ici là, Abane Ramdane risque de reposer en paix. A moins que...