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     ALGÉRIE

>>> Alger quadrillée par des milliers de policiers. El Watan, 11.02.2011

>>> L'État et les citoyens prennent leurs dispositions. Samy Cherroud; TSA, 11.02.2011

>>> Appel pour une transition pacifique. El Watan, 11.02.2011

>>> Les coulisses des organisateurs. Zouheir Aït Mouhoub; El Watan, 11.02.2011

>>> Safy Boutella: «Je rentre à Alger pour marcher». Safy Boutella; El Watan, 11.02.2011

>>> Samedi, le tournant ? Sofiane Aït-Iflis; Le Soir d'Algérie, 10.02.2011

>>> Saïd Sadi: «Le peuple peut enfin récupérer son destin» Arab Chih; Liberté, 10.02.2011

>>> Pourquoi les Algériens ont le droit de marcher. K. M.; Le Soir d'Algérie, 10.02.2011

>>> Mobilisation à Tizi Ouzou et Béjaïa. Kamel Medjdoub & Hafid Azzouzi; El Watan,10.02.2011

>>> Alger inspire Oran. Saïd Rabia; El Watan, 10.02.2011

>>> Le collectif des artistes de Béjaïa soutient la marche... A. K.; Le Soir d'Algérie, 10.02.2011

>>> La marche du 12 février a déjà commencé sur Facebook. Salim Koudil; Liberté, 10.02.2011

>>> Les principaux acteurs  de la CNCD appellent à la... Nabila Afroun; Liberté, 10.02.2011

>>> Saïd Sadi: l'autre libération. Saïd Sadi; Le Soir d'Algérie, 10.02.2011

>>> L'appel de Amazigh Kateb. Amazigh Kateb; El Watan, 10.02.2011

>>> Forte mobilisation citoyenne. K. Reguieg-Yessad; Liberté, 10.02.2011

>>> «Des témoingnages font état d'intimidations et de menaces. Samia Amine; TSA, 10.02.2011

>>> Ali Yahia Abdenour: «Tous derrière les jeunes» Arab Chih; Liberté, 10.02.2011

>>> Anouar Benmalek: «Qui êtes-vous pour refuser...» K. Smaïl; El Watan, 10.02.2011

>>> Abdelkrim Djaâd: «Évitez-nous, Monsieur le Président...» A. Djaâd; El Watan, 09.02.2011

>>> «C'est le système qui doit changer». Mustapha Benfodil; El Watan, 06.02.2011

>>> Djamel Zenati: «Je serai présent à la marche du 12». Farid Alilat; El Watan, 06.02.2011

>>> Le Pouvoir joue à huis clos. Madjid Makedhi; El Watan, 06.02.2011

>>> Le changement pour une alternative démocratique et sociale. CCDR; El Watan, 06.02.2011

>>> Appel de la Coordination nationale pour le changement et la démocratie. Le Soir d'Algérie, 06.02.2011

>>> Le maintien de la marche du 12 février confirmé. Farid S.; Le Soir d'Algérie, 06.02.2011

>>> Acculé, Bouteflika entreprend de ravaler la façade du système. Zine Cherfaoui; El Watan, 05.02.2011

>>> Alger sous régime policier. Mustapha Benfodil; El Watan, 05.02.2011

>>> Les fausses concessions de Bouteflika. Kamel Amarni; Le Soir d'Algérie, 05.02.2011

>>> «La levée de l'état d'urgence n'est pas une fin en soi». Nabila Afroun; Liberté, 05.02.2011

>>> Lettre publique à Bouteflika. Ali Bensaad; El Watan, 02.02.2011

>>> «Les gens qui nous gouvernent veulent que le sang coule» Samia Amine; TSA, 02.02.2011

>>> Mostefa Bouchachi: «Le 12 février nous marcherons». Madjid Makedhi; El Watan, 02.02.2011

>>> Imposante marche à Tizi Ouzou. Hafid Azzouzi; El Watan, 02.02.2011

>>> Bouteflika. Silence imposé ou calculé. Fayçal Metaoui; El Watan, 31.01.2011

>>> «La manifestation est maintenue». Samia Amine; Tout Sur l'Algérie, 30.01.2011

>>> Marche du RCD à Béjaïa. Des milliers de personnes réclament le «départ du régime». Kamel Medjdoub; El Watan, 30.01.2011

>>> L'itinéraire de la marche du 12 février déterminé. Fardi S; Le Soir d'Algérie, 30.01.2011

>>> Manifestation samedi en Kabylie pour «un changement du régime» AFP; El Watan, 29.01.2011

 

>>> Béjaïa. Le RCD a mobilisé des milliers de marcheurs. Kamel Madjdob; El Watan, 29.01.2011

>>> Marche à Alger le 12 février. Madjid Makedhi; El Watan, 29.01.2011

>>> De folles rmeurs sur un changement de governement. Saïd Rabia; El Watan, 27.01.2011

>>> ÉCHOS... Un plan d'assassinat du Président de l'Anavad déjoué. Siwel Info, 27.01.2011

>>> Marche du RCD à Alger. État de siège et répression. Mustapha Benfodil; El Watan, 23.01.2011

>>> Alger. La marche empêchée; plusieurs arrestations. Le Matin, 22.01.2011

>>> Risque «d'explosion» sociale, selon Mostefa Bouchachi. El Watan avec AFP, 22.01.2011

>>> Algérie. Le Pouvoir réprime la marche pacifique du RCD. A Semmar; El Watan, 22.01.2011

>>> Marche du RCD. Alger quadrillée par un impressionnant dispositif sécritaire. Samy Cherroud; Tout Sur l'Algérie, 22.01.2011

>>> Marche du RCD à Alger. Bouteflika sort l'artillerie lourde; plusieurs blessés; plusieurs arrestations; des hélicoptères survolent la capitale. A. K; Le Matin, 22.01.2011

>>> La marche du RCD à Alger. Les événements en direct. Tout Sur l'Algérie, 22.01.2011

>>> Empêchement de la marche du RCD. Des blessés devant le siège du parti à Alger. Rabah Beldjenna; El Watan, 22.01.2011

>>> Plusieurs dizaines d'Algériens arrêtés par la police, selon des responsible du RCD. Le Matin, 22.01.2011

>>> La société civile rejoint la marche du RCD. Arab Chih; Liberté, 22.01.2011

>>> Bras de fer entre le RCD et les autorités. Salima Tlemçani; El Watan, 22.01.2011

>>> Ambiance festive au siège du RCD . Salima Akkouche; Le Soir d'Algérie, 22.01.2011

>>> Appel du RCD France. RCD France; Le Soir d'Algérie, 22.01.2011

>>> Les opposants du dernier quart d'heure ! Hakim Laâlam; Le Soir d'Algérie, 22.01.2011

>>> Renforts policiers dans la capitale. A. Bettache; Le Soir d'Algérie, 22.01.2011

>>> Pétition. Ensemble, pour un changement démocratique. Le Matin, 21.01.2011

>>> Des étudiants de Tizi Ouzou interceptés à Bab Ezzouar. Samia Amine; Le Soir d'Algérie, 21.01.2011

>>> Communiqué du RCD. Affolement, irresponsabilité et fuite en avant. RCD, 21.01.2011

>>> La wilaya appelle les citoyens à la sagesse et à la vigilance. APS, 20.01.2011

>>> Communiqué du RCD. La marche du 22 janvier est maintenue. RCD, 20.01.2011

 VIDEOS

>>> La marche à Alger du CNCD le 12 février est maintenue. Youtube, 05.02.2011

>>> La Coordination nationale pour le changement et la démocratie. Youtube, 29.01.2011

>>> Marche pacifique du RCD à Béjaïa. Youtube, 29.01.2011

>>> Berbère TV. «Macahu entre les lignes» reçoit Ferhat Mehenni. Dailymotion, janvier 2011

>>> Berbère TV. «Macahu entre les lignes» reçoit Rachid Ali Yahia. Dailymotion, novembre 2010

>>> Tous ensemble face aux dínosaures qui nous gouvernent. Youtube, janvier 2011

>>> Répression de la marche du 22 janvier, organisée par le RCD. Youtube, 22 & 23.2011

 

 

COORDINATION NATIONALE POUR LE CHANGEMENT ET LA DÉMOCRATIE

Appel

La Coordination nationale pour le changement et la démocratie (CNCD) informe que la marche nationale et pacifique, prévue à Alger le 12 février 2011, est maintenue sur l’itinéraire (Place du 1er Mai, Place des Martyrs) et à l’horaire (11 heures) initial.

La coordination renouvelle son appel à une large mobilisation populaire pour appuyer cette dynamique pour le changement et la démocratie.

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© Le Soir d'Algérie du 06 février 2011


 

 COORDINATION NATIONALE POUR LE CHANGEMENT ET LA DÉMOCRATIE 

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Alger, 05 février 2011. La Coordination nationale pour le changement et la démocratie compte aller jusqu'au bout de son combat. La marche du 12 février à Alger aura bien lieu.


 

 

 

Evitez-nous, Monsieur le Président, de nouvelles humiliations et d’autres tragédies

Alger va-t-elle encore brûler, Monsieur le Président ? Allons-nous vivre les convulsions d’antan ? N’entendez-vous pas cette violence qui sourd et ces colères contenues qui disent toutes nos indignations ? Quelle sensation devriez-vous encore éprouver pour sortir de ce silence dans lequel vous vous drapez dans le mépris souverain des gémissements d’un peuple qui n’en peut, mais… ? La furie tunisienne, celle des Egyptiens, ces cris de liberté à gorge déployée, ces torses découverts pour mieux recevoir les balles assassines, ce désespoir épais qui annonce toutes les révoltes, tout cela, Monsieur le Président, ne semble être, pour votre auguste personne que roupie de sansonnet, que cris d’orfraie de petites âmes en chagrin. Quel crime suprême avons-nous donc commis pour mériter ce dédain – Ô cher souverain ! – au point que nous ne puissions même plus rencontrer votre regard ?

Vos thuriféraires, rompus à toutes les veuleries, vous ont, sans doute, renseigné sur l’état de l’opinion. On entend déjà leur antienne «L’Algérie, n’est pas la Tunisie, encore moins l’Égypte» qui claque comme un oripeau dans les vents mauvais d’une tourmente attendue. Ces séides, dans une contorsion de mains de satrapes avertis, ne vous disent rien de notre désir irrépressible de vivre et d’espérer. Ils tairont, dans leurs sournois desseins, les immolations, les ventres creux, les suicides et ces jeunes qui préfèrent s’abîmer dans les fonds marins qu’errer dans les rues lépreuses d’Alger. Nous comprenons que les bouleversements prodigieux qui ont eu lieu à Tunis et au Caire ne vous inspirent guère parce que la révolte, comme le pensent ces benêts, n’est pas contagieuse. Ils vous susurreront que la dignité humaine, aussi, n’est pas la même selon qu’on s’épouille dans un bidonville tunisois ou dans un cloaque algérois, mais ils oublient que, sous ces latitudes tout est furieusement égal. On le sait depuis la nuit des temps que les peuples ne sont pas faits de la même eau – et devraient-ils, Monsieur le Président, se flageller à cause de ces différences biologiques et économiques ? – mais, tout autant ils sont mus par les mêmes espérances et, sans doute, par la même conscience citoyenne.

Aux dernières émeutes d’Alger – alors que la rue tunisienne, souvenez-vous, était à ses premiers vagissements et Ben Ali un dictateur insolent qui donnait encore du menton devant la tremblotante caméra de la télévision locale – vous avez délégué vos pouvoirs à un obscur ministre qui s’est cru perspicace d’ouvrir une saison de soldes avant terme pour absorber les colères incandescentes d’une rue en furie. Le pôvre a décidé – décidé ? quel bien grand mot, Monsieur le Président, s’agissant d’un sous-fifre qui bégaie des réponses insensées – de baisser, en dépit des lois, les prix de l’huile et du sucre. C’est bien la peine d’être citoyen dans un pays qui mesure son degré de conscience à l’aune de l’altimètre de l’œsophage, mais enfin, vous conviendrez, que dans une contrée où l’on se complaît chaque matin à compter les milliards de dollars, constituant le matelas des réserves de change, et où on néglige d’inventorier les miséreux et les laissés-pour-compte, que la notion de citoyen est toute relative, voire pusillanime… Elle a été tellement galvaudée, avilie qu’il est plus aisé de saisir une comète à mains nues que d’être une personne digne et respectée en Algérie.

Mais ceci, Monsieur le Président, c’est encore une autre affaire... Votre ministre donc, élevé au rang de chef de rayon d’une grande surface, a sous-traité la parole politique à un producteur d’huile, pour ne faire de ces émeutes qu’une relation simplifiée entre le ventre et le portefeuille. En la circonstance, votre Premier ministre, formaté dit-on pour les hautes fonctions, talqué, emmailloté, bordé et tétant sous de langoureuses berceuses pour qu’il soit éveillé aux choses de la politique et aux affaires sous quelque forme qu’elles se fassent, s’est retiré, comme à son habitude, sur la pointe des pieds, évitant de débrouiller l’écheveau qu’il a, si savamment, pelotonné. Votre Premier ministre, en vérité, Monsieur le Président, n’est pas le vôtre. Il vous a été, comme toutes les choses sérieuses en Algérie, imposé. Ce que l’on peut vous reprocher, c’est d’avoir accepté un Premier ministre que vous méprisez et que vous vouez aux gémonies, quand bien même en la matière vous avez une marge étroite. Ses décisions, d’une légèreté saisissante, ont été transformées en lois que son ministre de l’Intérieur a défaites avec une égale superficialité.

Cacophonie, gabegie, pis-aller pouvoir délité, responsabilité dégradée, c’est tout cela et d’autres du même bois qui doivent vous aider, Monsieur le Président, a reconsidérer l’avenir – le vôtre, en particulier – nous comprenons que les voix de vos collaborateurs soient inaudibles et de toutes façons si peu crédibles, mais la vôtre, Monsieur le Président, aurait été utile durant ces jours de grande incertitude qui auguraient d’une apocalypse. Votre devoir, vos responsabilités ne vous autorisent point à faire l’économie d’une adresse à la nation ni à lui tourner négligemment le dos. Votre maladie, de laquelle nous ne savons rien, sinon ce bulletin de santé lu à partir d’une chambre du Val-de-Grâce par un chanteur de raï, embastillé depuis, votre âge avancé qui peut transformer l’acte de gestion en rude épreuve et quasi inhumaine et vos absences si fréquentes pour des contrées lointaines où vous aimez siéger dans des cénacles aux contours imprécis et aux thématiques absconses, ne peuvent constituer quelque obstacle à votre implication dans un pays démonétisé. Sinon, n’est-ce-pas, vous avez toute latitude de renoncer à votre charge. Une corruption érigée en mode de gestion, une volte-face incompréhensible aux réformes économiques, des élites décérébrées, un système éducatif qui produit des mutants, des maquis islamistes encore très actifs, malgré votre politique de réconciliation ...Qu’avez-vous fait de ce pays Monsieur le Président ? Puisque vous vous obstinez à refuser de dire l’état dans lequel vous l’avez mis – consciemment ou non, du reste – alors ce sera l’ambassadeur américain à Alger qui le fera dans une dépêche lapidaire révélée par le site WikiLeaks : «L’Algérie est un pays malheureux. Pas un pays pauvre, pas une dictature standard, pas un pays en guerre, pas un pays tout court. Non, un pays malheureux … » On ne peut mieux dire, ni définir la consistance du brouet dans lequel on surnage.

Votre silence qui relève pour d’aucuns du dédain et pour d’autres d’une incapacité à gérer – qu’importe au demeurant vos états d’âme et cette grammaire complexe de l’exercice du pouvoir – appuie fortement ce spleen d’un diplomate désabusé. Mais parce qu’Alger brûle, même si vous ne sentez pas encore les fumées âcres qui s’en dégagent et qui vont noircir sous peu notre ciel si bleu. C’est parce que nous convulsons, comme avant, comme toujours, que nous attendons de vous quelque magnanimité. Nous attendons que vous renonciez solennellement à un quatrième mandat et que vous vous interdisiez toute tentation d’un pouvoir oligarchique. Nous attendons non des prodigalités comme nous en a habitués le système prébendier, mais des actions fortes et soutenues pour préparer l’alternance politique et réhabiliter la société civile. Parce que l’Algérie doit renouer avec l’enthousiasme et parce que les citoyens veulent mériter leur pays, que ne pouvez aujourd’hui, Monsieur le Président, leur faire croire que leur salut est dans une mesure de sucre ou dans une lampée d’huile à prix sacrifiés.

L’Algérie n’est pas un œsophage – même si les références de votre Premier ministre à propos de son limogeage qui recommande aux journalistes, très délicatement, de «faire la différence entre les haricots et les lentilles», sont invariablement culinaires. L’Algérie ne tient pas dans une «Maruti», dans un lopin de terre, dans un bout d’autoroute, ni dans un F2 de quelque cité sordide. Pas seulement, Monsieur le Président ! L’Algérie attend tant et tant qu’il n’est plus permis, par effets dilatoires, de remettre aux calendes les changements attendus. Évitez-nous de grâce, de nouvelles humiliations et d’autres tragédies. Faites en sorte que l’Algérie ne soit pas «un pays malheureux» Elle vous a tout donné : la gloire, les honneurs, le pouvoir et l’aisance matérielle. Rendez-lui, Monsieur Bouteflika, sa dignité ! Vous le lui devez bien.

Abdelkrim DJAÂD, journaliste

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© El Watan du 09 février 2011


 

 

 

Lettre publique à Bouteflika

Monsieur le Président,

Je vous écris publiquement pour solliciter votre départ immédiat et organisé, meilleure issue pour l’Algérie et pour votre personne. Votre obsession de vouloir entrer dans l’histoire n’est un secret pour personne. Malheureusement, vous n’avez rien fait d’autre jusque-là que de mériter d’être expulsé. Une chance se présente à vous pourtant aujourd’hui. Saisissez-la, c’est la dernière. De toute façon, si vous ne la chevauchez pas, elle vous piétinera et fera de vous un rebut de l’histoire. Vous avez tellement voulu vous faire un nom que pour répondre à la misère qui gagne la population, vous n’avez rien trouvé de mieux que de faire construire la mosquée la plus grande et la plus chère du continent, juste pour pouvoir y accoler votre nom. Il y a mieux.

Partez de vous-même. Je sais que comme tous les dictateurs de la région, vous ne pouvez que vous refuser à cette idée jusqu’à votre dernier souffle. Mais ayez la lucidité de constater que vous ne pouvez faire autrement. Votre sort est scellé. Il est fatalement le même que ceux de Ben Ali et Moubarak. Ayez le courage de le devancer. Ben Ali a fait 23 ans de pouvoir, Moubarak 30 ans, mais vous, il y a bientôt 50 ans que vous cumulez les postes sensibles au sommet de l’Etat, violant la Constitution pour rester président depuis 12 ans.

Vous avez gouverné autant qu’Obama a vécu depuis sa naissance. Cela ne vous suffit-il pas ? Comme eux, vous avez instauré une oligarchie familiale, développé la corruption à un niveau inégalé, enrichi vos proches et voulu faire de votre frère votre successeur héréditaire.  Vous avez étouffé toute expression libre, appauvri et réprimé la population, utilisé le terrorisme pour instaurer une chape de plomb, poussé les jeunes à préférer mourir noyés en mer ou plutôt vivre en Israël pendant que vous discourez sur la Palestine.

Vous nous avez fait honte jusque-là par votre mégalomanie aussi grande que vos actions étaient de petites et ridicules gesticulations, y compris vis-à-vis de l’ancienne puissance coloniale pour laquelle vous avez la fascination de celui qui n’est pas reconnu. N’y ajoutez pas une fuite humiliante. Je sais que vous nous avez méprisés en menaçant régulièrement de vous en aller. Faites semblant de croire que vous mettez votre menace à exécution, mais ne nous infligez pas l’humiliation supplémentaire d’une fuite honteuse.

PS :  Au risque d’égratigner votre ego surdimensionné, vous ne pesez pas si lourd: c’est dans des fourgons militaires que vous avez été ramené et fabriqué président; le système qui vous a fait vous prépare déjà votre (vos) remplaçant(s). C’est aux «faiseurs de roi de l’ombre» que s’adresse ce post-scriptum : vous ne nous la jouerez pas encore une fois, c’est tout le système qui doit partir. C’est lui qui est nuisible. Bouteflika était un enfant à qui on a donné le sort de l’Algérie comme jouet.

Ali BENSAAD, Maître de conférences à l'université de Provence. Enseignant-chercheur à l'IREMAM-CNRS Institut de recherches et d'études sur le monde arabe et musulman. Chercheur en délégation CJB-CNRS (Centre Jacques Berques de recherches en sciences humaines et sociales).

Thèmes de recherches :

  • Migrations internationales,
  • Espaces et sociétés du Maghreb, espaces transfrontaliers,
  • Espaces et sociétés du Maghreb,
  • Relations monde arabe-Afrique noire

Ouvrages publiés

  • L’Eau et ses enjeux au Sahara. Karthala, Paris, 2011, 382 p
  • Le Maghreb à l’épreuve des migrations subsahariennes. Immigration sur Emigration. Karthala,  2010, 452 pages
  • Migrations au Moyen-Orient en collaboration avec Mohamed Kamel Doraï, Maghreb-Machrek, n°199, Choiseul/La documentation française, Paris, 2009, 152 p.
  • Migrations et territoires de la mobilité en Méditerranée en collaboration avec Virginie Baby Colin et Pierre Sintes, Méditerranée, n°113, 2009, publications de l’université de Provence, 160 p.
  • Mauritanie : le devenir d’un Etat-charnière. Maghreb-Machrek, n°189, Choiseul / La documentation française, Paris, automne 2006, 182 p.
  • Marges et mondialisation : les Migrations Transsahariennes. Maghreb-Machrek, n°185, Choiseul / La documentation française, Paris, automne 2005, 146 p.

A paraître :

  • Le Maghreb dans la mondialisation. Méditerranée, n°116, juin 2011  
  • Mauritanie : pays-frontière, pays-pont. Direction Ali Bensaâd, Karthala, Paris, 2011

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© El Watan du 02 février 2011


 

 

 


 

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Alger, le 29 janvier 2011. La Coordination nationale pour le changement et la démocratie en plein débat de concertation sur la marche du 12 février prochain.


Coordination nationale pour le changement et la démocratie

Le maintien de la marche du 12 février confirmé

La Coordination nationale pour le changement et la démocratie (CNCD), dont le comité d’organisation de la marche s’est réuni hier à Alger, a informé qu’elle maintenait la marche du 12 fevrier prochain à Alger, avec l’itinéraire et l’horaire prévus initialement, à savoir de la place du 1er mai à la place des Martyrs, à partir de 11 h.

Alger (Le Soir) - La confirmation du maintien de la manifestation a été rendue nécessaire par l’évolution qu’a connue, dès jeudi, la scène politique nationale, avec l’annonce par le Conseil des ministres d’une série de mesures, dont la levée prochaine de l’état d’urgence et l’instruction faite aux médias audiovisuels de s’ouvrir aux partis d’opposition et au mouvement associatif. Trop peu, juge la Coordination nationale pour le changement et la démocratie, qui plus est, interprète les résolutions du Conseil des ministres comme une manœuvre visant à affaiblir la dynamique citoyenne de changement. Le comité d’organisation de la marche du 12 février, qui devait s’atteler, hier, à l’évaluation des tâches techniques liées notamment à l’encadrement de la manifestation, a été dans l’obligation d’intégrer la nouvelle donne, en l’occurrence, la mise à jour de certains mots d’ordre qui pourraient apparaître comme caducs après l’annonce du Conseil des ministres. Ainsi, la revendication liée à la levée de l’état d’urgence a été complétée par «une levée d’état d’urgence immédiate et effective ». Mais au-delà de cette mise à jour, le comité a réitéré que cette marche est une manifestation pour le changement et la démocratie et non pas une offre de négociations. Cette marche, que le Conseil des ministres a dit interdite au motif que la capitale dispose d’une réglementation spécifique, a reçu une très large adhésion, y compris de la communauté nationale établie à l’étranger. Le samedi 12 février, il est prévu, en effet, une marche à Nice (France) et un rassemblement à Paris, place de la République. La communauté algérienne s’organise également à Montréal, au Canada, pour faire écho à la marche d’Alger. En Algérie, outre Alger, c’est Oran qui s’est organisée pour battre le pavé le 12 avril. Pour ce faire, une demande d’autorisation a été déposée. Dans la capitale, la demande d’autorisation, déposée mercredi dernier, n’a encore été ni acceptée ni rejetée. Jeudi, en fin de journée, les services de la wilaya d’Alger ont convoqué les auteurs ayant déposé la demande pour leur signifier qu’ils doivent reformuler celle-ci sur un autre imprimé. Chose qui sera faite dès ce matin. Cela étant, le comité d’organisation de la marche a décidé de soumettre à l’assemblée générale de la Coordination nationale pour le changement et la démocratie la proposition de marquer des haltes de solidarité avec les peuples tunisien et égyptien, à travers des rassemblements devant les ambassades des deux pays à Alger. La réunion de la coordination, prévue initialement pour le 9 février, a été avancée d’une journée, soit le 8 février.

Farid S.

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© Le Soir d'Algérie du 06 février 2011


L'interdiction des marches dans la capitale toujours maintenue

Alger sous régime policier

L’interdiction des marches populaires à Alger remonte précisément au 14 juin 2001. Ainsi donc, Alger reste privée de marches et autres manifestations de rue jusqu’à nouvel ordre. C’est ce que vient de décréter Bouteflika, comme l’indique le communiqué du dernier Conseil des ministres où il est stipulé clairement qu’«hormis la wilaya d’Alger, rien n’entrave l’organisation de marches dans toutes les autres wilayas du pays pour autant que les demandes et les conditions exigées par la loi soient réunies». Le chef de l’Etat s’empresse de préciser que ce n’est nullement dans un esprit de répression qu’Alger est décrétée ville close : «Certes, la capitale fait exception dans ce domaine pour des raisons d’ordre public bien connues et certainement pas pour y empêcher une quelconque expression.» Et de conseiller poliment à l’opposition de se cantonner dans les salles pour pousser la gueulante : «Au demeurant, Alger compte plusieurs salles publiques de capacités diverses qui sont gracieusement disponibles pour tout parti ou association en faisant légalement la demande en vue d’y faire entendre son point de vue.»

Quelques jours auparavant, le ministre de l’Intérieur, Daho Ould Kablia, dans l’entretien-fleuve qu’il avait accordé à Liberté, avait largement pris soin de justifier l’interdiction des marches à Alger et tout particulièrement celle du RCD : «Les marches sont interdites à Alger non pas parce que c’est le RCD ou la Coordination qui ont appelé à des marches. Nous n’avons pas interdit la marche du RCD, mais toutes les marches au niveau d’Alger», a-t-il asséné. Développant un argumentaire strictement sécuritaire, il poursuit : «Alger est une ville de trois millions d’habitants. Il y a des problèmes qui peuvent ne pas être pris en compte par les organisateurs des marches. Comme l’intrusion d’éléments qui n’ont rien à voir avec l’objectif de la marche et qui sont là pour créer des troubles, pour casser, sans compter qu’il y a toujours la problématique du terrorisme.» Ce à quoi le RCD avait rétorqué en rappelant «les marches commanditées en soutien à Bouteflika au lendemain de sa sortie de l’hôpital du Val-de-Grâce».

L’interdiction des marches populaires à Alger remonte précisément, se souvient-on, au 14 juin 2001 et l’impressionnante marée humaine qui avait envahi la capitale à l’appel des archs. Dans l’inconscient du régime, occuper la capitale, c’est prendre le pouvoir par le bas. Par la rue. Cela s’est vérifié à Tunis à mesure que l’ire populaire montait de la province pour gagner le cœur du pouvoir. Cela se vérifie ces jours-ci au Caire avec l’occupation de Maydan Etahrir, la place névralgique de la capitale égyptienne. Le pouvoir n’est donc pas «dupe» : il sait que le jour où il autorisera des marches à Alger, il jouera avec le feu et s’exposera à une sanction populaire sans appel. Un sentiment de panique manifeste semble, dès lors, hanter les décideurs. En témoigne le dispositif policier sans précédent qui fut déployé pour contenir, pour contrer surtout, la marche du RCD. 20 000 policiers, selon Saïd Sadi, qui a parlé d’«un acte de guerre digne des méthodes du sinistre Massu».

Si le pouvoir concède un petit signe d’ouverture en annonçant la levée imminente de l’état d’urgence, force est de constater qu’il maintient ce même état d’urgence pour la capitale. Mieux : il n’hésite pas à placer Alger sous «état de siège» dès qu’une mobilisation citoyenne se dessine, comme il l’a fait le 22 janvier dernier. Ainsi, l’article 7 du décret portant instauration de l’état d’urgence semble toujours en vigueur pour Alger : «Le ministre de l’intérieur et le wali territorialement compétent sont habilités à ordonner, par voie d’arrêté, la fermeture provisoire des salles de spectacle, de lieux de réunion de toute nature et à interdire toute manifestation susceptible de troubler l’ordre et la tranquillité publics.»Comment va réagir le pouvoir le 12 février prochain ? En tout cas, la Coordination nationale pour le changement et la démocratie maintient résolument sa marche pacifique. Celle-ci devra débuter, rappelle-t-on, de la place du 1er Mai pour atteindre la place des Martyrs. Soyons nombreux…

Mustapha BENFODIL

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© El Watan du 05 février 2011


Coordination nationale pour le changement et la démocratie

“La levée de l’état d’urgence n’est pas une fin en soi”

L’annonce faite jeudi dernier par le premier magistrat du pays concernant la levée de l’état d’urgence qui “interviendra dans un très proche avenir”, n’a rien changé à la décision prise par la Coordination nationale pour le changement et la démocratie qui a décidé d’aller vers une manifestation le 12 février prochain. S’exprimant sur le sujet, la Ligue algérienne de défense des droits de l’Homme (LADDH), initiatrice en grande partie de cette marche, s’est interrogée sur la nature de cette annonce : “Cette déclaration constitue-t-elle une réelle volonté d’aller vers un changement, ou s’agit-il d’une manœuvre destinée à gagner du temps et tromper l’opinion internationale ?”, se demande Me Mustapha Bouchachi, président de la ligue. Et d’expliquer la finalité de la création de la coordination : “Notre but n’est pas de lever l’état d’urgence mais d’arriver à un vrai changement de régime et d’instaurer une réelle démocratie dans le pays”, a-t-il dit. Selon lui, la levée de l’état d’urgence seule “ne changera en rien à la nature du régime autoritaire en Algérie”.

Commentant le maintien de l’interdiction des marches à Alger, M. Bouchachi se dit ne pas comprendre cette exclusion. Il estime que la capitale appartient à tous les Algériens qui ont le droit de s’exprimer. “Je ne comprends pas pourquoi il est interdit de manifester à Alger. Alger, elle, ne peut faire exception. Bien au contraire, c’est à la capitale que les revendications peuvent être entendues”, a-t-il précisé. Même son de cloche du côté des syndicats et associations qui se disent sceptiques. Ils estiment que les déclarations du chef de l’État ne changent en rien à la décision de la coordination. “Nous avons l’habitude des promesses du gouvernement… et rien n’est encore officiel. Le chef de l’État a instruit le gouvernement pour étudier la question, donc, cela peut aller jusqu’à 2020”, a déclaré M. Ider Achour, porte-parole du CLA, membre de la coordination. Il fait remarquer qu’à travers cette annonce, “le gouvernement souhaite anticiper afin de délégitimer la revendication de la coordination”. Le CLA est revenu sur la déclaration du chef de l’État concernant son appel aux médias à plus d’ouverture. “Tant qu’il n’y aura pas de médias lourds privés, il n’y aura pas d’ouverture. C’est une manière de contourner la question”, a-t-il commenté. Le secrétaire général du Snapap a relevé, pour sa part, le discours “contradictoire” du gouvernement. “Mercredi, le vice-Premier ministre a déclaré que l’état d’urgence ne serait pas levé et le lendemain le chef de l’État a annoncé l’inverse et dans un avenir proche…”, a-t-il signalé. Selon lui, cette annonce est une tentative pour entraver l’initiative de la coordination pour le changement démocratique. “Moubarak avait également promis, il y a quatre ans, de lever l’état d’urgence et de le remplacer par des textes pour la lutte antiterroriste…”, a-t-il rappelé. Notant que la commission technique de la Coordination nationale pour le changement et la démocratie se réunira aujourd’hui. Pour le moment, la marche du 12 février est maintenue mais il est question, également, de discuter de la dernière déclaration faite par le chef de l’État lors de cette rencontre. 

Nabila AFROUN

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© Liberté du 05 février 2011


Les initiateurs de la marche du 12 février rétorquent à Zerhouni

« Les gens qui nous gouvernent veulent que le sang coule »

Les déclarations, mercredi 2 février, de Yazid Zerhouni sur l’interdiction de la marche du 12 février et la non levée de l’état d’urgence n’ont pas provoqué d’étonnement parmi les membres de la Coordination nationale pour le changement et la démocratie. « On ne peut s’attendre à une autre réponse des gens qui vivent et qui se protègent par cet état d’urgence et par la répression », assure Rachid Maalaoui, secrétaire général du Snapap et l’un des initiateurs de la marche du 12 février. « Nous, on veut le changement et ces gens font partie des responsables qu’on souhaite changer », a-t-il ajouté dans une déclaration à TSA.

Pour M. Maalaoui, cette dernière sortie médiatique du vice-premier ministre est une provocation. « Les gens qui nous gouvernent sont dangereux. Ils veulent que le sang coule dans le pays pourvu qu’ils arrivent à garder leurs intérêts. Il y aura des gens qui vont mourir, qui vont se brûler… On ne peut faire ce genre de déclarations dans des situations pareilles », insiste-t-il. Et d’ajouter : « Il va être jugé comme on a jugé les autres dictateurs. Qu’il en soit sûr… Même le chef d’état du Yémen a déclaré qu’il n’allait plus se représenter dans les prochaines élections. Ils ont compris. Mais ces gens-là ne veulent pas comprendre… ».

Dans ces déclarations, Yazid Zerhouni était plus catégorique que ne l’était, il y a quelques jours, le premier responsable du département de l’Intérieur, Dahou Ould Kablia. Rappelant que les marches sont interdites à Alger pour des raisons sécuritaires, M. Ould Kablia n’avait pas exclu que la levée de l’état d’urgence puisse faire l’objet de discussions au sein du gouvernement. Interrogé en marge de la clôture de la session parlementaire d'automne, M. Zerhouni, affirme quant à lui : « Nous n’allons pas lever l’état d’urgence ».

Samia AMINE

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© Tout Sur l'Algérie, 02 février 2011, à 13:39


Mostefa Bouchachi

«Le 12 février, nous marcherons»

Le président de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (Laddh), Mostefa Bouchachi affirme que la marche du 12 février prochain est maintenue quelle que soit la décision de la wilaya d’Alger et du ministère de l’Intérieur. Il dénonce, dans ce sens, l’interdiction des manifestations à Alger qui, selon lui, ne repose sur aucun texte réglementaire.   

  • Le ministre de l'Intérieur vient de réaffirmer l'interdiction des marches dans la capitale. Il anticipe déjà sur la marche à laquelle a appelé la Coordination nationale pour le changement et la démocratie. Qu'en pensez-vous ?

Il n’y a aucun texte de loi qui interdise une marche dans n’importe quelle wilaya, qu’elle soit Djelfa ou Alger. Toutes les wilayas du pays sont des wilayas d’Algérie. De ce fait, le système politique, représenté par un groupe de ministres, ne peut pas demander à des jeunes, nés et grandis sous état d’urgence, de présenter leurs revendications de manière pacifique. Et quand des partis politiques, des syndicats et des associations demandent une autorisation d’une marche pacifique, on leur dit que c’est interdit. Le ministre de l’Intérieur, et à travers lui le régime, continue d’interdire aux Algériens d’exprimer pacifiquement leurs revendications économiques, sociales et politiques. De plus, je crois que l’état d’urgence, instauré peut-être pour lutter contre la violence politique et le terrorisme durant les années 1990, est exploité, aujourd’hui, contre le peuple algérien pour l’empêcher d’exprimer son point de vue par rapport au régime.

  • Le ministre de l'Intérieur affirme une nouvelle fois que «l'état d'urgence n'influe pas sur l'activité des partis poltiques et des associations». Concrètement, comment le maintien de l'état d'urgence empêche-t-il l'opposition et les organisations autonomes de faire leur travail ?

Le régime algérien est autoritaire. Il s’appuie sur l’état d’urgence pour empêcher le peuple algérien d’exprimer son point de vue. Parallèlement, ce régime agit hors la loi et le maintien de l’état d’urgence illustre parfaitement cette situation. Je voudrais rappeler à monsieur le ministre de l’Intérieur que durant ces dix dernières années, on a interdit la création d’associations et de partis, on a interdit les marches et tous les rassemblements, même dans des salles. L’état d’urgence et toutes les lois ont été mis en place pour neutraliser le peuple algérien et permettre, ainsi, au régime de gérer le pays en méprisant les aspirations de la population à plus de liberté, de démocratie et de justice sociale.

  • On a l'impression que le pouvoir a réussi, à travers la répression et l'état d'urgence, à décourager même les militants politiques les plus témérraires...

Il n’y a pas de doute que le régime politique algérien a exploité la violence des années 1990 pour faire peur aux Algériens. De plus, il a utilisé tous les moyens pour porter atteinte à la crédibilité des partis politiques et à celle des organisations de la société civile. Conséquence : quand les jeunes nés sous l’état d’urgence se sont révoltés à Bab El Oued, ils n’ont trouvé aucune société civile pour les encadrer et cela a engendré des dépassements. Cette situation devra être assumée par le régime, dont l’action n’était pas de construire une société et un Etat, mais de neutraliser le peuple et de l’isoler. Et cela, en utilisant les mêmes procédés. Aidé par les recettes pétrolières et gazières, le régime achète au prix fort son maintien. Le plus important, pour lui, est d’assurer sa survie au détriment du peuple. Ce qui s’est passé au début du mois de janvier dernier est très minime, comparé à ce qui s’est passé dans le pays, durant les quatre dernières années. Les manifestations et les protestations éclatent dans toutes les wilayas, mais elles n’ont pas le même écho que les dernières émeutes. Le peuple algérien exprime également son sentiment d’injustice à travers la harga (émigration clandestine), l’immolation par le feu. Ce sont des messages adressés aux autorités. L’immolation par le feu n’a pas commencé en Tunisie. En 2003, un jeune Algérien s’est immolé par le feu à l’intérieur de la Maison de la presse, à Alger, pour dénoncer l’injustice dont il était victime. Donc, les Algériens ne se révoltent pas uniquement pour des problèmes économiques et sociaux. Ils le font aussi pour exiger plus de liberté et de justice.   

  • Le régime refuse de comprendre tous ces messages ou essaye de leur donner une autre interprétation qui l'arrange mieux. Comment expliquer cette attitude ?

Le régime sait qu’il est dictatorial. Les aspirations de la population sont le dernier de ses soucis. Il croit qu’avec le recours à la répression, en renforçant ses mécanismes tels que la bureaucratie, l’instrumentalisation de la justice et les services de sécurité, il finira par contrôler la situation. Il dépense beaucoup d’argent pour acheter le silence du peuple. Aujourd’hui, cette politique s’est avérée vaine. Le régime a compris qu’il n’a aucune légitimité populaire et qu’aucune institution ne représente réellement le peuple. Il est conscient de tout cela, mais il s’obstine à diriger le pays selon la même logique adoptée depuis l’indépendance. Je pense qu’il a reçu tous les messages qui lui sont adressés et je souhaite qu’il accepte de réviser sa stratégie. Il faut qu’il accepte le passage à une transition démocratique, dont les mécanismes doivent être minutieusement étudiés et débattus. Il y a deux choix : soit attendre une révolution comme celles de la Tunisie et de l’Egypte pour faire tomber le régime ;  soit opter pour la sagesse et faire preuve de beaucoup de nationalisme dans la démarche pour le changement du système. C’est ce que proposent actuellement les organisateurs de la marche du 12 février prochain.

  • Le ministre de l'Intérieur vient de rappeler que les marches sont interdites à Alger en anticipant sur l'action de la Coordination pour le changement et la démocratie...

La majorité des membres de la Coordination qui ont pris part à la dernière réunion ont décidé de formuler une demande d’autorisation de cette marche pour respecter les procédures légales. Mais nous allons marcher avec ou sans autorisation. Telle est la décision de la Coordination. Nous ne pouvons pas accepter des lois arbitraires décidées par les autorités qui ne cessent de trier les textes législatifs à appliquer et de passer sous silence le reste. Je rappelle qu’il n’y a pas de loi interdisant les marches et que l’état d’urgence est anticonstitutionnel. Un régime qui ne respecte pas ses propres lois est un régime déficitaire.

  • Pensez-vous que la démarche de la Coordination aboutira à des résultats concrets, alors que certains de ses membres n'arrivent pas à dépaser leurs querelles partisanes ?

Il faut rappeler que l’idée de la création de cette coordination a germé suite aux dernières émeutes. A la Laddh, nous nous sommes réunis et nous avons dit qu’il fallait encadrer la manifestation de la jeunesse pour éviter les dépassements qui légitimeraient la violence du pouvoir. Nous avons décidé d’assumer nos responsabilités pour protéger les biens publics et privés et donner une image civilisée de la protestation en Algérie. Des syndicats se sont joints à nous et nous avons signé un communiqué commun. Suite à cela, nous avons organisé une réunion à laquelle nous avons convié tous les partis de l’opposition. Nous avons appelé, à l’issue de cette réunion, à une marche pacifique pour demander la levée de l’état d’urgence et le changement du système. Nous ne voulons pas un remaniement du gouvernement qui serait synonyme d’un changement à l’intérieur du système. Ce n’est pas le gouvernement qui prend les décisions. Notre appel n’était pas destiné uniquement à l’opposition, mais également au régime. L’Algérie n’est pas prête à vivre d’autres violences politiques. La violence produira un système politique similaire à celui que nous dénonçons aujourd’hui.      

  • Le FFS et l'association RAJ se sont retirés de la Coordination. Ne pensez-vous pas que cette division de l'opposition sert beaucoup plus le régime ?

Le FFS est l’un des rares partis à avoir milité pour la démocratie depuis 1962. Il est l’un des rares à avoir inscrit dans son programme la lutte pour la levée de l’état d’urgence et le changement du système. Je respecte la position des amis du FFS, qui ont d’autres moyens de lutte. Mais toutes les formes de protestation ont un seul but : briser le statu quo. Chaque parti a le droit de choisir ses moyens de lutte et ses stratégies.

  • La Tunisie, l'Egypte et d'autres pays moyen-orientaux connaissent actuellement des révoltes populaires. Comment expliquer ce réveil des peuples de la région ?

En Tunisie, le système était fermé. Le peuple tunisien s’est levé contre la dictature et les problèmes sociaux, tels que la corruption, le chômage… La révolution en Tunisie est celle du peuple. Contrairement à ce que pensent certains analystes, les puissances étrangères n’ont pas été les instigatrices de cette révolution. Au contraire, ces dernières préfèrent les dictateurs qu’elles gèrent à leur guise. C’est le cas aussi en Egypte. Ces révolutions sont celles des peuples et elles dépassent les partis et les sociétés civiles. La révolution en Tunisie peut influer sur toute la région. Mais il faut être prudent. Il faut encadrer ses révolutions pour produire des systèmes démocratiques.

  • Les mêmes conditions qu'en Egypte et en Tunisie existent en Algérie. Selon vous, la révolution à la tunisienne peut-elle se reproduire en Algérie ?

Il est vrai que la corruption a touché toutes les institutions jusqu’au sommet de l’Etat. Les libertés sont inexistantes et la rue a déclaré son divorce avec le système. Donc on a les mêmes données. Mais pour parler de révolution, je pense qu’il faut prendre en considération la particularité du système algérien, qui est compliqué. Le gouvernement n’est pas la source de décision. Le président n’est pas également le seul à prendre les décisions. Il y a des centres de décision invisibles qui décident ou qui participent à la prise de décision. Et quand le vrai pouvoir est invisible, la réussite de la révolution devient difficile. En outre, le régime algérien a adopté la politique de «diviser pour régner» ; il a divisé le peuple algérien. C’est pour cela que nous devons rester prudents. Nous avons la responsabilité de mener une révolution pacifique pour protéger l’Algérie en tant qu’Etat. Le régime, l’opposition et le peuple algérien doivent s’entendre sur une période de transition qui sera gérée par des gens crédibles. Je pense que c’est la voie à suivre pour en finir avec ce système qui dure depuis 1962.

Madjid MAKEDHI

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© El Watan du 02 février 2011


 

Marche du 12 Février

Alger quadrillée par des milliers de policiers

Un impressionnant dispositif policier a été mis en place dés vendredi à Alger pour empêcher la marche pour le changement du 12 février 2011. Des centaines de bus et de camions pleins de policiers, armés jusqu'aux dents, sont disposés un peu partout à travers Alger. Même la maison de la presse Tahar Djaout est encerclée. Plusieurs camions sont stationnés devant l'entrée, avec des policiers "prêts au combat", comme s'ils voulaient faire peur aux journalistes. Au niveau de l'hopital mustapha, des dizaines de véhicules de la police sont stationnés. On nous signale la mise en place, vendredi dès le matin, de nombreux barrages filtrants sur les principales routes menants à Alger. Des bus civils ont été réquisionnés pour ramener des centaines de policiers à alger, à partir de plusieurs wilayas.

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© El Watan du 11 février 2011


A la veille de la marche du 12 février

L’Etat et les citoyens prennent leurs dispositions

En prévision de la marche de demain samedi 12 février à l’initiative de la Coordination nationale pour le changement et la démocratie (CNCD), les autorités ont pris des dispositions sécuritaires. La marche doit partir de la Place du 1er Mai, baptisée Place de la Concorde civile, et se diriger vers la Place des Martyrs.

Et c’est précisément dans le quartier du 1er Mai que le déploiement est le plus visible, comme constaté sur place ce vendredi : un convoi de fourgons antiémeute a pris ainsi ses quartiers au niveau de la rue Moutonnière, face au siège de l’entrepôt de l’Entreprise du transport urbain et suburbain (ETUSA) alors qu’un autre s’est installé face à la Maison de la presse Tahar Djaout. Des policiers bien armés sont également visibles devant les véhicules. Face à la Maison du Peuple, siège de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA), une longue file d’autres fourgons antiémeute stationne depuis plusieurs jours déjà. En réalité depuis le début de la contestation et des émeutes à Alger (début janvier), le convoi en question n’a plus quitté les lieux. Idem pour l’impressionnant dispositif qui fait face au siège de la direction générale de la sûreté nationale (DGSN), à la Place des Martyrs. Et l’on s’attend à ce que, comme pour le mois passé, le dispositif soit encore plus renforcé durant la journée de samedi et que plusieurs axes de la capitale soient coupés à la circulation automobile.

Dès hier jeudi, les Algérois ont été informés de l’absence du transport public assuré par l’ETUSA pour la journée de samedi en direction du quartier du 1er Mai. Le ministre de l’intérieur et des collectivités, Dahou Ould Kablia, tout en annonçant le refus de son département d’autoriser cette marche avait affirmé, il y a quelques jours que des mesures seront prises en vue d’empêcher qu’aboutisse l’initiative de la marche. On évoque ainsi la mobilisation de pas moins de 20 000 policiers pour quadriller Alger et les villes limitrophes. Les citoyens, de leur côté, appréhendent cette marche et surtout ses conséquences. Ils tentent de prendre leurs dispositions au cas où les choses se corseraient et que les émeutes soient de nouveau au rendez-vous. D’aucuns n’ont pas hésité à faire le plein de provisions en cette fin de semaine pour faire face aux pénuries qui pourraient accompagner les troubles. Outre les pâtes et autres denrées alimentaires de base, c’est le lait et le pain qui sui sont aussi achetés en grande quantité. Certaines stations d’essence commencent déjà à être prises d’assaut par les automobilistes qui craignent la pénurie vécue lors des précédentes émeutes. Aussi, certains citoyens envisagent de ne pas laisser leurs véhicules à l’extérieur tandis que de plus en plus de parkings gardés affichent déjà « complet ».

Samy CHERROUD

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© Tout Sur l'Algérie, 11 février 2011


Appel pour une transition démocratique

L’Algérie vit un moment dramatique de son histoire, potentiellement aussi explosif que celui qui affecte d’autres pays de la région, du fait des blessures encore ouvertes des deux dernières décennies, des politiques économiques incohérentes et des politiques sociales injustes.

Les blocages du système politique autoritaire sont tels que l’émeute apparaît comme l’unique recours pour une grande partie de la population qui subit le déni des droits et la hogra des détenteurs du pouvoir. De plus en plus de voix s’élèvent aujourd’hui pour revendiquer un changement radical du système politique autoritaire et corrompu qui préside aux destinées de l’Algérie depuis son indépendance. La dernière initiative en date, une marche nationale pacifique demain, samedi 12 février, émanant d’une «coordination nationale pour le changement démocratique» vient de se voir signifier une interdiction en violation des droits et libertés garantis par la Constitution.

Un pouvoir, déconnecté de son peuple et sourd aux aspirations des populations, semble décidé à employer tous les moyens répressifs pour empêcher toute expression et manifestation populaire et notamment celle de la jeunesse dépossédée de son présent et de son avenir. Ira-t-il jusqu’à l’irréparable comme ce fut le cas en octobre 1988 et avril 2001 ? L’Algérie et les Algériens, non encore remis d’une guerre civile qui a causé des centaines de milliers de morts, des milliers de disparus, des blessures physiques et psychologiques profondes, doivent pouvoir retrouver la paix, jouir de conditions d’existence décentes.

Nous appelons tous les patriotes qui n’ont pas perdu le sens national, où qu’ils soient, pour agir et peser de tout leur poids afin d’en finir avec la répression et d’engager l’Algérie dans une véritable transition démocratique. Cette transition démocratique veillera à la mise en place des institutions nécessaires à l’établissement et au fonctionnement de l’Etat de droit et définira les politiques pour la réalisation d’une société plus juste, plus égalitaire et plus solidaire. Le contexte actuel exige que s’engage un véritable débat national qui associera toutes les sensibilités politiques et culturelles pour une refondation de la République algérienne. Cette refondation, tout en tenant compte des sacrifices et de l’héritage de la lutte de Libération nationale, ouvrira la voie au respect effectif des droits et des libertés garantis par les différents pactes internationaux que l’Algérie a ratifiés.

Signataires :
Mohamed Harbi, professeur d’histoire ; Madjid Bencheikh, professeur de droit ; Aïssa Kadri, professeur de sociologie et Ahmed Dahmani, maître de conférences en économie.  

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© El Watan du 11 février 2011


Marche du 12 février

Les coulisses des organisateurs

Ni l’interdiction des autorités ni la propagande de la presse, de la police et des médias publics n’ont démotivé les initiateurs de la marche de ce samedi. Dans les sièges des partis, des associations et autres collectifs, les portes sont grandes ouvertes pour accueillir les volontaires.

«Rien n’est laissé au hasard, de la conception des pancartes jusqu’à l’encadrement des manifestants en passant par l’hébergement des militants venus des autres wilayas», nous annonce d’emblée un des organisateurs au siège de la Snapap à El Harrach (ex-Belfort). Depuis mardi soir, un spot réalisé par le journaliste Fodil Boumala invitant les Algériens à sortir le 12 février fait le buzz sur Internet, notamment sur Youtube et Facebook. La commission technique de la Coordination nationale pour le changement et la démocratie a décidé en concertation avec toutes les parties, d’un certain nombre de mesures logistiques et organisationnelles.

Si chaque partie est libre de choisir ses slogans, ils respectent tout de même les mêmes mots d’ordre, à savoir «le changement et la démocratie, la levée de l’état d’urgence, la libération des détenus des émeutes, une Algérie démocratique et sociale, ouverture des champs politique et médiatique et enfin le travail et la justice sociale», nous informe Imad, un militant de la LADDH. Cela n’exclut pas de voir des pancartes sur lesquelles des slogans hostiles à des cercles du pouvoir tels «Boutef Dégage», ou «DRS barakat». Un autre militant ajoute : «De toute façon, hormis les appels à la violence, aucun slogan ne sera interdit. C’est justement la libération de la parole que nous défendons et à laquelle nous appelons, n’est-ce pas ?» Concernant la confection des pancartes, tout le monde travaille d’arrache-pied pour être prêt le jour du «grand rendez-vous».

Les organisateurs, selon nos informations, semblent avoir opté pour les pancartes au lieu des banderoles, difficiles à transporter. Un tour au siège de la Snapap, des banderoles faites avec des moyens dérisoires, lutte syndicale oblige, sont déjà prêtes pour la marche. On peut y lire des slogans tels que «Non à la corruption, non à l’injustice». Au siège de la Ligue de défense des droits de l’homme, des réunions techniques sont organisées avec les différents partenaires afin d’adopter une stratégie adéquate le jour de la marche. «Nous étudions tous les scénarios possibles, le comportement à adopter face au déploiement des forces de sécurité, l’encadrement des marcheurs et d’autres aspects que nous ne pourrions pas rendre publics», indique un militant en arguant que «dans toutes les marches, il y a des choses discrètes sur l’organisation sur lesquelles on ne communique jamais».

Sérénité

Les organisateurs porteront un accoutrement spécifique afin d’encadrer et diriger les manifestants et veiller à l’exécution du plan (ou les plans) décidé et discuté par les intervenants au sein de la coordination, cela dans le souci «d’assurer la sécurité et éviter tout débordement». Si pour l’instant, on ne sait pas de quelles couleurs seront ces t-shirt ou gilets, la raison est simple : «C’est pour éviter que des tiers ne puissent reproduire l’accoutrement choisit en vue de perturber le bon déroulement de la marche», nous explique un autre militant spécialisé dans l’encadrement des foules pendant les manifs publiques. Concernant l’hébergement des militants des autres wilayas qui arriveront la veille de la marche, des partis comme le RCD et le MDS, et des associations telles SOS disparus, Tharwa Lala Fatma n’Soumer et le Snapap ont proposé, lors de la dernière réunion technique, d’ouvrir leurs sièges aux manifestants.

Toutes ces activités ne sont sans attirer le regard des services de sécurité qui scrutent et filment le moindre mouvement comme nous l’avons constaté lors de notre tournée. La Ligue de défense des droits de l’homme a commencé à distribuer des tracts appelant à la marche. Selon nos informations, les parties de l’Alliance présidentielle, dans une démarche opposée à celle de la coordination, distribuent actuellement des tracts et des t-shirt avec l’inscription «Non à la violence». Une démarche désespérée du pouvoir, selon Imad, pour avorter la marche et la diaboliser : «Comme si la presse alignée, les médias publics et le déploiement de la police ne leur suffisent pas ?» conclut-il.»

Zouheir AÏT MOUHOUB

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© El Watan du 11 février 2011


Safy Boutella

Je rentre à Alger pour marcher

Nos enfants sont depuis 20 ans en manque de dignité. Ils ne peuvent fonder une famille. Ils ne peuvent ni la loger, ni la nourrir, ni la nourrir de projets. Plus foi en l’avenir, ils préfèrent partir… En fumée ou se noyer. Du haut de leur tour d’ivoire, ils font la sourde oreille, dans un silence assourdissant… Allons marcher le 12 février au 1er Mai, pour nourrir nos enfants de l’espoir qu’ils méritent.

JE RENTRE À ALGER POUR MARCHER. Et je marcherai dans mon pays pour accompagner nos enfants sur le chemin de la dignité. Depuis longtemps déjà, j’ai mal à mon pays. J’ai mal à mon pays et je ne peux plus supporter de voir nos enfants crever en mer, crever par le feu, crever dans le désespoir et la honte. Je rentre marcher pour qu’ils crèvent d’envie de rester. Nos enfants. Cela fait trop longtemps que je pleure pour eux. Nos jeunes qui se démènent seuls, sans encadrement, sans lieux d’épanouissement. Notre pays ne leur laisse que l’envie, l’envie de ce qu’ils voient sur les chaînes du satellite. Notre pays frustre ses enfants qui n’ont d’autres alternatives que de se construire, bien malgré eux, avec ces codes culturels qui ne sont pas les leurs. Et cela, au péril de notre culture, de sa transmission, car on n’y accorde aucune importance, car on ne sait pas ou, pire, on ne veut pas les rendre fiers, fiers de leur culture et de leur histoire. Je pleure et je rentre marcher avec eux pour que cette richesse, dont on n’a de cesse de s’enorgueillir, leur revienne à eux, surtout à eux. Notre richesse, nous la tenons dans nos jeunes, dans notre chair, dans notre âme. Ne les laissez pas se noyer, se brûler ou se consumer à petit feu, faute d’espoir et d’amour. AIMONS-LES pour qu’ils nous aiment. Où est notre conscience ya din Allah ??????? MARCHONS.

Safy BOUTELLA, musicien

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© El Watan du 06 février 2011


Marche du 12 février à Alger

Samedi, le tournant ?

Alger retient son souffle. L’Algérie tout entière aussi. La marche du 12 février est sur toutes les lèvres. L’initiative de la Coordination nationale pour le changement et la démocratie (CNCD) accapare, en attendant samedi, toutes les discussions, suscite les commentaires les plus engagés comme les plus tièdes… nourrit les espoirs mais aussi quelques inquiétudes chez les pessimistes.

Alger (Le Soir) - De quoi samedi sera-t-il fait ? C’est la question que d’aucuns ne cessent certainement de se poser. Alger a rendez-vous avec l’Histoire… une histoire qui, pour le monde arabe, s’accélère. Tunis a fait sa révolution, a contraint Ben Ali à vider le somptueux palais carthaginois pour ruminer les affres de l’exil dans la lointaine Arabie. Du Caire montent toujours des volutes épaisses de colères. La place Tahrir ne désemplit toujours pas, contraignant le Raïs Moubarak à se départir de sa superbe. Alger, qui jusque-là, suit les révoltes tunisienne et égyptienne à travers le tube cathodique et les différents sites internet, se prépare à braver l’interdit qui fait d’elle une citadelle qui doit étouffer ses colères. Elle seule, puisque ailleurs, dans le reste des villes algériennes, les gens peuvent manifester à convenance. Le pouvoir n’aime pas entendre les colères citoyennes gronder de très près. Aussi a-t-il décidé depuis dix ans déjà d’interdire les marches dans la capitale. Pas toutes, puisque celles qui postulent à renforcer son assise sont tolérées. N’ayant pas pour vocation de brandir des banderoles ou scander des slogans encensant le pouvoir, le système politique en place depuis l’indépendance, la marche nationale et pacifique à la quelle a appelé la Coordination nationale pour le changement et la démocratie est interdite. Plutôt trois fois qu’une. Il y a eu d’abord le ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales, Daho Ould-Kablia, qui rappela cette loi d’exception qui fait d’Alger une cité interdite aux marcheurs. Il y eut ensuite le vice-Premier ministre Yazid Zerhouni qui insista ferme sur l’interdiction de la marche. Et en troisième lieu, le Conseil des ministres qui renforça l’affirmation. La Wilaya d’Alger, auprès de laquelle la Coordination pour le changement et la démocratie sollicita, formalisme oblige, une demande d’autorisation de la marche, objecta lundi 7 février un refus au motif que la manifestation risque de perturber l’ordre public. Le lendemain, soit le mardi 8 février, la Coordination pour le changement et la démocratie, réunie à Alger, a déclaré maintenir sa marche. Les autorités sont mises devant leurs responsabilités. A voir l’arsenal d’engins anti-émeutes maintenu à différents endroits d’Alger depuis le 22 janvier dernier, date de l’organisation par le RCD d’une marche avortée, il est aisé de comprendre qu’elles se préparent à réprimer la marche de samedi prochain. Un avant-goût a été donné hier à travers l’impressionnant dispositif de sécurité déployé pour empêcher que les gens ne rallient le rassemblement de la CNCD devant l’ambassade d’Espagne. La rue longeant l’ambassade a été barricadée par la police à chacun de ses deux bouts. N’empêche que les membres de la Coordination ont pu se rassembler en contrebas et scander à gorges déployées «Moubarak barra», «Bouteflika barra». Une halte politique fort significative, tant elle participe d’un prééchauffement pour la marche du 12 février prochain. Une marche aux couleurs du changement réclamé par une Algérie plurielle. L’initiative, qui se veut un enchaînement sur les émeutes juvéniles du début de l’année, est le fruit d’un consensus national. De bords politiques distincts, les animateurs de la CNCD ont, dans une formidable synergie, réussi à transcender leurs clivages et querelles pour se retrouver autour de mots d’ordre faisant consensus. C’est dire que le désir de voir le pays opérer le changement vers la démocratie est une commune préoccupation. C’est pour cela aussi que le pouvoir, manœuvrier à outrance, parfois habile, a raté lamentablement de dissuader la Coordination qui maintient sa marche. L’engagement citoyen a été plus déterminant que la manœuvre des autorités. Samedi, le tournant ?

Sofiane AÏT-IFLIS

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© Le Soir d'Algérie du 10 février 2011


Saïd Sadi / Il estime que les conditions d’un changement démocratique sont réunies

“Le peuple peut enfin récupérer son destin”

Après avoir appelé au rassemblement des forces démocratiques autour de revendications consensuelles, le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) s’est bien investi dans la Coordination nationale pour le changement et la démocratie (CNCD), regroupant des syndicats autonomes, des organisations de la société civile et des partis de l’opposition.

Rencontré dans son bureau, Saïd Sadi donne l’air de fonder bien des espoirs sur cette nouvelle structure transpartisane, même s’il n’ignore pas que le pouvoir fera tout pour perturber cette dynamique de rapprochement par les polémiques ou les provocations. “Le fait que des militants de sensibilités différentes se soient rapprochés et organisés autour d’un consensus est une vraie avancée dans la culture politique algérienne. Il faudra veiller à ce que cette synergie se consolide et s’amplifie. Le combat ne fait que commencer”, souligne-t-il. Comment apprécie-t-il la situation du pays à la veille de l’épreuve du 12 février ? “Elle est d’une telle gravité que si des initiatives fortes ne sont pas prises rapidement pour sortir par le haut du système qui a dévasté le pays, la nation algérienne connaîtra de terribles épreuves et risque même d’être remise en cause dans sa cohésion.” Aussi, “le devoir patriotique” recommande à chaque Algérien de s’investir pour “apporter tout ce qu’il peut et partout où il se trouve”. Surtout que le Sud, de Tunis à Abidjan, connaît des bouleversements sans précédent. “Nous sommes en train d’assister à un vrai mouvement historique d’envergure planétaire. Le Sud s’exprime et se libère par la mobilisation citoyenne. Les apparatchiks qui l’ont soumis n’ont plus le monopole de la parole. L’histoire est en marche, nul ne peut la mettre au congélateur, le tout est de faire de sorte que l’évolution se fasse de la meilleure manière possible”, explique-t-il.

Mais au lieu d’aller dans le sens de l’histoire, le pouvoir algérien se complaît dans “un autisme qui se traduit par des messages indéchiffrables”. Et Sadi de poursuivre : “Les manœuvres ne sont plus de mise. C’est irresponsable, dangereux et inadmissible.” Ne craint-il pas que la marche du 12 février connaisse le même sort que celle du 22 janvier dernier ? “Le coût politique, diplomatique et médiatique payé par le régime le 22 janvier est très lourd. Cela dit, le système politique algérien est par définition imprévisible, surtout quand il est paniqué, ce qui est le cas actuellement”, résume le président du RCD, non sans souligner que ce régime “se résoudra difficilement à admettre que l’avenir passe par son extinction”, car “il n’a ni la lucidité, ni l’intelligence, ni la cohésion nécessaires pour adopter une position responsable face à la fin d’un cycle historique”.  Et face à l’opposition, il peut être tenté de ressortir la  vieille recette de la provocation médiatique et politique, comme “le chantage à l’islamisme ou au chaos”. “Pour l’instant, outre ses supports médiatiques qui peuvent continuer à désinformer et invectiver, il n’a pas d’autres ressources à opposer pour  réduire l’ampleur de la marche du 12 février”, relève Saïd Sadi qui en appelle à la vigilance et à la mobilisation des Algériens, pour que “cette marche soit un moment de consécration de tous les sacrifices consentis par notre peuple pour que naissent les conditions qui libèrent la nation d’une hibernation indigne de notre histoire”. “Les initiatives du 12 février et du 22 janvier ne sont pas une finalité”, tient-il à ajouter. “Il faudra accompagner et renforcer ces initiatives par des actions locales et régionales. La création de coordinations dans l’émigration en Europe et en Amérique du Nord donne la mesure de l’aspiration de la collectivité nationale. On y trouve des militants politiques de toutes sensibilités, des personnalités et des animateurs du tissu associatif. Je me permets d’insister dans cette phase sur cette capacité à dégager des consensus qui sont, avec la mobilisation de la jeunesse, le meilleur gage de réussite si nous savons les préserver. Ces coordinations ont vocation à prolonger et à élargir la dynamique actuelle jusqu’à ce qu’une phase de transition associant l’ensemble des Algériens, nourris par le message de novembre et de la Soummam et respectant les principes de l’État de droit, soit mise en œuvre”, explique-t-il.

Aux yeux du président du RCD, il y a lieu de préserver “la révolution de la jeunesse” du danger qui a toujours fait avorter les initiatives par leur absorption par les “rotations clientélistes”. “Je crois que la classe politique comme la société civile engagées dans la dynamique de changement sont averties de ce risque, et que chacun dit qu’il faut changer de système politique et non de gouvernement ni même de pouvoir. Cela est capital. C’est la première fois depuis l’indépendance que les conditions nationales, régionales et internationales sont réunies en même temps pour envisager un changement démocratique”, assure-t-il.  

Arab CHIH 

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Pourquoi les Algériens ont le droit de marcher

  • Le droit de manifester pacifiquement : un droit fondamental arraché de haute lutte par le peuple algérien
  1. Dans notre pays, et à l’instar des autres différents droits fondamentaux désormais inscrits dans la Constitution, le droit de manifester n’a pas été octroyé par les différents pouvoirs successifs ayant gouverné l’Algérie depuis l’indépendance du pays. Loin s’en faut ! Il constitue l’une des conquêtes politiques majeures des réformes engagées par le gouvernement Hamrouche après les émeutes des jeunes d’Octobre 1988.
  2. Aucun de ces droits fondamentaux, politiques et sociaux dont toutes et tous disposent ou devraient disposer en Algérie n’a été conquis, établi et garanti autrement que par l’exercice, légal ou non, du droit de manifester. Il a fallu manifester, et le plus souvent hors de la légalité, pour obtenir le droit de grève, de liberté de conscience et d’opinion, les libertés d’expression, d’association et de réunion ! Et il a évidemment fallu manifester sans autorisation pour arracher le droit de manifester, légalement avec une autorisation !
  • Le droit de manifester pacifiquement : un droit fondamental du peuple consacré par la loi fondamentale du pays (Constitution)

Article 6 de la Constitution : «Le peuple est la source de tout pouvoir. La souveraineté nationale appartient exclusivement au peuple.» Article 41 de la Constitution : «Les libertés d'expression, d'association et de réunion sont garanties au citoyen.»

  • Le droit de manifester pacifiquement : un droit que le peuple algérien a su exercer avec un haut niveau de civisme
  1. Depuis la reconnaissance du droit de manifestation consacré par la loi 89-28 du 31.12.1988 relative aux réunions et manifestations publiques, des milliers de marches se sont déroulées à Alger, tout particulièrement sur l’itinéraire choisi par les autorités et adopté par les manifestants (place du 1er-Mai - place des Martyrs), sans aucun incident.
  2. Certaines marches ayant regroupé plus d’un million de personnes à Alger ont connu des niveaux d’encadrement remarquables et une ambiance festive typiquement algérienne.
  • Le droit de manifester pacifiquement : un droit qui doit pouvoir s’exercer dans les moments difficiles que peut traverser un Etat ou une nation
  1. Pour sauver l’Etat en danger : la marche du 2 janvier 1992 à laquelle a appelé Aït Ahmed entre les deux tours des élections législatives a été autorisée malgré le climat politique électrique le plus confus depuis l’indépendance sur l’avenir de l’Etat et de la nation. Aucun incident n’a été enregistré.
  2. Pour éviter l’effusion de sang : la situation politique extrêmement délicate que vit notre pays aujourd’hui nécessite le recours au droit de manifester pour canaliser pacifiquement les violences que vit le pays depuis quelque temps.
  • Le droit de manifester pacifiquement : un droit démocratique fondamental pour exprimer des inquiétudes légitimes reconnues officiellement, y compris par le Premier magistrat du pays et les pouvoirs publics.
  1. Communiqué du Conseil des ministres du 3 février : «Les récentes manifestations sont, sans aucun doute, l'expression d'inquiétudes et d'impatiences chez nos compatriotes. »
  2. La proposition de la Wilaya d’Alger de conversion de la marche à laquelle a appelé le CNCD en réunion politique à l’intérieur d’une salle est, en soi, une reconnaissance implicite des pouvoirs publics de la gravité de la situation ayant justifié la demande de marche.
  • Le droit de manifester pacifiquement : une liberté fondamentale octroyée puis progressivement confisquée par grignotages successifs
  1. L’exercice démocratique plein et entier en Algérie du droit de manifester n’a en réalité tenu que cinq mois (janvier-juin 1991) avec une législation consacrant le principe universel de la simple déclaration préalable et l’obligation légale faite au wali de délivrer sur-le-champ un récépissé de déclaration à toute demande de marche. (article 15 de la loi 89-28 du 31-12-1989 relative aux réunions et manifestations publiques).
  2. Ce droit a été remis en cause une première fois par le décret présidentiel du 4 juin 1991 portant état de siège, une seconde fois par un amendement de la loi citée plus haut qui a réintroduit le principe de l’autorisation préalable et définitivement par le décret présidentiel du 9 février 1992 portant instauration de l’état d’urgence.
  3. Malgré cette situation de grignotage, le président Zeroual a autorisé au cours de son mandat des centaines d’autorisations de marches ayant regroupé sans incidents des millions de personnes.
  4. La seule marche qui a connu de graves incidents est celle du 14 juin 2001 pour deux raisons. Elle n’a pas été autorisée et n’était pas indemne de grossières manipulations comme celles qui se déroulent présentement en Égypte.

L’exercice du droit fondamental de manifester pacifiquement devrait donc se passer de toute autorisation préalable et ne relever, comme dans les autres pays, que d’une simple déclaration préalable.

  • Le droit d’avoir des droits menacé :

Il est le droit de toutes et de tous, et en le défendant, le peuple algérien en défend aussi l’exercice par ceux-là mêmes qui, estimant n’en avoir plus besoin, entendent en priver les autres. C’est parce que le droit de manifester est à la source de tous les autres, qu’il est le premier menacé, que l’on réduit lorsque l’on s’attaque aux autres. C’est parce que le droit de manifester est l’expression la plus immédiate du «droit d’avoir des droits», qu’il faut s’engager à le défendre. C’est pour cela qu’il faut déclarer tenir pour illégitime, scélérate, nulle et non avenue toute loi ou mesure qui irait en ce sens. De même qu’il faut refuser d’être tenu a priori pour responsable et présumé coupable de tous les éventuels dégâts liés, directement, indirectement ou fortuitement aux manifestations organisées.

Synthèse K. M.

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En perspective de la marche du 12 février à Alger

Mobilisation à Tizi Ouzou et Béjaïa

Les préparatifs de la marche du 12 février à laquelle a appelé la Coordination nationale pour le changement et la démocratie (CNCD) vont bon train à Tizi Ouzou.

«L’heure est à la mobilisation et à l’union», nous a-t-on expliqué, hier, au bureau régional du RCD. «Tous les citoyens de la région ne parlent que de la marche. C’est pour cela que nous avons engagé un certain nombre de préparatifs liés au déplacement de tous ceux qui désirent prendre part à cette manifestation», nous a précisé Hamid Maâkni, président du bureau régional du  RCD à Tizi Ouzou. M. Maâkni nous a également indiqué qu’une centaine d’associations de la région soutiennent l’action de la CNCD. Il est à rappeler que, samedi dernier, des militants et cadres de la formation de Saïd Sadi ont organisé une marche dans la ville des Genêts. Cette action s’inscrit dans le cadre de la mobilisation de la population pour la marche de samedi. Du côté de l’université Mouloud Mammeri (Tizi Ouzou), on se prépare aussi pour être au rendez-vous à Alger, samedi. Selon un membre de la Coordination locale des étudiants (CLE),  on constate un engouement de la communauté estudiantine pour l’action de la CNCD.  «L’université de Tizi Ouzou ne sera pas en marge de la marche du 12 février. Elle a toujours été à l’avant-garde de tous les mouvements de contestation allant dans le sens du changement.» Donc, aujourd’hui, plusieurs étudiants ont manifesté leur adhésion à la marche.

«Il y a eu une campagne de sensibilisation dans les campus, mais on a suggéré à ceux qui désirent prendre part à la marche de partir deux ou trois jours à l’avance pour éviter d’être bloqués sur la route le jour de la manifestation», nous a expliqué un étudiant, interne en médecine, qui ajoute, par ailleurs, que même au niveau du CHU de Tizi Ouzou, les choses commencent à bouger. «Toutes les corporations doivent s’impliquer, car le changement doit intervenir à tous les niveaux», a-t-il fait remarquer. Il rappellera que les internes en médecine et les médecins résidents préparent un mouvement de protestation pour dénoncer l’insécurité au niveau des établissements hospitaliers. «Le constat est sans appel. L’Etat algérien n’a visiblement pas de soucis de notre corporation. Ses préoccupations sont ailleurs eu égard au traitement qu’il continue de réserver aux revendications exprimées par les différents syndicats de la corporation», lit-on dans la déclaration des internes en médecine qui ont tenu un sit-in, lundi, au CHU Nedir Mohamed de Tizi Ouzou.
A Béjaia, le refus opposé à la demande de la Coordination nationale pour le changement et la démocratie (CNCD) d’organiser la marche à Alger n’a entamé en rien la détermination des nombreux citoyens décidés à y être quand même.

Les étudiants sont de la partie

Le RCD a actionné ses structures pour assurer l’affichage de l’appel de la CNCD dont il est partie prenante. Le parti est à pied d’œuvre pour acheminer les marcheurs «dans les meilleures conditions». Selon Reda Boudraâ, chef du bureau régional du RCD, près de 700 noms d’étudiants sont d’ores et déjà couchés sur la liste des partants sur Alger. Outre le nouveau collectif estudiantin pour la sauvegarde de la citoyenneté, des comités des cités «U» activent pour allonger cette liste. Des lycéens, regroupés autour d’une coordination, affichent, eux aussi, leur intention de prendre part à la marche de ce samedi. «L’engouement est aussi chez la gent féminine», nous affirme M. Boudraâ. Au RCD, on croit plus que jamais que ce samedi sera un «rendez-vous avec l’histoire». Les choses bougent aussi du côté des robes noires. Un collectif d’avocats de Béjaïa, «préoccupés par l’impasse politique actuelle qui hypothèque gravement la cohésion nationale», a initié une pétition de soutien à «cette action citoyenne».

Jusqu’à hier, on a compté quelque 80 signatures. Lançant une invitation à leurs consœurs et confrères à joindre la marche de la CNCD, les signataires se disent «convaincus qu’en tant que défenseurs de la justice, (leur) engagement pour un Etat de droit, doit nécessairement accompagner la lutte du peuple algérien pour le changement et la démocratie». Il appelle, ainsi, «tous les patriotes soucieux du devenir de notre nation, à transcender toute forme de divergences et à se joindre à cette manifestation afin de contribuer au renouveau démocratique et à la défense de l’honneur et de la dignité de notre pays». Pour le Snapap, il s’agit de compter, pour cette première action de la CNCD, plus sur les militants engagés. «La CNCD s’inscrit dans le temps et il y aura d’autres actions», nous précise M. Sadou. La coordination intercommunale de Béjaïa, structure de l’ex-mouvement citoyen, a aussi rendu publique une déclaration de soutien à cette marche en reprenant son fameux slogan «Le combat continue».

Kamel MEDJDOUB, Hafid AZZOUZI

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Marche interdite

Alger inspire Oran

Lorsque le président Bouteflika est revenu du Val-de-Grâce, où il a séjourné pour soigner sa maladie, une liesse populaire a été organisée à Alger pour l’accueillir.

D’importantes marches ont été organisées dans la capitale en soutien aux Palestiniens lorsque la bande de Ghaza a été sauvagement attaquée par l’armée israélienne. Au lendemain de la qualification de l’équipe nationale au Mondial sud-africain, deux millions d’Algérois sont sortis dans les rues de la capitale pour fêter la victoire et même jusque très tard dans la soirée. Personne n’avait, à l’époque, évoqué le risque sécuritaire qui pouvait peser sur des manifestations aussi grandes. Qu’est-ce qui a changé depuis sur le plan sécuritaire pour brandir la menace terroriste aujourd’hui comme argument pour y interdire les marches populaires et pacifiques ? Le motif avancé par les autorités est peu convaincant, l’argument est même fallacieux.

Trompeur, tout le monde sait que l’argument qui met en avant la menace sécuritaire n’est qu’un éventail. Contrairement aux manifestations précitées, les autorités ne veulent pas en réalité de marches qui les mettraient en cause. Des marches avec des mots d’ordre politiques. Mais c’est dans la logique de la fermeture de tous les espaces d’expression, y compris la rue. Ne sont tolérées que les manifestations toujours suscitées d’ailleurs de thuriféraires auxquelles tous les médias publics, notamment la télévision, sont ouverts. L’opposition en a été définitivement bannie.

Des signes qui ne trompent pas sur les intentions des tenants du pouvoir, et leurs arguments au rabais, c’est l’interdiction apposée à la demande de la coordination nationale pour le changement et la démocratie qui a programmé une marche pacifique à Oran le 12 février prochain. La décision a eu toutefois le mérite de mettre à nu tous les subterfuges des autorités. Pourtant, lors du dernier Conseil des ministres, l’on a bien dit que l’interdiction ne concernait que la seule wilaya d’Alger, et que les citoyens pourraient bien organiser des manifestations partout ailleurs sur le territoire national.

D’abord pourquoi Alger ? Pour quelle raison on dénie le droit aux cinq millions d’Algériens qui habitent la capitale de manifester ? Aussi l’on ne savait pas qu’il ait des parcelles de ce territoire qui semblent définitivement proclamées zones interdites à la contestation, pacifique soit-elle. La décision prise par la wilaya d’Oran, inspirée et certainement assumée par Alger, renseignerait sur une certaine manière dont on conduit la chose publique.
Décidément, les autorités ne se soucient guère des contradictions dans lesquelles elles peuvent se fourrer pourvu qu’elles maintiennent la chape de plomb qui bloque l’avènement pacifique d’une alternative politique.

Said RABIA

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Le collectif des artistes de Béjaïa soutient la marche du 12 février

Plusieurs artistes de Béjaïa ont tenu à apporter leur soutien à la marche initiée par la Coordination nationale pour le changement démocratique (CNCD) pour le 12 février 2011 à Alger.

Boualem Beurr, chanteur kabyle et membre du Collectif des artistes de la wilaya de Béjaïa, rencontré en marge d’un sit-in organisé hier, devant la Maison de la culture pour dénoncer leur marginalisation par les responsables du secteur de la culture, nous a déclaré que leur association constituée de stars de la chanson kabyle notamment, le groupe Idurar de Kaci Boussad, Boudjemaâ Agraw, Louiza, Abdelkader Bouhi, Mustapha du groupe Les Maghrébins, se «joint» à l’appel de la CNCD pour la manifestation populaire du 12 février dans la capitale pour réclamer le départ des dignitaires du régime. «Nous sommes aussi des enfants de ce peuple et nous partageons les mêmes aspirations de changement pour une société juste et démocratique. En tant qu’artistes, nous ne pouvons rester insensibles à ce qui se passe dans notre pays. Nous joignons notre voix pour une participation massive des citoyens à cette marche de l’espoir démocratique et pour réclamer la chute de ce régime totalitaire, en place depuis l’Indépendance», nous a déclaré en substance Boualem Beurr.

A. K.

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La politique investit le réseau social

La marche du 12 février a déjà commencé sur Facebook

Le décalage  entre les dirigeants  du pays et ce  qui se passe sur le facebook DZ est énorme. Ni les représentants des partis au pouvoir ni leurs proches ne semblent comprendre l’immense transformation que subit l’Algérie.

Un constat très facile à faire. Il suffit de suivre l’immense activité des facebookeurs algériens depuis le début du mois de janvier pour s’en convaincre. À défaut d’avoir de vrais espaces d’expression, la société a carrément plongé dans le net. Certains diront que c’est pour fuir la réalité. Une lecture qui peut être valable mais qui est loin d’être la seule. Les facebookeurs algériens ont créé un espace dans lequel beaucoup semblent s’adapter. Le réseau social, lié par méconnaissance à la jeunesse, est devenu ces dernières semaines, la véritable scène politique du pays. Les débats y sont intenses et tous les sujets y sont abordés. Les hommes politiques sont souvent invités par les internautes à se départir de la vision des années 1990. “Ceux qui font la politique en Algérie se sont bloqués avec l’instauration de l’état d’urgence”, écrit un facebookeur sur son profil en précisant : “Ils oublient qu’entre-temps, 19 ans sont passés et que les Algériens ne sont plus les mêmes !”  Ce fossé se confirme de plus en plus dans les nombreux forums créés sur le réseau social. Les critiques abondent dans tous les sens. Tout est remis en cause. Cependant, un consensus semble être trouvé autour de la marche nationale à laquelle la Coordination nationale pour le changement et la démocratie (CNCD) a appelé pour samedi prochain. Plusieurs profils de groupes ont été créés pour cette occasion. On peut citer celui de la CNDC : “Marche du 12 février sur tout le territoire”. Jusqu’à lundi dernier, 3 264 personnes ont confirmé leur présence pour les manifestations prévues dans plusieurs villes algériennes (Alger, Constantine, Bordj Bou-Arréridj, Annaba et Oran), et même celles prévues à l’étranger (Paris, Grenoble et Montréal).

L’un des groupes qui fait le plus parler de lui est sans aucun doute “Envoyés spéciaux algériens” (SPA).  Avec presque 21 500 membres, SPA est devenu un repère pour les nombreux facebookeurs qui recherchent des infos sur ce qui se passe en Algérie, mais également en Tunisie et en Égypte. Ce groupe s’est distingué depuis le début du mois de janvier, avec les émeutes qui avaient secoué le pays. Les débats y sont très nombreux, et parfois houleux. Les administrateurs de SPA ont réussi ainsi à créer un espace dans lequel on peut retrouver toutes les tendances. Un véritable baromètre pour ceux qui veulent avoir une idée sur le monde de Facebook en Algérie. Pour la marche de samedi prochain, un sondage a été effectué par les administrateurs de la “communauté” avec la question : “Allez-vous participer à la marche pacifique du 12/02/2011 ?” 574 personnes y ont participé (entre le 3 et le 4 février), et le “oui” l’avait emporté avec 61,36%. “Algérie Pacifique” est un autre lancé en janvier dernier. Le rendez-vous du 12 est évidemment dans leur “ligne de mire”. L’opinion de Omar, un des membres, sur l’impact de facebook au sujet de la marche, semble mitigée. “Les jeunes activistes sur le net peuvent jouer un rôle déterminant, à condition que la Coordination prenne en charge leurs revendications en les intégrant dans la plate-forme. On ne va pas aller jusqu’à dire qu’on peut avoir le même impact qu’en Égypte et en Tunisie, dans la marche du 12, mais dans les futures marches et mobilisations, je suis persuadé que cela peut facilement se produire”, affirme-t-il, avant d’ajouter que “c’est juste une question de temps et de préparation”.  

Parmi ceux qui se distinguent sur facebook, il y a Amazigh Kateb. En plus d’être chanteur, il est en train de se donner un autre statut, celui d’activiste sur le net. Le message affiché sur son profil il y a quelques jours en est la meilleure illustration : “Important : pour la marche du 12, le pouvoir peut, comme en 2001, et comme Moubarak aujourd'hui, payer ou envoyer des casseurs et des flics en civil. Demandons aux jeunes des quartiers populaires, notamment sur le tracé de la marche (place du 1er-Mai - place des Martyrs) d'être vigilants avec nous, à ceux qui voudraient semer le chaos et les neutraliser. Ce pouvoir va tomber. Écoutez : il tremble.” Activiste, militant, cyber-dissident, une panoplie de titres qui pullulent depuis janvier dernier sur le réseau social en Algérie. Une réaction loin d’être surprenante devant l’absence de véritables relais politiques et de champs d’expression libre. Nombreux sont ceux qui affirment que facebook en Algérie ne peut égaler celui en Tunisie ou en Égypte, oubliant toutefois que c’est exactement le même discours qu’avaient les dirigeants de ces deux pays avant que la vague de contestation ne les submerge. Omettre et négliger l’impact de ce réseau social, c’est, au moins, confirmer ce que beaucoup disent sur les acteurs de la scène politique : ils sont “has been”.

Salim KOUDIL

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Les principaux acteur de la CNCD appellent à la mobilisation

La dynamique du 12 février est lancée

Les représentants de la Coordination nationale pour le changement et la démocratie, qui ont observé hier leur premier sit-in à Hydra, ont exprimé leur solidarité avec le peuple égyptien et également réitéré leur appel à la marche pacifique de samedi.

Les représentants de la Coordination nationale pour le changement et la démocratie (CNCD) ont effectué, hier, leur première sortie sur le terrain et ont lancé, du coup, la dynamique du 12 février. En guise d’action inaugurale avant la manifestation de samedi prochain, ils ont décidé de se rassembler devant l’ambassade d’Égypte, à Hydra, afin d’exprimer leur solidarité avec le peuple égyptien et soutenir les mouvements de révolte dans les pays arabes. Venus par petits groupes, les manifestants se sont vu empêchés d’accéder à la rue Abdelkader-Gadouche, Hydra, où se situe le siège de la représentation diplomatique égyptienne en Algérie. Un important dispositif sécuritaire les attendait sur les lieux. Les éléments de la Sûreté nationale ont carrément fermé l’accès de la rue aux véhicules et même procédé à la vérification systématique des papiers d’identité des piétons. Certains manifestants, qui ont pu atteindre ladite rue, où se situe également l’ambassade de France, ont été vite escortés vers les rues adjacentes afin de les disperser. Toutes les voies menant vers l’ambassade d’Égypte ont été bouclées par les éléments de la police. Vers 14h, des dizaines de manifestants ont pu tenir leur sit-in du côté du pont d’Hydra, pas loin du carrefour. Sur place, des banderoles dénonçant le régime de Moubarak sont déployées. “Dégage Moubarak, le peuple égyptien a le droit de choisir son avenir”, pouvait-on lire sur l’une des banderoles. Les manifestants ont, également, scandé des slogans hostiles au régime de Moubarak, l’accusant de “dictateur” et d’“assassin”, ils criaient aussi : “Partez Moubarak, le peuple égyptien en a marre de vous”, “votre peuple vous déteste”. C’était peut-être l’un des objectifs recherchés, cette action n’a pas manqué d’attirer l’attention des passants et même des automobilistes qui ont exprimé leur solidarité avec des coups de klaxon. “Les pouvoirs publics, qui ne veulent pas s’exprimer sur les évènements en cours dans les pays arabes, devraient laisser le peuple parler librement et manifester sa solidarité avec les mouvements de révolte en Tunisie et en Égypte”, nous dira un représentant de la coordination qui explique que “cette action n’est qu’un test pour la coordination”. Les manifestants ont vite enchaîné avec leur slogan fétiche : “Algérie libre et démocratique”, avant de lancer : “Nous voulons manifester pacifiquement et nous exprimer librement.” Des tracts appelant la population à rejoindre la manifestation pacifique de samedi ont été distribués aux passants. Une heure après, les représentants de la CNCD se sont dispersés dans le calme. 245 avocats et une centaine d’associations rejoignent la CNCD.

Réunie mardi dernier à la Maison des syndicats, à Dar El-Beïda (Alger), en commission technique, la Coordination nationale pour le changement et la démocratie (CNCD) a réaffirmé sa détermination au maintien de la marche pacifique du 12 février. La coordination se dit “plus que jamais décidée à manifester à Alger, d’autant plus qu’aucune explication juridique ou encore un texte de loi n’aura été avancé par le gouvernement pour justifier le refus de la wilaya de délivrer une autorisation à l’organisation de la manifestation. Cette détermination n’est certainement pas étrangère à l’implication massive de la société civile dans le mouvement que la coordination a enclenché”. À moins de quarante-huit heures de sa première action d’envergure — la marche de samedi —, la coordination continue d’enregistrer des soutiens de poids et une adhésion de plus en plus large de la société civile. Une centaine d’associations à caractère culturel ou scientifique, autant de collectifs socioprofessionnels et de comités locaux regroupant des femmes, des jeunes, des étudiants et autres, ont appelé leurs adhérents à participer massivement à cette manifestation. Au même moment, et alors que certains commençaient à désespérer de voir les robes noires s’impliquer de manière plus visible dans le mouvement, 245 avocats ont adopté l’appel de la CNCD et affirment, selon un document listant les noms des avocats, leur disponibilité à prendre part à la marche pacifique, donnant, du coup, une autre dimension à l’action envisagée. Constituée notamment de la Ligue algérienne de défense des droits de l’Homme (LADDH), de partis politiques de diverses tendances, de syndicats autonomes représentant différents secteurs d’activité, ainsi que de divers autres groupements tels que les étudiants, les internautes, les femmes, les chômeurs,… la CNCD continue donc de ratisser large au sein de la société civile. Elle le doit, certes, à “une société qui ne demandait qu’un cadre de mobilisation pour exprimer ses attentes”, mais aussi au “caractère consensuel des revendications brandies par le mouvement”, selon un animateur de la coordination.

Nabila AFROUN

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Saïd Sadi

L’autre libération

Où va l’Algérie ? C’est le titre d’un opuscule publié par Mohamed Boudiaf en 1962. Près de cinquante ans plus tard, le pays qui s’est levé le 1er Novembre 1954 pour remplacer l’ordre colonial par un «Etat démocratique et social garantissant les libertés individuelles et collectives» a fini par sombrer dans un marasme qui menace jusqu’à son existence même.

L’abîme

L’état des lieux est accablant : deux millions d’hectares irrigables sont en jachère depuis plus de quarante ans ; jadis exportatrice de céréales, l’Algérie importe aujourd’hui l’essentiel de ses denrées alimentaires ; le taux de chômage dépasse les 35% chez les moins de trente ans ; chaque quinzaine, entre 300 et 400 jeunes, souvent diplômés, essaient, avec plus ou moins de succès, de quitter le pays dans des embarcations de fortune ; 43 000 universitaires algériens se sont installés, ces 10 dernières années, dans l’Etat du Québec ; 13 000 praticiens survivent en Ile-de- France et les maladies éradiquées depuis quarante ans resurgissent et submergent un système de santé délétère. Pour la seule année 2010, plus de 9 700 émeutes, d’ampleurs inégales, ont secoué le pays. Sans compter le pillage organisé de nos réserves pétrolières et gazières, confisquées par une caste de privilégiés. Maintenant que les langues se délient, on vient d’apprendre d’une source du ministère de l’Intérieur que le taux de participation à la présidentielle de 2009, qui a vu la reconduction du chef de l’Etat, était de 11,3%, c'est-à-dire deux fois moins que les estimations les plus pessimistes des chancelleries. On se rappelle que la France fut le premier pays à saluer ce «succès». Notre système politique est en fin de course. Bouteflika, déjà ministre au lendemain de l’indépendance, a commis en novembre 2008 son troisième coup d’Etat (après ceux de 1962 et de 1965) quand, violant la Constitution, il s’octroya une présidence à vie. Treize ministères, et non des moindres, sont ou ont été récemment occupés par des personnes issues de sa tribu. Disons-le d’entrée, cette confiscation de l’Etat n’aurait pas été possible sans la bénédiction de l’armée.

La régression permanente

La moindre des incongruités dans ce détournement institutionnel n’est pas ce ministère des Anciens moudjahidines (Anciens combattants), doté du quatrième budget du pays après ceux de la Défense, de l’Education et de l’Intérieur. Au regard des généreuses pensions allouées, un calcul rapide montre que non seulement aucun ancien combattant n’est décédé depuis 1962, mais que, depuis, leur nombre a été multiplié par 12 ! Grâce à cette inflation de «maquisards», les clans peuvent mieux contrôler le pays. Le wali (préfet) ou même le ministre n’a pas forcément autorité sur le responsable des anciens moudjahidine qui, lui, peut décider de l’implantation d’une usine, d’un lycée ou d’un hôpital au gré du clientélisme. L’Etat est un fantôme servant d’alibi au pouvoir occulte. Privés d’espaces d’où ils peuvent se projeter dans l’avenir, les jeunes Algériens quittent le pays pour l’Europe, l’Amérique du Nord et, maintenant, l’Australie. Enfermement et paranoïa sont les deux mâchoires de la tenaille qui broie le destin algérien. Avant d’être conduite comme une démarche réhabilitant une langue, l’arabisation fut d’abord conçue comme la barrière devant isoler une population qu’il fallait prémunir à la fois de la «pollution occidentale» et du réveil des «démons de la berbérité», failles à travers lesquelles le diable pouvait se faufiler à tout instant. Pour autant, la relation du pouvoir avec l’Occident est toujours restée hypocrite. Au début des années 1970, un groupe d’étudiants, regroupés autour des écrivains Mouloud Mammeri et Kateb Yacine, avait suivi les établissements où étaient inscrits les enfants et ou les frères et sœurs des principaux dirigeants du parti-Etat. Sur 676 responsables, seuls 4 avaient laissé les membres de leur famille fréquenter l’école publique. Tous les autres étaient scolarisés dans les institutions religieuses catholiques, encore très présentes en Algérie, les lycées français, les écoles privées, ou bien disposaient de bourses à l’étranger. Aujourd’hui, il reste 4 salles de cinéma dans la capitale algérienne et on y joue moins d’une pièce de théâtre par an. Les étudiants tunisiens en médecine, formés par la prestigieuse faculté d’Alger des années 1960, dispensent leur savoir à Tunis ou Monastir aux rescapés algériens qui ont pu avoir la chance de s’inscrire chez leurs voisins. Les hauts dirigeants et leur famille se soignent en Occident ; la cour, elle, a droit aux cliniques et hôpitaux tunisiens. Au lieu de prendre acte de l’impasse d’un système-agrégat de tiers-mondisme, de stalinisme, d’intégrisme et d’ultra-jacobinisme, le pouvoir algérien est tétanisé. Son blocage actuel est dû autant à son incapacité à envisager la moindre évolution qu’à une peur panique devant les exemples tunisien, égyptien ou ivoirien. D’où ce chantage, vain et puéril, à l’islamisme ou au chaos.

Résonances tunisiennes

Les causes qui ont mené à la révolution tunisienne sont les mêmes en Algérie : coups d’Etat, fraudes électorales et censure, corruption dévastatrice, notamment de la part des familles régnantes, paupérisation, explosions sociales. Pour des raisons historiques et politiques, la traduction de ces fléaux ne s’est pas toujours opérée de la même manière. Le mouvement national tunisien, d’essence citadine, fut mieux structuré que l’algérien et Habib Bourguiba eut moins de peine à séculariser la société au moment où, avant même l’indépendance, les dirigeants rationalistes algériens furent, à l’instar de Abane Ramdane, éliminés par leurs pairs. C’est ainsi que les institutions tunisiennes ont toujours gardé, en dépit d’un despotisme chronique, même dans les pires moments, un minimum de crédibilité. Le barreau de Tunis n’est pas celui d’Alger, on dispense toujours la leçon inaugurale dans les universités tunisiennes alors que Boumediene, abolissant le serment d’Hippocrate et les codes d’éthique et de déontologie, s’autorisait à décerner les agrégations. Pendant que l’UGTT (Union générale des travailleurs tunisiens) assume et accompagne la révolution, son homologue algérienne, l’UGTA, paie des casseurs pour infiltrer des marches pacifiques et installe des milices dans tout le pays. De surcroît, l’armée qui n’a pas été associée à la prédation, est restée sous contrôle du pouvoir civil en Tunisie alors qu’en Algérie, elle est au centre de la décision politique et de la captation de la rente. On a fait remarquer, à juste titre, que les couches moyennes qui ont canalisé et porté la révolte des jeunes en Tunisie sont quasiment inexistantes ou satellisées par le système en Algérie. Si la phase de transition démocratique devait y être contrariée plus longtemps, notre pays risque de connaître des turbulences bien plus violentes qu’en Tunisie.

Les ressorts de la refondation

Depuis plusieurs décennies, l’opposition démocratique, affrontant pacifiquement le pouvoir dans l’indifférence, voire la complicité de certains partenaires de l’Algérie, a pu construire un projet alternatif inspiré des valeurs qui ont permis de rassembler et de libérer le peuple algérien du colonialisme. La question des droits de l’homme, le statut de la femme, la problématique de l’identité nationale, la place du culte dans la cité, les réformes de l’Etat, de la justice et de l’éducation sont maintenant en bonne place dans l’agenda politique algérien. Acculé, le pouvoir, essayant toujours de louvoyer, n’intègre ces revendications que pour les dénaturer ; mais nul ne le conteste, le projet démocratique humaniste est au cœur du débat public en Algérie. Disposant d’une vraie crédibilité politique face au système qui veut encore perdurer par la rotation de ses clans, l’opposition peut compter sur des énergies déterminantes, à commencer par la jeunesse, désormais déconnectée de l’extrémisme religieux. Soumise depuis l’indépendance à un système éducatif aliéné par un populisme doctrinaire, sectaire, médiocre et violemment répressif, elle lui a miraculeusement survécu au point d’être aujourd’hui la première force sociale à braver le pouvoir. D’aucuns appellent déjà la contestation montante en Algérie «la révolution de la jeunesse». L’émigration, dont de nombreux cadres ont brillamment réussi, reste, pour l’essentiel, disponible envers son pays d’origine dans la perspective d’une reconstruction démocratique. Enfin et pour la première fois depuis l’indépendance, l’idée d’une Assemblée nationale constituante, en gestation depuis 1962, peut être enfin envisagée sans risque de dérapage et l’armée algérienne peut saisir cette occasion pour organiser sa sortie par le haut.

Projections géostratégiques

Autant l’anticipation sur les bouleversements qui attendent la scène proche et moyen-orientale est délicate, autant les incidences continentales d’une évolution ordonnée en Algérie peuvent être raisonnablement envisagées. Pivot de sa région, carrefour des routes culturelles et énergétiques qui relient le Nord et le Sud, l’Orient et l’Occident, l’Algérie a, en ce début de siècle, une nouvelle opportunité historique. D’abord, l’Afrique du Nord peut construire un binôme structurant avec l’Afrique du Sud pour engager le continent dans une synergie démocratique. Ensuite, la région nord-africaine peut se poser comme matrice de la réforme spirituelle dans un monde musulman englué dans une nostalgie belliqueuse. Il faudra alors que l’Europe apprenne à compter jusqu’à trois pour dépasser enfin l’équation binaire qui a réduit nos destins à un choix morbide : l’intégrisme ou la fatalité de la dictature. A ce propos, nos partenaires européens ne semblent pas avoir évalué l’écho qu’a rencontré dans nos pays le discours prononcé par le président Obama à Accra où, plus qu’à la Baule, un dirigeant d’une grande nation démocratique délivrait un message politique qui faisait de la légitimité des institutions le préalable à la stabilité des Etats. Nous sommes en train de vivre une dynamique fondatrice d’un nouveau monde dans laquelle le Sud fait irruption par ses peuples qui, en Algérie comme ailleurs, aspirent à la liberté et la justice et non plus à travers la vulgate tiers-mondiste de despotes qui ont perverti les luttes anticolonialistes et dévasté leur pays. Dans ce renouveau, l’Algérie doit jouer son rôle. Par fidélité à son histoire et ambition pour sa jeunesse.  

Saïd SADI, député d’Alger, président du RCD

Document publié par l’hebdomadaire français le Point dans son édition d’aujourd’hui.

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© Le Soir d'Algérie du 10 février 2011


Marche du 12 février

L’appel de Amazigh Kateb

Marchons tous ensemble, le 12 février 2011, à partir de 11h, à Alger, place du 1er Mai, et partout ailleurs en Algérie, contre cette dictature sécuritaire. Beaucoup parlent de récupération et paralysent les énergies, les esprits et l’action. Ne tombez pas dans le piège du boycott de la marche. Cela fait trop longtemps que nous n’avons pas marché ensemble. C’est peut-être pour cela aussi que l’Algérie n’est plus en marche. Nous avons besoin de nous voir, de nous revoir et d’échanger pour restructurer le corps populaire. Nous sommes condamnés à vivre ensemble, pourquoi mourir ou nous cacher ?

Les récupérateurs seraient ravis de se retrouver seuls pour négocier avec le pouvoir, et dire qu’il n’y avait personne d’autre qu’eux pour réclamer «les droits du peuple». Nous vous proposons donc une idée simple : si vous ne vous reconnaissez dans aucun des partis, syndicats, ou associations présents, fabriquez une banderole avec vos revendications et la mention : «Citoyen libre et solidaire». Soyons visibles et indivisibles ! Ainsi, le monde verra que la plupart des marcheurs sont de simples citoyens indépendants, unis et déterminés à faire tomber ce régime injuste et méprisant. Ce dernier semble lâcher du lest, car il a peur. On parle d’une hypothétique levée de l’état d’urgence, mais qu’en est-il de cet état ? Où sont les vraies urgences ? Nous le savons tous : l’Etat est démissionnaire, l’urgence, c’est le peuple. La roue doit tourner, en marche avant si possible. Il n’y a aucun calendrier clair quant aux bonnes intentions du gouvernement. Nous sommes en quête de dignité, notre calendrier c’est tout de suite ! La marche du 12 février est très importante d’un point de vue symbolique, elle n’est que la première d’une longue série d’actions pour affirmer notre détermination à changer d’ère. Venez nombreux et amenez vos amis.

Notre présence à tous sera garante de la légitimité de la marche.
L’Algérie nous appelle, ne faisons pas la sourde oreille.

Amazigh KATEB

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© El Watan du 10 février 2011


Rassemblement de la CNCD le 12 février à Oran

Forte mobilisation citoyenne

Les initiateurs du rassemblement espèrent voir les autorités autoriser la manifestation afin de pouvoir passer leur message.

Le choix de la place du 1er-Novembre 1954 à Oran où aura lieu, samedi prochain, le rassemblement de la Coordination nationale pour le changement et la démocratie (CNCD) n’est pas fortuit compte tenu de la symbolique de l’endroit de toutes les luttes estudiantines, partisanes, syndicales, citoyennes, sociales et populaires. Cette agora de la contestation populaire constitue un point de chute incontournable. Les initiateurs du rassemblement (11h-14h) y prévoient même des manifestations artistiques. Les citoyens, qui discutent de la prochaine marche de la CNCD à Alger, font directement le lien avec le rassemblement prévu en écho sur l’ancienne place d’Armes. Les débats tournant autour des événements en Égypte et en Tunisie sont à présent ponctués de larges pans de conversations sur le rassemblement du 12 février. Les visages graves des citoyens en disent long sur leur détermination. Ils sont nombreux en effet à souhaiter que les pouvoirs publics ne répriment pas le regroupement. “C’est une initiative citoyenne pacifique pour faire entendre nos voix en haut lieu”, affirment les citoyens. Ces derniers font montre d’une maturité politique qui ne souffre aucune ambiguïté. “Les récentes mesures édictées par le président de la République ont été déjà prononcées par Moubarak en 2005. Nous devons nous tenir sur nos gardes et ne pas nous laisser faire car il y a comme un vent de manipulation”, affirment pour leur part des jeunes étudiants. Deux quinquagénaires s’invitent à la conversation. “C’est vrai, il n’y a encore rien de palpable sur l’intention du chef de l’État de lever l’état d’urgence.” Des enseignants ayant saisi au vol la discussion interviennent à leur tour. “La levée de l’état d’urgence ne va rien apporter, étant donné que le véritable problème réside dans le non-respect du droit dans toute sa plénitude.”

Depuis la dernière répression contre la marche du RCD à Alger le 22 janvier, il y a comme un sentiment de “hogra” qui semble raffermir la solidarité des citoyens. “Beaucoup de citoyens qui ne partagent pas l’idéologie du parti de Saïd Sadi ont été scandalisés par la brutalité de la répression qui s’est abattue sur les militants et les sympathisants du RCD”, déplorent un groupe de jeunes universitaires au chômage. Ces derniers portent des griefs acerbes à l’encontre des pouvoirs publics qui semblent tolérer certaines pratiques jugées jusqu’ici comme une atteinte à la sécurité publique. Il faut suivre du regard la multiplication des vendeurs ambulants qui ont squatté les voies publiques au centre-ville d’Oran. “Les autorités laissent faire pour ne pas provoquer les jeunes sans travail. Mais détrompez-vous car dès que les choses se seront tassées, les policiers nous feront la chasse pour nous confisquer notre marchandise”, assurent des vendeurs à la sauvette. Que ce soit au niveau des marchés populaires, dans les cafés et les rues, l’actualité égyptienne s’estompe graduellement au profit de la grogne algérienne. “Le pouvoir a sophistiqué dans la précipitation et la panique des demi-mesures d’apaisement qui restent incomplètes et aléatoires à l’image de la levée de l’état d’urgence”, s’offusquent des médecins. En attendant et sous un ciel printanier, Oran est ostensiblement quadrillée par un imposant service de sécurité qui a déjà pris position au niveau des édifices publics et privés de la ville.

K. REGUIEG-YESSAD

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© Liberté du 10 février 2011


Deux jours avant la marche du 12 février

Des témoignages font état d’intimidations et de menaces

A moins de 48 heures de la marche du 12 février, des témoignages font état de tentatives d’intimidation à l’encontre de militants. A Skikda, les parents d’un jeune sans emploi, membre de la Coordination nationale des chômeurs,  auraient reçu la visite de deux éléments des services de sécurité. « Selon ce jeune chômeur répondant aux initiales Z.M. qui nous a contacté, ce matin, ces agents sont venus pour demander des information à son sujet », affirme un responsable de la Laddh à Alger.

 Ce jeune militant aurait été  identifié lors d’un rassemblement organisé le 6 février par la Coordination nationale des chômeurs devant le ministère du Travail à Alger.  Selon notre interlocuteur, ce jeune de Skikda leur a fait part de son hésitation à retourner à la maison familiale de peur de représailles.

 A Annaba, les initiateurs du rassemblement du 12 février à la place d’Armes ont été victimes d’une tentative d’intimidation, indique le même responsable de la Laddh. « Un riche homme d’affaire connu dans la ville a contacté trois initiateurs. Dans un premier temps, il a tenté de les menacer. Après, il a tenté de les corrompre en leur proposant de l’argent », précise-t-il.

 A Oran, comme nous l’avions rapporté ce jeudi, trois jeunes étudiants, militants de la Laddh ont été arrêtés par la police avant d’être relâchés en début de soirée. Ces étudiants étaient en train de distribuer des affichettes pour la marche du 12 février sur la rue Khemisti quand ils ont été interpellés par la police.

Samia AMINE

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© Tout Sur l'Algérie du 10 février 2011


Ali Yahia Abdenour / Il assure que le mouvement n’a pas de Fin

“Tous derrière les jeunes”

Parce qu’il a été de toutes les causes justes, Ali Yahia Abdenour, militant infatigable des droits de l’homme et président d’honneur de la Laddh, s’est tout naturellement retrouvé au sein de la Coordination nationale pour le changement et la démocratie (CNCD), née au lendemain des violentes émeutes qui ont secoué, au début de janvier, plus de trente villes algériennes.

Du haut de ses 84 ans, il s’est investi corps et âme dans cette dynamique unitaire qui vise à imposer un changement de système politique en Algérie. Dans ce nouveau combat, Me Ali Yahia a choisi un slogan : “Les jeunes aux commandes”. De son point de vue, les élites doivent accompagner les jeunes, garçons et filles, qui “veulent un changement de système parce qu’ils savent que leurs revendications ne seront jamais satisfaites par celui en place”. Maître Ali Yahia ne comprend pas que certains rechignent encore à rejoindre le mouvement en marche en arguant ne pas y être associés.  “Il y a des personnes qui disent qu’elles ne sont pas invitées. C’est un appel à tous les Algériens et tout le monde doit participer. Il ne faut pas que la susceptibilité prenne le pas sur l’essentiel, le peuple doit se rassembler autour d’une solution”, remarque-t-il.

Avant de préciser davantage sa pensée : “Le mouvement n’a ni zaïm ni tête pensante. C’est une révolution populaire, et tout le monde doit se mettre derrière les jeunes. Ils sont majeurs et vaccinés, et une fois le système abattu, c’est eux qui vont faire appel à l’intelligentsia pour mener à bon port la période de transition. Après, c’est au peuple de désigner ses représentants par des élections libres.” Et Me Ali Yahia de se féliciter de cette “accélération de l’histoire” que connaît l’Algérie et d’autres pays du Sud.  “L’Algérie est comme un train en marche qui est arrivé à destination. Tout le monde doit descendre, y compris le conducteur. Cette accélération de l’histoire ne concerne pas seulement les dictateurs, mais tout le monde. Malheureusement, il y a certains qui veulent se mettre tout de suite à la tête de la locomotive. D’autres veulent prendre le train en marche et d’autres encore veulent courir plus vite que la locomotive en assurant qu’il leur appartient d’encadrer la révolution de la jeunesse en oubliant que pendant douze ans, ils ont servi corps et âme le pouvoir”, analyse-t-il.

Ne craint-il pas que le pouvoir recourt à la force pour empêcher la marche du 12 février ? “Le pouvoir privilégie jusqu’ici la "sécuritocratie" en mettant en avant le ministère de l’Intérieur. Il doit enfin comprendre que ces jeunes qui vont marcher sont des enfants du peuple et il ne peut pas tirer sur le peuple”, répond Me Ali Yahia. À ses yeux, l’interdiction d’organiser des marches à Alger est “anticonstitutionnelle”, car “elle est en contradiction avec certaines dispositions de la Constitution garantissant les libertés individuelles et collectives, ainsi que la liberté d’expression et de conscience”. “Le régime foule au pied ses propres lois. Mais que fait le Conseil constitutionnel ?” s’interroge-t-il.

Arab CHIH

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© Liberté du 10 février 2011


Anouar Benmalek. Écrivain

«Qui êtes-vous pour refuser aux Algériens le droit de manifester pacifiquement ?»

L’écrivain Anouar Benmalek, auteur d’œuvres comme L’Enfant du peuple ancien, Les Amants désunis, O Maria ou encore Le Rapt réagit en tant qu’intellectuel algérien à propos de l’effet des révolutions tunisienne et égyptienne, les émeutes des jeunes en Algérie, l’interdiction des marches pacifiques, l’état d’urgence…

  • Votre réaction à propos  des émeutes des jeunes  en Algérie et votre analyse, voire votre lecture en tant qu’intellectuel algérien.

Laissez-moi dire d’abord que ce qui se passe actuellement dans le monde arabo-berbère relève, à mon sens, d’un moment historique considérable, sans exagération aucune. Il correspond probablement à un basculement d’une ampleur gigantesque du vécu sociopolitique des sociétés de cette région. Il annonce le début de la fin de l’assujettissement sans limite d’aucune sorte, ni politique ni juridique, de ses habitants aux pouvoirs militaro- policiers en place, ce que d’aucuns avaient appelé «l’exception arabe» avec un mépris non dénué de racisme. Le fait que le processus de cheminement vers la démocratie ne soit qu’à son commencement, le fait qu’il sera long, ardu et tortueux ne doit en aucun cas masquer l’envergure de ce qui a déjà été réalisé en Tunisie et en Egypte et l’incroyable effet d’entraînement produit dans le reste de la région. Ce que viennent de nous apprendre les héroïques manifestants de ces deux pays tient en une simple constatation : le roi est nu ! Tous les rois et despotes arabes sont nus ! Ils peuvent encore faire beaucoup de mal, mais ils sont nus ! Ces dirigeants autoproclamés ont pu mettre des forces armées impressionnantes et de redoutables services de renseignements à leur service personnel ; emprisonner, torturer et tuer leurs opposants ; s’accrocher au pouvoir pendant plusieurs décennies en se moquant des Constitutions de leurs nations respectives, au point de prétendre transmettre leurs prérogatives de prédation à leurs enfants ou à leurs frères ; ils ont pu amasser des fortunes colossales en détroussant les nations qu’ils étaient censés gérer au mieux des intérêts de leurs concitoyens ; il suffit, pour que cesse cette criminelle indignité, qu’un peuple enfin proclame, en vainquant sa peur: «Assez, nous ne sommes pas du bétail, nous ne sommes pas vos esclaves taillables et corvéables à merci, nous sommes nés pour être libres dans des pays libres, que vous le vouliez ou non !»

  • En d’autres termes…

En d’autres termes, malgré leurs armées répressives, malgré leurs polices sans foi ni loi, les dictateurs peuvent être chassés du pouvoir si les peuples décident de le vouloir. «Dégage !», ont dit, au prix de leur sang, les Tunisiens à Ben Ali, et il a fini par fuir lâchement comme le bandit qu’il était.  «Dégage !» clament à présent les Egyptiens à Moubarak, et celui-là finira par déguerpir avec sa famille de corrompus. «Dégagez, potentats incompétents, présidents voleurs, dictateurs tortionnaires et assassins !», voilà le nouveau mot d’ordre que reprennent en écho avec un courage admirable les jeunes et les moins jeunes de cette partie du monde, ceux qu’on traite d’ordinaire de gueux et d’émeutiers et qui ne désirent au fond qu’une chose : recouvrer leur statut de citoyens, responsables en dernière instance de leur pays et de leurs destinées, un point c’est tout ! C’est cette revendication de dignité et de respect qui, au-delà des revendications économiques et sociales, anime à mon avis, les jeunes révoltés d’Algérie et d’ailleurs. Ils veulent du travail et des logements, certes, mais surtout du respect.

  •  Ces émeutes sont-elles un sursaut salutaire ayant  interpellé la classe politique laminée par le pouvoir ?

Dans leur rapport au peuple, les dirigeants algériens ne diffèrent pas beaucoup de leurs homologues des autres régimes arabes : ils paraissent sincèrement «étonnés» dès que quelqu’un ose leur rappeler cette vérité tout à fait élémentaire qu’ils ne sont pas propriétaires à vie du pays et de ses institutions. Usant de tous les moyens militaro-policiers, financiers et médiatiques pour s’éterniser à la tête de l’État, ils se sont révélés d’une terrifiante efficacité dans la domestication d’une grande partie de la classe politique traditionnelle algérienne.  Il n’est que de voir les pseudo débats du Parlement algérien pour être pénétré de dégoût envers la plupart de ces prétendus représentants du peuple. L’exemple type de ce répugnant exercice de lâcheté collective et de soumission moyenâgeuse au sultan du moment a été la mascarade de l’amendement de la Constitution pour permettre au Président de le demeurer jusqu’à plus soif. L’habileté du pouvoir algérien et sa capacité à perdurer résident donc, non dans une intelligence exceptionnelle des courants traversant la société algérienne, mais plus prosaïquement, dans son impressionnante capacité à corrompre ceux qui gravitent autour de lui. Ces émeutes de jeunes sont là pour rappeler que les Algériens, et, en particulier les jeunes Algériens, ne se reconnaissent absolument pas dans le personnel politique censé les représenter.

  • Une expression juvénile,  spontanée et désespérée (harraga et immolations…) se substituant au vide politique ?

Quelle tragédie que des jeunes gens en arrivent à jouer leur vie à pile ou face dans des embarcations de fortune ou, pire, à offrir leur corps aux flammes pour simplement clamer: je ne veux plus vivre dans cette Algérie de tricheries et de désespoir, je préfère mourir dans la plus effroyable des souffrances que de respirer une minute de plus dans ce pays où je suis moins considéré qu’un chien ! Chaque immolation est un acte d’accusation sans appel : partez, messieurs du pouvoir, partez ! La honte devrait vous envahir d’être capables de provoquer pareil geste chez les plus jeunes de vos concitoyens !  Chaque immolation s’adresse aussi, et tragiquement, au reste du peuple algérien : comment peut-il supporter sans réagir qu’un des siens flambe, au sens propre du mot, de colère et de tristesse devant le sort fait au pays qui est le bien commun de tous ceux qui l’habitent ?

  • L’effet des «révolutions tunisienne et égyptienne» aidant, l’état d’urgence en Algérie va être levé d’une manière sélective (sauf dans la capitale, Alger). La répression de la marche pacifique du RCD et l’interdiction de celle du 12 février sont-elles des preuves patentes que le régime est autiste ?

À propos de cette interdiction de la marche du 12 février, j’ai envie de poser une seule et simple question: qui êtes-vous, monsieur le Président, monsieur le Premier ministre, messieurs  les ministres pour refuser à des Algériens le droit inscrit dans la Constitution de manifester pacifiquement, dans leur capitale ou dans d’autres villes d’un pays où tant de martyrs ont donné leur existence pour que, justement, leurs enfants puissent exercer enfin des droits de citoyens ? Qui peut croire un instant à vos arguments sur la sécurité publique ? Ne serait-ce pas plutôt la peur de voir remettre en cause la pérennité de votre pouvoir par des citoyens ordinaires usant de leurs droits constitutionnels ?

  •  Les leçons tunisienne et égyptienne n’ont-elles pas été retenues ?

Les dirigeants autoritaires croient toujours pouvoir ruser avec les aspirations profondes des peuples. Forts de leur armée et de leur police, ils le peuvent un temps. Mais les exemples tunisien et égyptien démontrent de manière éclatante que la ruse finit toujours par être déjouée. J’espère seulement que le prix à payer pour cette nouvelle libération ne sera pas trop élevé.

K. SMAÏL

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© El Watan du 10 février 2011


La coordination et les mesure de Bouteflika

«C'est le système qui doit changer»

Aune semaine du rendez-vous fatidique du 12 février, la commission technique de la Coordination nationale pour le changement et la démocratie (CNCD) s’est réunie à la Maison des syndicats (Dar El Beïda, à l’est d’Alger) pour faire le point sur les préparatifs de la marche.

Les débats au sein de la commission d’organisation, convient-il de le souligner, ont longuement ballotté, hier, entre le technique et le politique. Et pour cause : les dernières mesures annoncées par Bouteflika méritaient un positionnement clair de la part de la Coordination, ont clamé certains, en suggérant de reformuler les mots d’ordre de la marche, tandis que d’autres ont estimé qu’il ne fallait pas laisser le moindre doute s’immiscer à la suite de ces mesures et qu’il fallait maintenir le cap sur les détails techniques liés à l’organisation de cette importante manifestation de manière à en faire un succès populaire. L’agenda de la CNCD n’a donc pas changé d’un iota : la marche du 12 aura lieu comme prévu. «Le contenu politique de la marche doit être fort. Il faut que le seuil des revendications soit hissé à un niveau important en clamant haut et fort ‘A bas le pouvoir !’ et en réclamant le départ pur et simple du système», a ainsi argué l’intellectuel Fodil Boumala au plus fort d’un débat particulièrement passionné.

La levée de l’état d’urgence, la mesure «star» du pack de «réformettes» proposé par Bouteflika, aura été la plus commentée. Hassan Ferhati de SOS Disparus rappelle la longue expérience des familles de disparus «qui ont toujours tenu leurs rassemblements en bravant l’état d’urgence». Yacine Teguia du MDS fait observer que «la décision la plus importante, c’est de dire que la marche est maintenue. La société bouillonne. Elle s’interroge et a besoin de signaux clairs». D’après lui, «les mesures annoncées ont le même sens et la même fonction que l’état d’urgence lui-même, c’est-à-dire casser la mobilisation de la société et entraver l’activité démocratique. La seule garantie, en définitive, c’est le départ de ce pouvoir !»

Voilà donc le mot d’ordre : «Pouvoir dégage !» Abdelhak Bererhi du CCDR note pour sa part que «s’il y a une volonté réelle de lever l’état d’urgence, cela n’a pas besoin d’une commission. Un décret annule un décret». Pour lui, il est important de peaufiner les points organisationnels de façon à bien cerner l’action du 12 février sur les plans technique et logistique. Maître Fetta Sadat, membre du secrétariat national du RCD, a souligné de son côté que le pouvoir s’est montré «très machiavélique». «Son intention est de court-circuiter cette dynamique populaire et de saper notre travail.» Et de marteler : «Le 12 février n’est pas une fin en soi. C’est le début d’une longue contestation. Nous disons clairement à ce régime : dégage ! Cette coordination ne s’appelle pas ‘coordination du 12 février’ mais ‘coordination pour le changement et la démocratie !’»

Abdelmoumen Khellil de la LADDH rappelle que la levée de l’état d’urgence «est une revendication de longue date de la Ligue». «Mais dans le contexte actuel, cela ne veut rien dire. C’est une manœuvre politicienne.» Rachid Malaoui, du Snapap, très à cheval sur les aspects pratiques, a proposé quant à lui un rassemblement le 9 février devant l’ambassade d’Egypte à Alger en soutien au peuple égyptien. On l’aura compris : les effets d’annonce du régime n’ont en rien ébranlé la détermination de la CNCD à en découdre avec le système. Notons que jusqu’à présent, la Coordination n’a pas obtenu d’autorisation pour sa marche. Même traitement à Oran où un groupe de la CNCD s’est vu signifier que «seules les zaouïas ont le droit de manifester».

 Mustapha BENFODIL

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© El Watan du 06 février 2011


Djamel Zenati

«Je serai présent à la marche du 12»

Djamel Zenati, militant pour le combat démocratique, ancien du FFS et du Mouvement culturel berbère (MCB), apporte, dans cet entretien, un éclairage sur différentes questions liées à l’actualité nationale, notamment les dernières émeutes et tout ce qui en découle comme actions citoyennes.

  • Quelles interprétations faites-vous des derniers développements survenus sur la scène politique et sociale ?

Au-delà des manipulations et des manœuvres politiciennes réelles ou supposées, le mouvement de colère que vient de connaître notre pays signe l’échec de la politique antinationale de l’une des dernières dictatures au monde. La dégradation avancée des conditions de vie de l’écrasante majorité des Algériens et l’opulence affichée avec arrogance par le pouvoir et sa clientèle ont nourri un sentiment d’injustice et d’indignation très fort. La fermeture des espaces de la libre expression et la destruction des canaux institutionnels d’épanouissement culturel et de promotion sociale ont poussé les citoyennes et les citoyens vers des modes d’affirmation et d’action extrêmes.

Nous vivons un moment d’une grande intensité politique, car la situation explosive du pays est couplée à un contexte régional en pleine ébullition. Ça peut donner le meilleur comme le pire. Tout dépend du prolongement qui sera donné au mécontentement populaire par les divers acteurs et intervenants politiques. Une chose est cependant certaine, l’émeute ne peut en aucun cas constituer une stratégie politique, et quand elle s’installe dans la durée, elle renforce plus qu’elle ne fragilise le régime en place. Lors des dernières émeutes, tout le monde aura constaté que la dimension déviante a rapidement pris le pas sur l’aspect contestataire.

  • Comment expliquez-vous cela ?

Il y a d’abord le fait que la culture du pillage qui caractérise le sérail a déteint sur la société. Mais plus grave encore est cette jonction qui s’est établie entre les «nouveaux riches» et les milieux du banditisme et de la délinquance. Ces derniers sont utilisés comme «limes sociales» censées contenir la contestation et lui enlever tout caractère politique. Ce phénomène dangereux risque de démobiliser les populations. C’est pour cela qu’il est nécessaire de privilégier l’émeute des consciences et le travail de réflexion et de construction.

  • La Tunisie semble être sur le point d’instaurer un régime démocratique et l’Egypte est dans un mouvement de contestation du régime. Peut-il en être de même pour l’Algérie ?

Je suis très confiant dans le processus tunisien à déboucher sur un système démocratique. Je le suis moins en ce qui concerne l’Egypte où la donne géopolitique va peser lourdement. Chaque pays a sa propre trajectoire, ses spécificités, et personnellement je réfute l’idée de vague démocratique, car je ne crois pas à la fatalité historique. Il peut cependant y avoir des interactions, mais il faut se garder d’en surestimer le poids. Il ne fait pas de doute que les peuples de la région sont en marche. Et c’est le cas de l’Algérie. Les évolutions qui surviendront seront celles que choisiront les acteurs, bavards et moins bavards, au pouvoir ou dans l’opposition, dans la diversité de leurs démarches et perceptions. Le sursaut qualitatif dépendra de la volonté et de la capacité de ces acteurs à construire un consensus politique honnête et durable loin du populisme et de la manœuvre. Un contrat historique est aujourd’hui possible car le règne par «le verbe et le bâton» est révolu et l’alibi du «rempart contre l’extrémisme» fissuré. Bien au contraire, c’est le maintien de ces systèmes qui nourrit l’extrémisme et menace la paix partout dans le monde. Et les exemples ne manquent pas.

  • Toujours aussi émiettée, l’opposition démocratique peine à se constituer en véritable alternative au régime. Quelles sont les causes de cet échec ?

L’histoire mouvementée de notre pays avec une irruption récurrente de la violence a empêché l’émergence d’une culture et d’un champ politiques. L’absence de traditions étatiques a favorisé le repli dans les valeurs et structures traditionnelles à solidarité primordiale. Depuis quelques années, il y a un balbutiement du politique, mais le pouvoir a réussi à configurer le champ à sa convenance et à insérer l’opposition dans un jeu politique dont il a lui-même fixé les règles. Il lui a enlevé de ce fait toute capacité stratégique. Avec le temps s’est développé un rapport de suspicion entre le peuple et les élites. Comment voulez-vous qu’il en soit autrement quand des élus se réclamant de l’opposition alimentent eux-mêmes le phénomène de la corruption par des recommandations appuyées au profit des barons de l’alcool et autres secteurs maffieux ?

Enfin, il y a lieu de signaler cette discorde permanente qui caractérise les forces politiques et qui ne s’explique pas seulement par l’action des laboratoires du pouvoir. Il y a aussi l’effet destructeur des pesanteurs de notre société qui baigne dans un autoritarisme quotidien qui sert de réceptacle à l’autoritarisme du pouvoir. L’opposition est-elle aujourd’hui prête à rompre avec ce carnaval et à reconstruire un rapport de confiance avec la population ? Je l’espère de tout mon cœur. L’Algérie a vécu ces dernières années une expérience très dense en événements et à chacun de faire son introspection et tirer les enseignements utiles. C’est à ça que doit servir le passé et non pas à actualiser des conflits qui ne serviraient pas la dynamique actuelle. Mais il est vrai que certains doivent, plus que d’autres, faire montre de modestie et de sens de la mesure.