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Deuil / Chérif Kheddam, la légende restera vivante
Ce n’est qu’un départ...
Amar NAÏT MESSAOUD,La Dépêche de Kabylie, 25 janvier 2012 / Disparu avant-hier, Chérif Kheddam a marqué profondément la scène culturelle kabyle pendant plus d’un demi-siècle.
Lorsqu’on évoque son nom, c’est inévitablement au musicien qu’on pense en premier
lieu. C’est que ses notes et ses partitions sont d’une prégnance assez
forte pour marquer le plus béotien d’entre les auditeurs. Il est
maintenant établi que c’est lui qui a mis sur l’orbite de la modernité
la chanson kabyle avant que perce d’une manière éclatante la génération
des années 1970 avec Idir, Ferhat Imazighen Imula. Il a, de ce fait,
innové d’une façon extraordinaire dans le domaine musical si bien que
beaucoup de gens “oublient” que ses musiques sont montées sur des
chansons, c’est-à-dire des poèmes. Et dans ce chapitre précis, Chérif
Kheddam s’est révélé un grand poète lyrique et romantique qui a composé
des textes que ni le temps ni les vicissitudes de la vie ne pourront
effacer. Son répertoire est d’une diversité étonnante. L’auteur a chanté
l’amour avec une rare sensibilité dans des tableaux magnifiques pleins
d’émotion et de subtile tendresse. Il a chanté la patrie, l’Algérie, la
Kabylie, avec la conviction inébranlable d’un patriote doublé d’un
esthète éclectique, ce qui lui a permis de fouiller dans les pierres .. >>> Lire la suite
Droit de réponse de M. Ferhat Mehenni à El-Watan
Dans son
édition du 19/01/2012, le quotidien EL-Watan a publié un article de Nadjia
Bouaricha, intitulé « Ferhat Mehenni et l’insulte aux martyrs ».
Aussi, si le droit de réponse est encore en vigueur dans une Algérie
déstructurée par un pouvoir qui n’a connu d’alternance que par coups d’Etat
entre ses membres, je souhaiterais que ma réponse soit publiée à la même page
et dans les mêmes conditions que celles dont a bénéficié mon accusatrice.
Expurgé des insultes et des noms d’oiseau dont il
m’affuble, le papier de la journaliste se résume à une vanité nationaliste
qu’elle aurait été mieux inspirée de confronter aux très nombreux Algériens qui
cherchent à fuir leur pays ou des citoyens dont des ministres qui cherchent par
tous les moyens à obtenir la nationalité française.
D’abord, pour que les lecteurs d’El Watan soient édifiés
sur mon discours, il serait bon que le quotidien le publie dans son
intégralité. Cela évitera les confusions et les propos haineux et tendancieux
de la journaliste qui l’a traité...>>> Lire la suite
COMMUNIQUÉ DE PRESSE
L'Initiative nationale pour la dignité des journalistes
08 juin 2011 / L’Initiative nationale pour la dignité des journalistes (INDJ) tient
à porter à l’ensemble
des journalistes ainsi qu’a l’opinion publique ce qui suit :
1 Suite à notre rencontre avec le ministre de la Communication, le 17
avril 2011, et tout en prenant acte de ses déclarations qui ont suivies, nous
avons pris acte de la bonne volonté affichée par le ministère de la tutelle en
matière d’organisation du secteur et de résoudre les problèmes des
journalistes, et ce dans le cadre d’un dialogue élargi. Nous constatons, par
ailleurs, que le travail accompli par l’Initiative pour la dignité des
journalistes est sérieusement pris en considération de la part du ministre en
lui reconnaissant le statut de partenaire actif.
2 Cependant,
et après notre invitation à prendre part à la commission de la grille des
salaires (syndicats de journalistes, représentants des médias publics - ministère
de la Communication
et ministère du Travail) et à notre surprise générale, nous découvrons que nous
sommes conviés en tant que observateurs. Chose que nous avions rejeté et exigé une participation officielle en tant que
partenaire officiel.
3 Et
sur cette base, nous avons remis une lettre de protestation où nous avons
décidé de notre retrait de cette commission. En effet, nous estimons que le
refus de reconnaître notre participation officielle comme étant une exclusion.
Une réunion de la commission de coordination nationale prochainement se tiendra
pour débattre des positions à prendre.
4 Enfin,
l’Initiative interpelle l’ensemble de la corporation
sur les risques qu’engendre l’avant projet de loi sur l’information qui sera
soumis à débat lequel reproduit «étrangement» la condamnation pénale du
journaliste au moment ou le premier magistrat du pays appelle à la
dépénalisation des délits de presse.
COMPTE RENDU
Mois du patrimoine
Kedadouche Azedine (Correspondance), mai 2011 / L’association
ciné plus a consacré la journée du vendredi 13 mai 2011, à la célébration du mois du
patrimoine ; en concoctant un programme riche s’axant sur diverses
activités.
Des invités ont été au rendez vous pris à09
heures ; Ali Sayad ; anthropologue et chercheur ; Djamil
Aissani ; professeur à l’université et président de l’association
GEHIMAB ; Fatah Talmat ; enseignant au BEAUX ARTS , Omar
Belkacemi Réalisateur, Abdeneur Hawchiche président de l’association Project
‘heurts ; ainsi que 02 représentantes de l’association KAHINA de
KHENECHLA.
La
journée a débutéepar une sortie
visitevers le village EL KALAA ;
un village qui renferme des vestiges historiques à savoir une pierre tombale datant de
l’antiquité ; preuve de sa longévité dans l’histoire ; une entrée de
caverne est aussi présente sur le site de la visite ; dont on raconte que
des ossements ; sarcophage et des poteries, ont été découverts. Au même
village ; un habitant a expliqué les matériaux et les étapespour la fabrication de l’huile d’olive
dansla huilerie traditionnelle ;
ensuite les maisons traditionnelles ; anciennes et celles restées en ruine
ontété visitées. Après
cela, une visite de courtoisie à la maison d’un artiste plasticienautodidacte, Nacer Tissegouine, faisant de
celle-ci son atelier ; a été observée.
Après
avoir terminé la visite D’EL KALAA ; la délégation s’est dirigée vers
AMSIOUEN ; où l’on s’est rendu au lieu dit TAVURT WEDRAR ; lieu de
l’assassinat du Général DEBARAL ; un certain 21 mai 1851. Un
banquet a étéimprovisé sur place, des
grillades ont été cuites sur des braises ; faisant de la journée un
événement mémorable. Après
cela, une randonnée à travers les villages D’AMSIOUEN, de TALAGHALIMEN suivies
d’une virée vers la mine ont clôturé la tournée.Une
fois arrivés à El-Had ; trois conférences ont été animées, autour de la
thématique du patrimoinerespectivement,
par Messieurs Ali SAYAD ; Talmat Fatah ; Hamid Billek.
La
soirée a été couronnée par la projection ; suivi d’un débat, du film
DIHIA ; de Omar Belkacemi, en sa présence. La
population locale est remerciée d’avoir été au rendez-vous.
BELGIQUE / FESTIVAL "UN SOIR AUTOUR DU MONDE"
samedi 30 avril et dimanche 1er mai 2011
Le chanteur kabyle Idir en concert le dimanche 1er mai à Villers-la-Ville
Julie F. (Correspondance), pourUn Soir Autour du Monde
, 31 mars 2011 / Belgique. Le chanteur kabyle IDIR se poduira le dimanche 1er mai sur la grande scène du Festival "Un Soir Autour du Monde", à Villers-la-Ville.
Grande figure de la chanson kabyle, chanteur phare de l’Algérie militante depuis des années, Idir vit aujourd’hui en exil en France. Il a voulu
faire de son dernier album un lieu de rencontres
interculturelles et intergénérationnelles.
Il a
choisi d’aborder les thèmes qui lui sont chers:
l’amour, la culture en général (berbère en particulier),
l’exil, l’immigration, le droit à la différence,
l’éducation, la mémoire historique…
Et
ces thèmes, il les partage avec des artistes de tous
horizons: Akhenaton, Guizmo, Manu et Daniel (de Tryo), Féfé (de Saïan Supa Crew) et Leeroy, Noa, Sinik, Grand Corps Malade, Zaho, Wallen, Oxmo Puccino, Tiken Jah Fakoly, Disiz…
Festival Un Soir Autour Du Monde
Ruines de l'Abbaye de Villers-la-Ville
Rue de l'Abbaye, 55
1495 Villers-la-Ville (Belgique) info@unsoirautourdumonde.be
IDIR, l’ambassadeur de la chanson kabyle
Mohamed ZIANE-KHODJA, avril 2011 / Idir, de son vrai nom Hamid Cheriet, fait irruption
dans le monde de la chanson kabyle dans les années 1970. Chanteur,
auteur-compositeur, musicien et interprète, il apparaît d’emblée en artiste
atypique avec son style propre; qui séduit justement par son originalité. Un
style qui fait appel à une jonction heureuse entre deux mondes qui, à première
vue, semblaient antagoniques, voire inconciliables, pour finalement parvenir à
réussir avec beauté la continuité. La pérennité d’une culture millénaire, basée
essentiellement sur la tradition orale du fait des colonialismes successifs des
siècles durant, constamment minorée et fragilisée dans un contexte hostile
d’une Algérie pourtant indépendante. Et à terme, appelée à se fondre dans l’homogénéité
d’une culture somme toute exogène, mais officielle. Ceci étant dit, Idir le
chanteur est aussi et avant tout un homme à convictions, à principes. Il
apparaît à une époque particulière qu’étaient les années 1970 marquées par la
militance identitaire, en prélude au Printemps berbère 1980. En définitive,
l’appréhension de l’oeuvre charnière idirienne, et par ricochet de l’univers naturel
de l’artiste-militant, par une conscience identitaire est plus que nécessaire pour
en saisir les contours.
[…] pour saluer chapeau bas et porter
reconnaissance, un peu à ma manière, à l’enfant à la fois prodige et terrible
de la Kabylie. Déjà très jeune, Idir semblait prédestiné à rattacher les
valeurs de sa société. Donc du destin des siens. […] Lesquelles valeurs que
certains, aujourd’hui encore, persistent à vouloir faire évacuer de notre
mémoire et histoire collectives. Dans un monde où -a priori- il semble que
“nous ne valons que par ce qui nous distingue des autres”, où “l’idiosyncrasie
est notre maladie de valeur”, à l’échelle d’une entité telle que la nôtre, le
monde berbère en général et kabyle en particulier, c’est à une mort lente mais
programmée que les gardiens du temple nous auraient voués. Entre le nihilisme,
la monocratie des uns et l’égocentrisme ou le repli sur soi des autres, il y a
piège tendu par les premiers. Mais Idir, en jeteur de ponts et tombeur de
barrières, et par son génie de chanteur captivant, d’artiste-intellectuel, sut
dès le départ explorer des voies jusque-là insoupçonnées du verbe qui est le
sien aux sonorités universelles, pour nous soustraire à l’ostracisme dans
lequel on veut nous parquer. […]
En parfait bourlingueur, infatigable, depuis maintenant
un peu plus de 30 ans, Idir va de scène en scène des cinq continents. Partout
où il est invité. Là où il passe il subjugue, et fait l’unanimité autour de
lui. S’il chante dans une langue (kabyle, en l’occurrence) que beaucoup de ses
fans ne comprennent pas certes, en revanche il y a comme une magie qui fait que
l’on capte en filigrane un langage transfrontalier à travers l’émotion qu’il
transmet et qui est commune à tous. […]
Salut, l’Artiste !
Décès du poète, journaliste et écrivain algérien Hamid Skif
K. Smaïl,El Watan, 19 mars 2011 / Le poète, journaliste et écrivain algérien, Hamid Skif, l’auteur de La
Géographie du danger, est décédé vendredi à 5h du matin dans un hôpital
de Hambourg (Allemagne), des suites d’une longue maladie. Il allait
avoir 60 ans dans quelques jours. Il sera rapatrié cette
semaine à Alger.
Hamid
Skif n’est pas un poète disparu. Au contraire, un menestrel, un
trouvère retrouvé aimant taquiner les Muses de par un souffle poétique
et cursif contemporain et humainement investi de valeurs cardinales
universelles. La preuve ! Dans son œuvre phare, primée et saluée-lauréat
du prix du roman francophone 2007- La Géographiedu
danger,
Hamid Skif, semble revendiquer haut et fort son statut d’écrivain
universel et ce, à travers la voix de son personnage( un sans-papier,
un harraga) : « Je suis turc, arabe, berbère, iranien, kurde, gitan,
cubain, bosniaque, albanais, roumain, tchétchène, mexicain, brésilien
ou chilien au gré des nécessités. J'habite les lieux de ma
métamorphose… ». Un citoyen du monde ! >>> Lire la suite
Pour tes yeux - Por tus ojos / Hamid SKIF
à Medellín (Colombie), le 30 juin 2002, lors d'un festival international de poésie
Memoria del Festival Internacional de Poesía de Medellín. El poeta
argelino Hamid Skif, lee el poema Por tus ojos, en junio de 2002,
mientras toma parte en el XII Festival Internacional de Poesía de
Medellín. Por defender la esperanza de vida de los niños del mundo
mueren hombres al sol cada día, expresa.
Hamid Skif nació en Orán, Argelia, en 1951. Poeta, dramaturgo y narrador. En 1968 se unió al
renombrado Théâtre de la Mer, también bautizado la Acción Cultural de
los Trabajadores. El editor Jean Senac publicó en 1971 poemas suyos en
su "Antología de la poesía joven argelina de expresión francesa". Lleva a
la par su actividad intelectual, poética y política. En 1978 fue
laureado por la obra de teatro Une si tendre enfance. En 1979 publicó
una antología de poesía argelina en castellano en España: País de larga
pena. Ha fundado asociaciones de escritores, de jóvenes y de grupos
periodísticos. En 1997 se instaló en Hamburgo donde publicó "Poemas del
adiós". Otras obras: Nouvelles de la maison du silence (1986);
Citrouille felée; "La princesa y el clown" (novela, 1999), "El
testamento" (teatro), "Las escaleras del cielo" (ensayos) y "Pequeñas
historias para hacer reír un caballo".
Rédaction, nos journalistes sur place, Tout Sur l'Algérie, 19 février 2011 / 10h20. A 40 minutes du début de la marche de la CNCD, la Place du 1er Mai offre un
spectacle curieux. La circulation automobile n’est pas interrompue et de
nombreux citoyens attendent dans les arrêts de bus. Contrairement à samedi
dernier, les transports en commun – bus et taxis- semblent en effet fonctionner
normalement. Le groupe d’une centaine de
manifestants qui a tenté de pénétrer à l’intérieur de la Place a été repoussé
dans une ruelle voisine où il est bloqué par les policiers. Les membres du CNCD
devraient rejoindre les lieux à 11h.
10h10. Place du 1er Mai.
Arrivée de Ali Yahia
Abdenour. Il est le premier leader de la CNCD à arriver sur les lieux d’où doit
démarrer la marche à 11heures. A moins d’une heure du début de la marche, les
manifestants sont toujours peu nombreux à la Place du 1er Mai. La
police interdit tout attroupement. Mêmes les journalistes sont empêchés de
travailler.
9h45. Une centaine de manifestants tentent de rejoindre
la Place du 1er Mai, en scandant des slogans hostiles au pouvoir et
en faveur du changement démocratique. Ils sont repoussés par la police fortement
déployée sur les lieux. Ces manifestants sont visiblement venus depuis le
quartier voisin de Belouizdad.
9h15. Les manifestants ne sont
pas nombreux à la
Place du 1er Mai. Les policiers occupent tous les endroits
susceptibles d’accueillir un rassemblement. « A chaque fois qu’on s’arrête
quelque part, un policier vient nous demander de partir », explique une de
nos journalistes sur place. Contrairement à samedi dernier, les
transports en commun –bus et taxis– semblent circuler normalement. Selon des
témoins, des véhicules en provenance de Tizi Ouzou ont été interceptés au
barrage des Bananiers à l’est d’Alger. Les policiers ont confisqué leurs
papiers.
9h00. Place du 1er Mai. A
deux heures du début
de la marche, la Place du 1er Mai est bouclée par un important
dispositif de sécurité. Selon nos journalistes sur place, le nombre de policiers
casqués et munis de matraques déployés semble supérieur à celui du 12 février,
date de la première tentative de marche de la CNCD dans la capitale. Ailleurs
dans le centre d’Alger, un important dispositif policier a été
déployé.
En direct
Alger interdite pour les Algériens !
EL Watan.com, El Watan, 19 février 2011 / Samedi matin, les premiers passants qui se sont aventurés au niveau de la
station de Taxi de la Place du 1er Mai ont été refoulés sans ménagement par les
forces de l’ordre. "Circulez, vous n'avez pas le droit de rester debout
ici. Aujourd’hui on ne tolérera aucun mouvement sur cette place, alors partez et
ne revenez plus dans les parages ", apostrophent, sur un ton menaçant, des
policiers antiémeutes un groupe de journalistes.
Décidément, la marche à laquelle a appelé la Coordination nationale pour le
changement et la démocratie (CNCD) ne s’annonce pas sous de bons
auspices. Les gares ferroviaires ont, une nouvelle fois, été fermées et aucun train n'a
quitté les quais. Les barrages routiers ont été mutipliés notamment sur
l'autoroute qui relie Tizi-Ouzou, Boumerdes et Béjaia à Alger. Certains
policiers n'ont même pas hésité à refouler des citoyens dont le seul tort est
d'être originaire de Kabylie !
"On a voulu me refouler d’Alger sous prétexte que sur ma carte d’identité est
mentionné comme lieu de résidence Tizi Ouzou", confie ainsi un collègue d’El
Watan, habitant à Alger, qui a été minutieusement contrôlé par la police
devant la Maison de la presse Tahar Djaout. Les mêmes contrôles policiers ont été effectués au niveau des différents
carrefours de la Capitale. Les forces de l'ordre, pour effrayer la population et
dissuader tout citoyen d'aller manifester, ont usé à maintes reprises d'un ton
menaçant en direction des Algériens. Les autorités, ont encore une fois déployé un dispositif policier
impressionnant dès les premières heures de cette matinée du samedi 19 février
sur toutes les rues de la capitale du pays, Alger.
marche de la coordination pour le changement et la démocratie
Alger sous les projecteurs du monde
Mohand AZIRI, El Watan, 19 février 2011 / La capitale est sous les feux des projecteurs des médias étrangers. Une quarantaine en tout couvre la deuxième marche de la Coordination pour le
changement et la démocratie (CNCD). Un déploiement impressionnant de régiments
surarmés de CNS encerclent Alger depuis plusieurs semaines.
Les yeux du monde, de nouveau, rivés sur Alger, suspendus à son potentiel révolutionnaire.Une marche pacifique aux allures de «quitte ou double»
vertigineux s’ébranlera aujourd’hui, place du 1er Mai à Alger (à 10h) vers la
place des Martyrs. Sous haute tension.Sous les feux des projecteurs des médias
étrangers, une quarantaine en tout, qui couvrent la deuxième marche en moins
d’une semaine de la Coordination pour le changement et la démocratie (CNCD).
L’épreuve de force entre un régime monolithique avançant en rangs serrés et une
opposition diffuse et éparse s’annonce des plus incertaines. Périlleuse même. Et
pour cause ! Le déploiement impressionnant de régiments surarmés de CRS
encerclant la capitale depuis plusieurs semaines, la propagande du «pouvoir»,
tournant à plein régime n’augure rien de bien réjouissant. Jeudi, à la veille de
la marche, certains canards déchaînés de la presse pro-baltaguias n’ont pas
hésité à relayer des appels de lynchage de manifestants et autres attitudes
grégaires.
Les membres de la CNCD anticipent tous les scénarios possibles et imaginables
avec une pointe inavouable de scepticisme. De l’humour aussi. «La marche de
demain (aujourd’hui) est déjà un succès dès lors qu’elle a réussi à faire sortir
dans les rues de la capitale et avant l’heure 30 000 Algériens habillés en
bleu», affirme Amine Menadi, du Collectif Algérie Pacifique dans une allusion au
nombre de CRS mobilisés pour réprimer la marche. Le «retard à l’allumage» qui caractérise la «rue» algérienne ne décourage pas
outre mesure les animateurs de la CNCD : ces derniers misent sur la
«spontanéité» des jeunes Algériens, «seuls véritables acteurs du changement».
Sur l’éclosion des collectifs autonomes. «Même si nous n’avons pas su travailler
dans le sens d’une meilleure mobilisation, nous avons quand même de l’espoir»,
répond le syndicaliste Idir Achour, porte-parole de la Coordination des lycées
d’Algérie. Les soulèvements populaires au Bahreïn, au Yémen et tout récemment en
Libye exhortent, selon lui, les Algériens à aller de l’avant. «Et ce, en dépit,
ajoute-t-il, de la propagande officielle ; du travail de sape des services de
sécurité qui ont fait du porte-à-porte pour dissuader les Algériens de se
joindre au mouvement. Nous avons quand même bon espoir : surtout que maintenant
ce ne sont désormais plus les structures politiques classiques qui sont en tête
du mouvement, mais ce sont bien les mouvements de jeunes ; des étudiants qui
viennent de rejoindre la coordination, les chômeurs, les cadres…»
Yacine Zaïd, syndicaliste, membre de la Ligue algérienne pour la défense des
droits de l’homme (LADDH), abonde lui aussi dans le même sens. Il table sur la
«spontanéité» de la jeunesse algérienne. «Ce sont les jeunes qui trancheront. Et
lorsque les jeunes se mettront en mouvement, et ils le feront avec ou en dehors
de cette coordination, aujourd’hui ou demain, le régime réalisera alors toute la
vanité de son arsenal répressif et regrettera d’avoir interdit et réprimé des
marches pacifiques.» La marche du 19 février, une fin en soi ? Non, rétorque le
député RCD Tahar Besbès. «Ce n’est qu’une étape, dit-il, du long combat pour le
changement et la démocratie». Le député, membre de la CNCD se dit «optimiste
quant à l’adhésion massive des Algériens. La dynamique du 12 février est en
marche. Elle crée déjà l’effet boule de neige et suscite l’engouement
populaire».Les enjeux sont énormes. De l’issue de la marche d’aujourd’hui dépendra non
seulement l’avenir de la CNCD mais aussi et surtout déterminera le devenir de la
dynamique (jusque-là) pacifique pour le «changement de système», pour la
démocratie et la «justice sociale», amorcée dans le sillage des révolutions
tunisienne et égyptienne.Hier, lors de la dernière réunion «technique» de la
CNCD, on affichait résolument ses «bons espoirs», sans baigner pour autant dans
un trop plein d’illusions. Samir Larabi, porte-parole du Comité national pour la
défense des droits des chômeurs dit espérer que la mobilisation soit «meilleure»
que celle observée lors de la marche avortée du 12 février dernier et un «effet
d’entraînement» qui imposera de lui-même le «changement».
Le train immobilisé à Béjaïa
Hacen OUALI, El Watan, 19 février 2011 / Aucun train ne sera en circulation aujourd’hui, samedi, sur les rails de la
wilaya de Béjaïa, a-t-on appris, en fin de journée d’hier, au niveau de la gare
de Béjaïa.
Autant l’autorail, en partance chaque jour sur Alger, que le train de
correspondance desservant la gare de Beni Mansour ne fonctionneront pendant la
journée sur décision des autorités. Les pouvoirs publics reconduisent ainsi le
même scénario mis en place lors de la marche du 12 février pour empêcher les
nombreux citoyens de la wilaya de rejoindre la marche de la CNCD. L’autorail,
qui avait fonctionné la veille, a rallié sa gare de départ, celle de Béjaïa en
l’occurrence, vers 18h avant de reprendre aussitôt son chemin. Instruction a été
donnée qu’il regagne Alger. De nombreuses personnes, dont des travailleurs et
étudiants, ont été abandonnées à leur sort au niveau des gares ferroviaires,
contraintes de rebrousser chemin. Jusqu’à la fin de la journée d’hier, les
cheminots ne savaient rien de cette déprogrammation reconduite ainsi deux
week-ends de suite.
Une grande partie des bus, desservant jusqu’à la journée d’hier la ligne
d’Alger, risquent d’être mis à l’arrêt aujourd’hui par la volonté de leurs
propriétaires. Un transporteur, ayant chômé «malgré lui» samedi dernier nous
confiait être inhibé par la multitude de barrages policiers installés le long de
la route menant à la capitale. De fait, 99% des transporteurs sur cette ligne
n’ont pas travaillé cette journée-là. Le même dispositif sécuritaire sera, sans
aucun doute, installé aujourd’hui. Cela étant, des citoyens, essentiellement des
militants associatifs et partisans, se sont organisés pour rejoindre la
capitale. Certains, parmi eux, disent le faire pour la première fois à l’appel
de la CNCD. Les uns, plus que déterminés, ont pris la route hier, d’autres,
moins nombreux, promettent de le faire tôt dans la matinée
d’aujourd’hui.
La CNCD décidée à marcher
Sofiane AÏT-IFLIS, Le Soir d'Algérie, 19 février 2011 / Dans Alger, où le vendredi est généralement dédié à la grasse
matinée, les forces anti-émeutes ont pris
position. Les alentours de la place du 1er -Mai,
d’où devra s’ébranler aujourd’hui à 11h la marche
nationale pacifique à laquelle a appelé la
Coordination nationale pour le changement et la
démocratie (CNCD), sont bleus d’Unités
républicaines de sécurité (ex-CNS). Le pouvoir
reste sur sa logique de répression.
Alger (Le Soir) - Les autorités ne comptent pas céder un pouce aux marcheurs qui
auront répondu à l’appel de la Coordination. Le
nombre impressionnant d’engins anti-émeutes
stationnés aux alentours de la place du 1er-Mai
laisse supposer que la répression sera encore de
mise aujourd’hui. Comme lors de la marche d’il y a
une semaine, les forces de l’ordre se préparent à
faire avorter l’initiative, la seconde du genre,
donc, de la Coordination nationale pour le
changement et la démocratie. Mais face à cette
exhibition de la tunique, la Coordination est
restée sereine. Lors de son ultime réunion d’avant
marche, tenue vendredi après-midi au cœur d’Alger,
elle a fait le point sur les préparatifs
techniques de la manifestation. Elle a aussi
rappelé sa détermination à organiser la marche, en
dépit de la répression qui se préparait et des
manœuvres dangereuses auxquelles se sont adonnés
certains courtisans du pouvoir, dans les médias
notamment, qui ont appelé à casser du marcheur.
D’aucuns ont dû lire les grosses manchettes
incitant les habitants de certains quartiers
d’Alger mitoyens de la place du 1er-Mai à s’en
prendre aux manifestants. C’est de l’incitation à
la violence, avec, encore plus grave, des relents
bassement racistes. La Coordination a rappelé,
plus que de nécessaire, que la marche à laquelle
elle a appelé est de nature pacifique. Samedi 12
février, elle a réussi le pari d’une manifestation
pacifique, en dépit d’une tentative instruite de
la faire dévier. Des jeunes ont été rameutés pour
perpétrer une contre-manifestation. N’étaient la
sagesse et le haut sens de responsabilité des
organisateurs de la marche, la situation aurait pu
dégénérer. Ce sont ces provocations que certains
travaillent à rééditer ce samedi, jouant, assurés
qu’ils semblent être de ne pas être inquiétés, aux
pyromanes. Ces derniers agissent comme si la
capitale appartenait à certains Algériens à
l’exclusion du reste. Or, dans tous les pays du
monde, les capitales sont le réceptacle des
contestations politiques et sociales, ceci parce
que c’est au niveau de celles-ci que se trouvent
les sièges des institutions. Cela dit, nombre de
pays étrangers, notamment les démocraties
occidentales, avaient réagi à la répression que
les autorités avaient opposée à la marche du 12
février dernier. Les Etats-Unis, le Parlement
européen, la France et l’Allemagne avaient appelé
les autorités algériennes à permettre aux citoyens
de s’exprimer librement et les forces de sécurité
à de la retenue face aux manifestants. Samedi 12
février, plus de 300 manifestants ont été
interpellés, dont des députés.
Les contrevérités de Medelci
Hacen OUALI, El Watan, 19 février 2011 / Mourad Medelci tente désespérément de défendre la position de son gouvernement contre l’opposition qui réclame le changement.
Après avoir déclaré, sur les ondes d’Europe 1, au lendemain de la
manifestation du 12 février, que l’appel de la Coordination nationale pour le
changement est «un mouvement minoritaire», voilà que le chef de la diplomatie
récidive à la veille de la manifestation d’aujourd’hui. Il a déclaré, hier, à
partir de Madrid, que «les autorités algériennes n’ont pas reçu de demande
formelle d’autorisation pour la marche» prévue aujourd’hui à Alger et «ne savent
donc pas si elle sera autorisée ou non ?». Invraisemblable ! Comme si
l’introduction d’une demande d’autorisation pour marcher sur Alger allait
changer quelque chose. Medelci a-t-il oublié que les autorités du pays ont déjà
interdit les manifestations de l’opposition dans la capitale depuis le 14 juin
2001 ? Mais pourquoi remonter aussi loin, puisque le dernier Conseil
des ministres, à la faveur duquel a été annoncé la décision de lever
prochainement l’état d’urgence, a réaffirmé l’interdiction de marcher à Alger.
Les services de la wilaya d’Alger l’ont confirmé d’ailleurs plus d’une fois. Le
ministre de l’Intérieur comme d’autres ministres du gouvernement ainsi
d’ailleurs que les partis de l’Alliance présidentielle n’ont jamais raté
l’occasion de le faire savoir.
Derriere le bouclier / Antiemeutes
Les forces de repression sous pression
Zouheir AÏT MOUHOUB, El Watan, 18 février 2011 / Que se passe-t-il sous le casque des policiers antiémeutes, mobilisés par milliers et de plusieurs wilayas pour empêcher les marches à
Alger ? El Watan Week-end les a interrogés.
«Nous ne connaissons plus de repos à cause de ces manifestations, si
cela perdure, le risque de dérapage n’est pas à exclure», avertit un
chef brigadier des forces antiémeutes d’El Hamiz (Alger-Est).
Etrangement la plus grande caserne des forces de l’ordre se trouve à
quelques encablures de la maison des syndicats à Dar El Beïda, d’où la
Coordination nationale pour le changement et la démocratie appelle
depuis janvier dernier la population à briser le mur du silence et
recourir à la rue pour réclamer le changement du système et la
démocratie. Face à ces appels incessants pour manifester notamment dans
la capitale, les autorités ont affirmé clairement leur refus d’autoriser
toute tentative de marche, et ont déployé un dispositif qualifié
d’«état de siège». Les éléments de la police que nous avons rencontrés
ne sont pas indifférents à la situation qui prévaut dans le pays, même
s’ils pensent que «la revalorisation de nos salaires décidée récemment
par les autorités ne changera pas notre avis sur la hogra et la
corruption», avoue un policier.
Ali Tounsi, l’ex-DGSN assassiné, avait annoncé, le 29 juin 2005,
l’élaboration d’un «programme quinquennal de redéploiement de la police à
travers l’ensemble du territoire national» à la suite d’une
«instruction» du président Bouteflika. Ce «redéploiement» s’inscrit,
selon ses initiateurs, dans le cadre de la lutte contre le crime
organisé et la petite délinquance dont l’ampleur est jugée «inquiétante»
par les spécialistes et les observateurs. Ce programme a ainsi prévu le
renforcement des rangs de ce corps de sécurité.
Hogra
Le directeur de la DGSN a révélé, le 6 novembre 2005, que le président
de la République voulait doubler l’effectif de la police, qui atteindra
les 200 000 hommes en trois ans. Chose promise, chose faite :
aujourd’hui l’effectif de la police avoisine les 180 000 agents
tous grades confondus. «Le gros est composé d’AOP (agents de l’ordre
public), leur niveau d’instruction est faible puisque la DGSN n’exige
aucun diplôme universitaire pour leur recrutement. Il se fait par la
présentation d’un certificat de scolarité de la terminale», explique un
commissaire. La politique de ressources humaines adoptée par
l’état-major de la DGSN a conduit, selon nos interlocuteurs, à de graves
problèmes au sein de la police : «La régionalisation, l’idéologisation
et la hogra au sein de la police mènent à des conflits entre les
éléments, par conséquent, cela se traduit par une brutalité sur le
terrain», analyse le commissaire. Une question s’impose, comment
cela se manifeste réellement ?
«Nous avons un problème avec nos collègues issus des autres wilayas,
ils n’arrivent pas à s’adapter à la population locale et leur
comportement est souvent offensif. Ça s’appelle le complexe algérois.
D’ailleurs, nous entretenons des relations tendues avec eux. Même chose
chez nos responsables hiérarchiques qui privilégient les éléments de
leur région au détriment des compétences et de la réalité du terrain, où
l’enfant de la ville est le plus apte à gérer les situations d’urgence
que les autres», explique Mohamed, policier algérois. Son camarade
continue sur la même lancée : «Tous ces complexes exacerbés, ces
divergences de points de vue, la hogra et les idées régionalistes,
notamment envers les Kabyles, convergent vers un comportement brutal.
Souvent quand nous recevons nos ordres, notamment dans la marche du RCD,
un des chefs nous avait dit clairement : ‘il faut empêcher les Kabyles
de marcher à Alger’», révèle-t-il.
Prenant la parole, son camarade originaire d’une ville de l’Ouest
répond : «Les Algérois se croient supérieurs aux autres et seul
leur raisonnement est juste. Alors qu’ils ont tort, il faut appliquer la
loi à la lettre, si nous les suivons, cela mènerait à l’impunité, à
l’insurrection comme nous l’avons vécu en Kabylie», argue ce chef
brigadier, expérimenté dans l’étouffement des mouvements de
protestation. La police manque aussi au sein de ces effectifs de
«spécialistes en communication, ce qu’on appelle les intermédiaires ou
les négociateurs», selon un commissaire de la banlieue d’Alger.
Vengeance
L’autre explication qui pourrait nourrir la brutalité avec laquelle les
forces de l’ordre répriment les manifestations est les longues heures
et les conditions de travail qu’endurent les policiers pendant ce genre
d’événements. «Nous sommes mobilisés durant 30 heures, sur le qui-vive,
prêts à intervenir. Nous manquons de sommeil, nous sommes mal pris en
charge en plus de la pression des chefs», avoue un autre policier de
Béni Messous. Autre élément à prendre en compte : «Les blessures des
policiers pendant les dernières émeutes qu’a connues le pays
(janvier dernier) ont alimenté le sentiment de vengeance même symbolique
qui serait assouvie par l’utilisation de la force, et c’est ce que nous
craignons le plus», confie un haut responsable sécuritaire. Cependant,
tant que la nature pacifique des manifestations persiste, cela pourrait
amener les policiers à adoucir leur conduite «et rectifier leur
comportement tout en respectant les lois», assure la même source.
Mais à force de recourir au dispositif draconien mis en place depuis
janvier dernier, qui inclut le déplacement des unités des autres wilayas
du pays, «un phénomène d’usure pourrait s’ensuivre et la nervosité les
gagner. Dans le cas d’un débordement par les manifestants, l’hypothèse
du recours aux armes à feu reste plutôt improbable, seule l’intervention
de l’armée pourrait être envisagée sinon», a averti Mohamed Chafik
Mesbah, ex-officier supérieur de l’ANP dans un entretien accordé au site
d’information TSA. Seulement voilà, les policiers que nous avons
rencontrés malgré leur implication directe dans la confrontation entres
les opposants et le pouvoir ont tenu à nous exprimer leur pleine
adhésion au mouvement de changement engagée en Algérie. Quand même… «Mais nous n’allons pas nous révolter contre la hiérarchie, nous avons
intégré les rangs de la police en sachant très bien que ce genre
d’initiatives sont interdites et qu’il n’y a pas de place à la
politique. C’est un corps constitué et nous devons nous conformer à la
lettre aux instructions quitte à utiliser la force face aux
manifestants», tranche Mustapha, 28 ans, agent de l’ordre de la wilaya
de Mostaganem. Mustapha, avant d’intégrer la police, était chômeur, son
niveau d’instruction ne lui permettait pas de trouver du travail :
«J’ai le niveau de 9e année moyenne. Quand j’ai entendu parler du
recrutement en masse par la DGSN, je me suis rapproché de la division
pour déposer mon dossier. Mon niveau ne me le permettait pas, alors j’ai
dû faire comme les autres et m’inscrire à l’enseignement par
correspondance pour atteindre le niveau de terminale. La police est un
emploi stable, je n’ai pas d’alternative.»
CNCD
«Le 12 février a brisé le mur de la peur»
Salim MESBAH, El Watan, 18 février 2011 / Pour la Coordination nationale pour le changement et la démocratie
(CNCD), la marche de demain est déjà un «succès» puisqu’elle a enclenché
une dynamique que plus personne ne pourra arrêter.
Pour le CNCD, les mouvements de protestation et de revendication que
connaît la société sont à mettre à l’actif du «vent de liberté» qu’a
connu la mobilisation de samedi dernier. «Regardez ce qui se passe dans
la justice où pour la première fois, les greffiers ont fait grève. A
Hassi Messaoud, Touggourt et Annaba, des chômeurs ont manifesté pour
réclamer un travail. Les étudiants bloquent les universités et assiègent
le ministère alors que le mouvement étudiant a été brisé depuis
longtemps. La marche du 12 février a brisé le mur de la peur», affirme
Rachid Malaoui, le président du Syndicat autonome du personnel de
l’administration publique (Snapap) et membre du CNCD.
«Vous croyez qu’il vont régler les problèmes des Algériens par un coup
de baguette magique ? Combien de temps les Algériens devront
attendre pour avoir un travail ou un logement ? On ne peut plus
mentir au peuple», affirme Malaoui. Reste que cette approche ne fait pas
l’unanimité au sein de la Ligue de défense des droits de l’homme qui a
enregistré son premier couac avec la lettre ouverte publiée sur Internet
par Kamel Daoud, vice-président de la LADDH, dans laquelle il remettait
en cause la démarche de la Coordination. Une prise de position que
refuse de commenter M. Khelil pour qui les propos du vice-président
seront débattus en interne. Pour Moumen Khelil, secrétaire général de la Ligue algérienne de
défense des droits de l’homme (LADDH), l’organisation de la marche de
demain permettra aux Algériens de «se réapproprier les espaces publics».
«Notre action s’inscrit dans le cadre de la pluralité et de la
démocratie. Nous apportons notre soutien à tous les mouvements qui
veulent faire bouger cette inertie dans laquelle nous nous trouvons
depuis trop longtemps.» Foudhil Boumala, l’un des initiateurs de la
marche, affirme quant à lui que la marche n’est pas une fin en
soi : «Nous invitons les Algériens à diversifier leurs actions pour
arriver à un changement de pouvoir.» Pour les membres de la
Coordination, les dernières annonces faites par Ahmed Ouyahia, Premier
ministre, ne sont que de «la poudre aux yeux destinées à gagner du
temps».
Des
bus en provenance de plusieurs wilayas empêchés
d’accéder à Alger
Samia
AMINE,
Tout Sur
l'Algérie,
11
février 2011 /A
la veille de la marche qui sera organisée
samedi 12 février par la Coordination
nationale pour le changement et la démocratie
(CNCD) à Alger, des bus en provenance
de plusieurs wilayas en ont été
arrêtés ce vendredi 11 février
au niveau des barrages de police dressés
à l’entrée de la capitale,
selon un militant de la Ligue algérienne
de la défense des droits de l’homme
(Laddh).
« Ces
bus et même des véhicules transportant
plus de deux personnes ont été
obligés de rebrousser chemin »,
indique-t-il. « Certains ont
fait demi-tour, d’autres se sont débrouillés
et ont pu finalement regagner le centre-ville »,
ajoute-t-il. Ce militant précise
également que les points de contrôle
de police se sont multipliés ce vendredi
au centre-ville et à l’entrée
d’Alger.
A la veille de
la marche du 12 février
Dix étudiants
de Tizi Ouzou interpellés à
Alger centre
Samia
AMINE,
Tout Sur
l'Algérie,
11
février 2011 /Une
dizaine d’étudiants venus de Tizi
Ouzou, dont deux militants de la Ligue algérienne
de la défense des droits de l’homme
(laddh), ont été interpellés
par la police vendredi 11 février
près de la place Audin dans le centre
d’Alger. «
Dans un premier temps, ils ont été
arrêtés et emmenés au
commissariat du Sixième »,
précise un militant de la Laddh.
« Par la suite, ils ont été
relâchés mais leurs papiers
d’identité ont été
confisqués. Quelque temps après,
ils les ont récupérés »,
ajoute-t-il. Aucune explication ne leur
a été donnée au sujet
de leur arrestation. « Il s’agit
d’une interpellation aléatoire »,
précise le militant de la Laddh.
Jeudi,
des membres du bureau régional de
la Ligue Algérienne (Laddh) de la
wilaya d’Oran ont été arrêtés
alors qu’ils distribuaient des affichettes
pour la marche du 12 février sur
la rue Khemisti, dans le centre-ville. Ils
ont été relâchés.
La
CNCD
dont fait partie la Laddh a appelé
à une marche populaire samedi 12
février à Alger et à
un rassemblement populaire le même
jour à Oran. Ces manifestations ne
sont pas autorisées par les autorités.
Des manifestants
et des blessés enregistrés
Le siège
du RCD assiégé
Karim
KEBIR,
Liberté,
12
février 2011 /Comme
lors de la manifestation du 22 janvier dernier,
le siège du RCD a été
assiégé hier en fin d’après-midi
par les forces antiémeutes. Plusieurs
dizaines de policiers ont été
dépêchés sur les lieux
pour contenir un rassemblement de citoyens
devant participer à la marche d’aujourd’hui.
Selon
des témoins sur place, les forces
antiémeutes sont arrivées
au moment où ces manifestants regroupés
près du siège, entonnaient
des slogans hostiles au régime et
demandant son départ. “Pouvoir assassin”,
s’égosillaient-ils. Craignant sans
doute un effet boule de neige, les policiers
ont contenu les manifestants à l’intérieur
du siège du parti d’autant que d’autres
groupes arpentant la rue Didouche n’ont
pas manqué d’exprimer leur joie après
l’annonce par les télévisions
du monde entier de la chute du dictateur
du Caire, Hosni Moubarak. Des échauffourées
ont même failli éclater entre
les manifestants et les policiers. Six manifestants
ont été arrêtés
tandis que d’autres ont été
blessés, ont précisé
ces sources.
À
l’heure où nous mettons sous presse,
la tension est toujours vive. Des camions
antiémeutes sont dépêchés
et sont stationnés non loin de siège.
Les
algériens marchent aujourd’hui pour
le changement
La
démocratie, maintenant !
Nabila AFROUN,
Liberté,
12
février 2011 /Les
manifestants ont commencé à
arriver depuis hier, par centaines, à
la capitale afin de ne pas rater le rendez-vous
de la marche pacifique. Ils espèrent
pouvoir manifester librement, sans répression.
Pour le changement. Pour la démocratie.
Hier, à
J-1 de la marche pacifique à laquelle
la Coordination nationale pour le changement
et la démocratie (CNCD) a appelé,
un important dispositif sécuritaire
– près de 30 000 policiers – a commencé
à être installé dans
les grandes artères de la capitale
et devant les bâtiments officiels.
En prévision de cette manifestation,
des fourgons de la sûreté nationale,
des voitures de police et des chasse-neige
sont déjà sur place du côté
de la place du 1er-mai, lieu du départ
de la marche. Des éléments
de la sûreté nationale, dispersés
dans la capitale, quadrillent les accès
au centre-ville et procèdent même
à la vérification de papiers
dans les gares routières et les stations
de bus afin d’empêcher l’afflux des
manifestants vers Alger. “Le plus grand
déploiement de police sera installé
durant la nuit, comme cela s’est fait lors
de la dernière manifestation de janvier”,
nous dira un habitant d’Alger-Centre.
Du
côté de la coordination, qui
a appelé à cette marche, rien
n’est laissé au hasard et l’on se
dit prêt. “Rien n’entravera notre
décision de marcher pacifiquement
à Alger. Les pouvoirs publics ont
tout à gagner en nous laissant manifester
librement. Au cas contraire, c’est au gouvernement
et à lui seul d’assumer les conséquences
de ses décisions”, a déclaré
Me Ali Yahia Abdenour. Côté
logistique, les membres de la coordination
ont préparé, eux aussi, leur
“artillerie”. Depuis des semaines, des appels
à la marche pacifique ont été
diffusés sur le web, des tracts ont
été distribués à
la population, des pancartes et des slogans
ont été préparés
par la commission technique de la CNCD.
Si chaque organisation faisant partie de
la CNCD est libre de choisir ses slogans,
elle doit néanmoins respecter le
mot d’ordre de la coordination qui se résume
à la levée de l’état
d’urgence, l’ouverture du champ politique
et médiatique, l’instauration d’une
réelle démocratie, la libération
des détenus arrêtés
durant les dernières émeutes
et une justice sociale en Algérie.
“Toutes les revendications et les slogans
sont tolérés mis à
part ceux qui appellent à la violence
et à la récupération
du mouvement”, a affirmé M. Sadali
du Satef. Pour le comité national
de la défense des droits des chômeurs,
ses slogans sont déjà prêts.
Ils réclament particulièrement
le droit à un travail stable et une
vie digne. “Ce n’est pas trop compliqué,
nous revendiquons une vraie démocratie,
une bonne éducation et un travail
stable pour assurer notre pain quotidien”,
a déclaré M. Samir Larabi,
porte-parole du comité national de
la défense des droits des chômeurs.
En plus du mot d’ordre de la coordination,
chaque syndicat, association ou autre organisation,
scandera ses propres slogans. Il faut s’attendre
également à entendre “Algérie,
libre et démocratique”, le slogan
fétiche des démocrates algériens,
qui s’invite à toutes les actions
de ce genre. Hier, la coordination mettait
les dernières retouches et quelques
détails liés à l’encadrement
des manifestants afin d’empêcher les
débordements. Tout cela devait être
discuté et finalisé hier soir,
à huis clos, selon un membre de la
coordination. Les ONG, syndicats et
partis politiques, ont également
tenu des permanences au niveau de leurs
sièges respectifs, afin d’accueillir
les manifestants arrivant d’autres wilayas.
Venus par bus, taxi, voire même par
avion pour certains travailleurs, ils espèrent
manifester pacifiquement aujourd’hui. “Nous
sommes optimistes et nous espérons
pouvoir marcher librement et sans répression
aujourd’hui. Nous n’imaginons pas que les
30 000 policiers ont été déployés
pour assurer notre sécurité”,
ironise Lamine, un enseignant venu d’Annaba.
Afin d’arriver à Alger, plusieurs
manifestants ont dû changer d’itinéraire
pour entrer dans la capitale. C’est le cas
du jeune Takfarinas et de ses deux copains
qui ont décidé de faire escale
à Boumerdès, puis à
Rouiba, avant de prendre un taxi et rallier
Alger-centre où ils devaient se réunir
avec d’autres étudiants. “J’ai dû
faire tout un détour pour contourner
les barrages et arriver enfin à la
capitale, afin d’être au rendez-vous
de la marche pacifique”, nous dira Takfarinas.
Ils sont des centaines de manifestants,
comme lui, à avoir fait le déplacement
et à être hébergés
dans des hôtels, chez des particuliers,
ou encore à l’intérieur des
sièges des ONG afin de ne pas
manquer le rendez-vous d’aujourd’hui.
Un
impressionnant déploiement policier
a été mis en place
La
capitale en état de siège
Hacen OUALI,
El Watan,
12
février 2011 / Alger
est sous un quadrillage policier. Les principaux
boulevards et carrefours de la capitale
étaient, hier, sous haute surveillance
policière en prévision de
la marche populaire d’aujourd’hui, à
laquelle a appelé le Coordination
nationale pour le changement et la démocratie
en Algérie (CNCD). C’est un véritable
déploiement de la terreur. La ville
était déserte, laissant les
rues aux seuls camions à canon
arroseur, fourgons cellulaires, Nissan et
policiers armés de kalachnikovs.
Dès la matinée d’hier, des
régiments de l’unité républicaine
de la sécurité ont pris position
à la place du 1er Mai, alors que
d’autres engins de la police sont stationnés
à l’entrée de la maison de
la presse Tahar Djaout.
A
quelques mètres, au boulevard Hassiba
Ben Bouali, c’est un impressionnant dispositif
de sécurité qui a été
mis en place. Ainsi, tous les accès
à la place du 1er Mai sont sous le
contrôle des forces de l’ordre, dans
la perspective d’empêcher les manifestants
d’y accéder. Le spectacle est le
même au niveau de la Grande-Poste
où camions et fourgons de police
ont pris position sur l’esplanade. En contre-bas,
le jardin Sofia est réquisitionné
par la police. Le déploiement sécuritaire
est encore plus visible au niveau du siège
de la wilaya d’Alger, aux alentours du Conseil
de la nation. Il est d’autant plus considérable
au square Port-Saïd et à la
place des Martyrs à tel point que
les citoyens se sentent sous l’état
d’exception. «On dirait que nous sommes
en guerre», a tonné un passant.
En effet, c’est une «guerre»
contre des Algériens qui ne veulent
qu’exprimer pacifiquement leurs opinions
sur une situation politique et sociale de
plus en plus intenable. Sinon, comment expliquer
cet étalage de la force. Même
la rue Didouche Mourad, habituellement épargnée
par ce genre de démonstration, était,
hier, «bleue» par la forte présence
policière.
Du
Sacré-Cœur jusqu’ à la place
Audin, des policiers à pied et en
voiture font les allers-retours en scrutant
toutes les ruelles. Sur les hauteurs de
la capitale, la présence policière
est également plus visible, notamment
à El Biar, pas loin des bureaux du
parti du Rassemblement pour la culture et
la démocratie (RCD) et en bas de
la rue Souidani Boudjemaâ, non loin
du siège du parti du Front des forces
socialistes, où trois fourgons de
la police contrôlent le carrefours
menant vers El Mouradia. Le même dispositif
est déployé aussi à
l’entrée est de la capitale. Tout
au long de l’autoroute est d’Alger, les
barrages de la police sont renforcés.
A El Hamiz, Bab Ezzouar et au Ruisseau,
les postes de contrôle procèdent
déjà au filtrage des véhicules
en provenance des wilayas de l’est du pays.
Au niveau du barrage «les Bananiers»,
un policier avec une caméra filme
carrément les véhicules. L’on
parle de plus de 25 000 policiers qui ont
été mobilisés pour
réprimer la marche à laquelle
prendront part des partis d’opposition,
des syndicats et autres organisations de
la société civile.
Des
régiments des wilayas limitrophes
sont appelés à la rescousse.
Le renforcement du dispositif de sécurité
sera sans doute plus important aujourd’hui.
Ainsi, le pouvoir actionne son appareil
répressif comme seule réponse
à une demande politique de la société.
«Cela reflète la panique qui
s’empare du pouvoir. Les précédents
tunisien et égyptien font trembler
le régime. Protéger Alger
c’est sauver le pouvoir», a estimé
le politologue Ahmed Rouadjia. Il a indiqué
que «les gens au pouvoir ne réfléchissent
pas et n’ont pas d’autre solution à
proposer que la force brutale. Comme Ben
Ali et Moubarak, ils ont un doctorat en
matière de refus et d’aveuglement.
C’est un régime qui doit mordre avant
d’être mordu». De ce fait, la
marche d’aujourd’hui sera un test difficile
non pas pour l’opposition, mais pour le
pouvoir. La chute de deux despotes,
Ben Ali et Moubarak, par ailleurs deux
amis de Bouteflika, donne des vertiges.
Place
du 1 er mai - Place des martyrs
La
marche de la liberté
Madjid MAKEDHI,
El Watan,
12
février 2011 / La
marche est maintenue et elle aura lieu.
Les membres de la Coordination nationale
pour le changement et la démocratie
(CNCD) sont déterminés à
aller jusqu’au bout de leur action, malgré
l’impressionnant dispositif policier déployé
dans la capitale pour empêcher la
marche d’aujourd’hui. «Le régime
se donne en spectacle», déclare
le président de la Ligue algérienne
pour la défense des droits de l’homme
(LADDH), Mustapha Bouchachi, en réaction
à cet affolement des autorités
à la veille de «la marche de
l’espoir». «C’est aberrant !
Les autorités qui ont déploré
les violences lors des dernières
émeutes, viennent de mobiliser tous
les policiers du pays pour empêcher
une marche pacifique à laquelle a
appelé un groupe d’organisations»,
dénonce-t-il. Selon lui, le régime
algérien est démasqué.
«Avec cette réaction, le régime
démontre qu’il ne veut plus s’ouvrir
et qu’il refuse la démocratisation
de la société», commente-t-il.
Et
d’ajouter : «Ils (les décideurs)
savent qu’ils ne pourront plus continuer
à gérer le pays de la même
manière.» Pour le président
de la LADDH, les membres de la CNCD et le
peuple algérien sont décidés
à marcher. «La marche aura
lieu inch Allah (si Dieu le veut). Je lance
un appel aux jeunes pour manifester pacifiquement
et à ne pas répondre aux provocations»,
lance-t-il. Sur le même ton, le chargé
de communication du Snapap, Mourad Tshicou,
affirme que la CNCD poursuit ses préparatifs
et ses membres sont décidés
à investir la place du 1er Mai, d’où
s’ébranlera la marche. «La
mobilisation est au maximum. Les jeunes
des quartiers d’Alger sont prêts à
marcher», assurent-il. «Nous
avons préparé les banderoles
et les pancartes», souligne-t-il encore.
Intimidation
et désinformation
Les
membres de la CNCD dénoncent, dans
la foulée, le recours par le pouvoir
à l’intimidation et la propagande
pour empêcher cette action. Selon
Mustapha Bouchachi, des militants de la
LADDH et du MDS ont été arrêtés
jeudi dernier pour avoir distribué
des affiches appelant à la marche.
«Jeudi dernier à Oran, 5 militants
de la LADDH ont été arrêtés,
puis relâchés. A Alger, des
militants du MDS ont été également
interpellés avant d’être remis
en liberté», explique-t-il.
Pour empêcher les citoyens de l’intérieur
du pays d’arriver à Alger, explique-t-il,
les policiers contrôlent tous les
véhicules. Selon des témoins,
les bus de transport de voyageurs venant
de l’est du pays ont été refoulés.
Tous
les moyens sont bons pour empêcher
les manifestants d’arriver à la capitale.
Outre les intimidations, les autorités
ont actionné les médias publics
et parapublics pour réduire l’ampleur
de la mobilisation. Ces derniers n’ont pas
cessé, depuis une semaine, de donner
la parole à des organisations satellites
qui se sont démarqués d’une
action à laquelle elles n’ont jamais
appelé. Interrogé à
ce sujet, le chargé de communication
du Snapap tire à boulets rouges sur
Felfoul. «Les députés
et les retraités de l’APN ne représentent
pas le Snapap et il n’ont pas le droit de
parler au nom des fonctionnaires»,
précise notre interlocuteur.
Récit
d’une journée de manifestation à
Alger
«
Vous ne voulez pas qu'on marche, et vous
ne voulez pas qu'on reste là ! »
Hakim
AROUS,
Tout Sur
l'Algérie,
12
février 2012 / Pas
de marche mais un rassemblement. Ce samedi,
matin, la Place du 1er
Mai
était bien trop petite pour accueillir
les Algériens qui ont répondu
à l'appel de la CNCD. Pour la première
fois depuis longtemps, on a vu réunis
des jeunes des quartiers populaires et ceux
de familles plus aisées, des militants
de partis politiques, des intellectuels,
des artistes. Tous étaient ensemble
avec le même mot d'ordre : la
fin du régime. Amazigh
Kateb, porté sur les épaules
des jeunes, a repris les slogans et les
chants entamés par la foule. Ali
Yahia Abdenour, 90 ans, figure emblématique
de la défense des droits de l'homme,
a joué des coudes pour rejoindre
le rassemblement. Ali Belhadj, l'ex-leader
du FIS, et quelques dizaines de ses partisans
ont tenté de rejoindre la manifestation,
avant d'être dispersés par
la police.
Tout
a commencé dès huit heures
du matin, quand les premiers manifestants
sont arrivés sur la Place. La police
les attendait déjà de pied
ferme. Très vite, elle tente d'embarquer
les meneurs, dont des députés
du RCD. « Oui
j'ai été arrêtée,
c'est un pouvoir inique, ils n'ont pas à
nous empêcher de marcher dans la capitale »,
dénonce Leila Hadj Arab, députée
RCD, devant des journalistes. A côté
d'un des arrêts de bus près
de la station service de la Place, un couple
hurle sa colère. « On
est là pour marcher pacifiquement.
La rue nous appartient. Ils ont voulu nous
enfermer à la Coupole, mais on n'enferme
pas le peuple algérien dans une cage »,
disent-ils.
Pendant
plus de cinq heures, les gens restent sur
la place, debout. Certains débattent
de l'avenir de l'Algérie, de la chute
de Moubarak. La plupart reprennent les slogans
en agitant des pancartes sur lesquelles
on peut lire : « Système
dégage »,
ou « Système
Out ».
Sans répit, les forces antiémeute
ont tout fait pour les disperser. Ils ont
divisé en plusieurs groupes les manifestants
du côté du boulevard Belouizdad
et au niveau de la Place du 1er
Mai pour éviter un effet de foule
qui aurait permis à la marche de
s'ébranler. On a vu également
des policiers décourager les curieux
en leur demandant de s'éloigner.
« Vous
ne voulez pas qu'on marche, et vous ne voulez
pas qu'on reste là ! Il faudrait
savoir ! »,
s’insurge une femme énervée.
Pour
les organisateurs, malgré l'absence
de marche, la manifestation est un succès.
« Les
Algériens marcheront et reviendront
autant de fois que nécessaire jusqu'à
ce que le peuple algérien puisse
vivre dans la dignité »,
a ainsi affirmé Said Sadi. Même
chose pour Ali Yahia Abdenour, président
d'honneur de la LADDH et sans aucun doute
le vétéran de cette manifestation.
Malmené par la police, il n'a rien
perdu de sa détermination. « Nous
ne retournerons dans nos maisons que lorsque
la voix du peuple sera entendue »,
a-t-il assuré, avant d’annoncer de
nouvelles mobilisations très prochainement.
Alger
Peur
bleue
Saïd
RABIA,
El Watan,
12
février 2011 / Alger
étouffe sous le déploiement
policier. Jamais la capitale n’a connu une
telle descente, une telle exhibition des
forces de police, non pas pour rétablir
un quelconque ordre, mais pour faire peur
au petit peuple à la veille de la
marche décidée par la Coordination
nationale pour le changement et la démocratie
(CNCD).
On
ne savait pas qu’une manifestation pacifique,
à laquelle ont appelé la société
civile et des partis politiques, faisait
autant peur ? Il n’est pas une ruelle à
Alger qui ne soit quadrillée ! Une
véritable démonstration de
force qui donne plutôt une piètre
image d’un pouvoir prompt à réprimer
toute expression pacifique que de libérer
la voie aux aspirations populaires. La manière
avec laquelle il se prépare à
réprimer la manifestation d’aujourd’hui
le condamne plus qu’elle ne lui assure la
survie. Mobiliser une vingtaine de milliers
de policiers pour empêcher une marche
sur laquelle on a parié qu’elle ne
rassemblerait pas plus d’une centaine de
personnes qu’on n’a pas cessé de
vouer aux gémonies dans les médias
publics n’est pas sérieux.
Plus
qu’un refus d’admettre que les Algériens
ont parfaitement le droit d’exprimer leur
opinion ou leurs revendications de la manière
qu’ils jugent utile pour peu qu’elle soit
pacifique, les autorités s’enferment
dans un entêtement pernicieux qui
pourrait rajouter un supplément de
pression à une situation déjà
explosive. En témoignent d’ailleurs
les émeutes qui éclatent un
peu partout sur tout le territoire national,
les immolations par le feu et les autres
tentatives de suicide. Un pouvoir qui n’est
pas interpellé par une telle situation,
préférant esbroufer sur des
mesures sociales aléatoires et optant
pour la répression totale prend le
risque incongru et périlleux de voir
les événements le dépasser.
Dans le désordre. Le pouvoir semble
ne pas prendre la mesure du vent de révolte
qui souffle sur le monde arabe, en s’obstinant
à ne pas se réformer après
avoir remis en cause tous les acquis ou
presque arrachés de haute lutte par
les Algériens. Pour le bon sens,
réprimer comme il se prépare
à le faire aujourd’hui la marche
d’Alger ne serait guère une solution
contre une demande s’exprimant de manière
pacifique et ordonnée. Plus qu’une
urgence, répondre aux aspirations
démocratiques formulées, comme
cela n’a jamais été, par les
Algériens est un acte patriotique.
Et
plutôt que de bloquer l’avènement
d’une alternative démocratique et
de préparer le lit aux dérapages
dont personne ne peut prévoir les
conséquences, ce qui est le cas jusqu’à
ce jour, les tenants du pouvoir devraient
admettre que la manière dont a été
géré le pays a atteint ses
limites. Elle est même allée
au-delà. Le couple prédation-corruption
et répression a installé l’Algérie
dans une précarité permanente.
Alors, ordre ou désordre ?
EN DIRECT
Les
manifestants de la place du 1er Mai se dispersent
El Watan.com,
El Watan,
12
février 2011 / Des
dizaines de manifestants arrêtés
samedi matin à la place du 1er Mai
à Alger, sont encore dans les commissariats.
Hakim Addad, Salem Sadali du Satef, Idir
Achour du Cla et des militants du MDS, de
RCD et des jeunes manifestants sont toujours
en détention à l'heure ou
nous mettons en ligne (16h50).
15h45
:
La police a réussi à disperser
les manifestants de la place du 1er Mai.
Une dizaine de jeunes ont été
arrêté. Ainsi, se termine cette
journée de manifestation de la coordination
pour le changement. le mur de la peur a
sauté et de nombreux jeunes ont montré
leur volonté de faire avancer les
choses. La coordination prévoit de
tenir une réunion dimanche à
la maison des syndicats, pour faire le bilan
de l'action d'aujourd'hui et trouver les
moyens de capitaliser la dynamique né
ce samedi 12 février 2011. 70 arrestations
à Oran et une trentaine à
Annaba, selon la Ligue algérienne
de défense des droits d 'homme en
algérie (LADDA).
15h30
:
Une véritable chasse à l'homme
à la place du 1er Mai. La police,
qui a dispersé de façon musclée
les manifestants, opérent plusieurs
arrestations. La police tente de chasser
les manifestants dont le nombre ne cesse
d'augmenter, mais c'était sans compter
sur la determination de ces jeunes, qui
ont réussi à reprendre le
terrain. Les policiers et les manifestants
jouent au chat et à la souris. Les
groupes de manifestants changent bougent
beaucoup pour ne pas être pris en
tenaille par la police.
La
place du 1er Mai occupée par les
manifestants
14h00 : Plus
de 2000 manifestants sont actuellement rassemblés
à la place du 1er Mai. Ils occupent
tout l'espace autour du jet d'eau. Les policiers
bloquent la rue Hassiba. Certains manifestants
proposent de passer la nuit sur la place
du 1er Mai d'Alger. Les manifestants crient
des slogans hostiles au pouvoir. "Ouyahia
esserak" (Ouyahia voleur), "Echaab
yourid iskat enidham" (le peuple veut
la chute du régime), "mazalna
mazalna thouar" (on demeure des révolutionnaires).
A constantine un rassemblement de
jeunes a été dispersé
par la police, une heure après son
début.
13h30
:
Le nombre de manifestants ne cesse de grossir.
Des dizaines de jeunes, y compris ceux qui
scandaient dans la matinée des slogans
pro bouteflika, ont rejoint la place du
1er Mai où quelques escarmouches
ont été signalées.
12h40
:
La foule grossit avec l'arrivée de
nombreux jeunes manifestants criant "Bouteflika
Serrak" (Bouteflika voleur)...
12h30
:
Des centaines de manifestants sont toujours
rassemblés à la place du 1er
mai à Alger. Un imposant cordon sécuritaire
les empêche de bouger.
12h00
:
Les manifestants, rassemblés en petits
groupes, essaient tant bien que mal de contourner
le cordon de sécurité. Chaque
groupe tente de temps en temps de marcher,
forçant les policiers à courir
dans tous les sens pour les bloqué.
11h40
: Des dizaines de jeunes
arrivent à la place du 1er Mai venant
de la rue Hassiba, rejoignent les manifestants.
Ils sont environ 2000 manifestants à
se rassembler à coté de la
pompe à essence, derrière
le ministère de la jeunesse et des
sports, à Alger.
11h30
:
Des renforts de policiers arrivent à
la place du 1er mai pour contenir les manifestants,
qui tentent de forcer le dispositif.
11h20
:
Les voyous rameutés pour la contre
marche ont agressé Amazigh Kateb.
Les
pro bouteflika continuent leurs provocations
envers les manifestants. La police les laisse
faire.
11h10
: Des centaines d'étudiants
rejoignent les manifestants à la
place du 1er Mai à Alger. A chaque
fois que les manifestants tentent de forcer
le cordon de sécurité, ils
sont bastonnés et repoussés.
11h00
:
L'heure prévue pour le début
de la marche. Les manifestants sont toujours
bloqués derrière le ministère
de la jeunesse et des sports, à la
place du 1er mai à Alger. D'autres
arrestations sont opérées.
Les députés du RCD arrêtés
ce matin, on été relachés
avant d'être une nouvelle fois arreté.
10h40:
La situation reste très tendue à
la place du 1er Mai, Alger. Les quelques
"pro Bouteflika" postés
face aux manifestants, multiplient les provocations
à l 'encontre des membres du la CNCD.
10h30
:
Said Sadi est bousculé par les policiers,
qui bastonnent tout le monde sans distinction.
Des
jeunes, des voyous, selon des témoins,
chauffés à blanc, scandant
des slogans pro Bouteflika, foncent sur
les manifestants, sous l'oeil des policiers,
qui ont laissé faire.
10h20
:
Les policiers chargent le groupe de manifestants.
Des membres de la coordination sont arrêtés
et d'autres tabassés. Fodil Boumala,
Sadali du Satef, entre autres sont embarqués
au commissariat. De nombreuses femmes aussi.
10h10
: Un groupe d'une vingtaine
de personne s'est constitué en face
des manifestants et commencent à
crier des slogans pro Bouteflika. Une contre
marche que les policiers laissent faire.
10h00
:
Plus de 500 manifestants, pour la plupart
des jeunes au cotés de Bouchachi,
Ali Yahia Abdenour, Said Sadi et d'autres
membres de la coordination pour le changement
démocratique, sont rassemblés
à la station de taxi derrière
le ministère de la jeunesse et des
sports. Les policiers ont cessé la
matraque, tout en maintenant l'encerclement
des manifestants. Des groupes de jeunes
des quartiers environnants affluent vers
le lieu du rassemblement.
9h45
:
Plusieurs personnes viennent d'être
arrêtées, dont une journaliste
de la presse étrangère, à
la place du 1er Mai. Les coups de matraques
pleuvent sur de nombreux manifestants. Personne
n'est épargné.
Un
autre député du RCD, Lila
Hadj Arab, un journaliste Kader sadji, et
une trentaine d'autres manifestants sont
conduits au commissariat du 8eme arrondissement,
à coté de l'hopital Mustapha.
9h30
: Environ 200 manifestants
sont rassemblées derrière
le ministère de la jeunesse et des
sports. Ils sont encerclés par les
forces anti émeutes, qui leur bloquent
le passage vers la place du 1er Mai.
9h20
: Said Sadi, Ali Yahia Abdenour
et d'autres personnalités politiques
et syndicales font leur apparition à
la place du 1er mai. Ils sont immédiatement
cernés par des policiers qui les
empêchent de bouger.
9h15
: Une cinquantaine de personnes
arrêtées par des policiers
devant l'hopital Mustapha et conduits au
commissariat, parmi eux quatre députés
du RCD, Aider Arezki, Mohcene bellabes,
Tahar Besbes, Mazouz Athmane
Le
siège du RCD à la rue Didouche
Mourad encerclé par des dizaines
de policiers.
Un
trafic ferroviaire suspendu, des gares fermées,
des bus au compte-gouttes, des barrages
fixes installés un peu partout, une
ciruclation routière perturbée,
en ce samedi 12 février, Alger ressemble
à un établissement pénitentiaire
surveillé soigneusement par les sAervices
de sécurité.
Des
les premières lueurs du soleil, des
milliers de policiers ont pris d'assaut
Alger et ses grandes artères. Les
camions blindés et les 4X4 des forces
de l'ordre ont quadrillé, dès
les premières heures du matin, de
nombreux quartiers à Alger. Cependant,
le dispositif le plus impressionnant a été
installé au niveau de la rue Hassiba
Ben Bouali et la place du 1er Mai.
Sur
cette place qui devrait accueillir les manifestants
pour donner le coup d'envoi à la
marche, une centaine de policiers ont investi
les lieux en arborant leurs boucliers et
leurs batons. Si pour l'heure, les forces
de l'ordre n'empêchent guère
les citoyens de circuler au niveau de la
place du 1er Mai, il n'en demeure pas moins
que cette forte présence policière
n'a pas manqué de susciter l'angoisse
et la peur parmi les Algérois.
De
leur côté, les militants et
les organisateurs de la Coordination nationale
pour le changement et la démocratie
affirment qu'aucune arrestation n'a été
enregistrée jusque là parmi
leurs rangs. "Nous nous attendions
à un tel dispositif sécuritaire.
C'est pour cela que nous avons adapté
notre organisation pour passer entre les
mailles des services de sécurité.
L'appreil repressif de l'Etat ne mettra
pas en péril notre détermination
à marcher et manifester à
Alger", confient plusieurs militants
du Syndicat National autonome des personnels
de l’administration algérienne (SNAPAP)
et de la ligue algérienne de la défense
des droits de l'hommes (Laddh).
LA MARCHE
DU 12 FÉVRIER 2011 À ALGER
Organisée
par la Coordination Nationale pour le Changement
et la Démocratie
Appel
à une marche populaire
le 19 février à
Alger
El Watan.com, El
Watan, 12 février
2011 / La
coordination nationale pour
le changement démocratique
en Algérie, qui s'est
réunie dimanche à
Alger pour faire le bilan de
la marche repriméé,
vendredi à Alger, a lancé
un appel à une nouvelle
marche pour le 19 février
prochain. Elle s’est également
entendue sur le principe d’une
grève générale
pour les prochains jours. Cette
option devrait être en
revanche décidée
en concertation avec les différents
partenaires sociaux. La coordination,
qui a jugé que son action
de vendredi a été
plus que positive, veut élargir
ses rangs à d'autres
acteurs de la société
civile. D'autre part les membres
de CNCD compte mettre à
profit la semaine qui commence,
pour informer et sensibiliser
les citoyens sur les enjeux
du combat politique pour le
changement démocratique
en Algérie.
Une
autre marche samedi prochain
La
Coordination remet ça
!
Madjid
MAKEDHI,,El
Watan, 12 février
2011 / Maintenir
la mobilisation. Après
l’empêchement de son action
avant-hier, la Coordination
nationale pour le changement
et la démocratie (CNCD)
revient à la charge.
Elle décide d’organiser
une nouvelle marche, à
Alger, samedi prochain. La décision
a été prise à
l’issue de la réunion
des membres de la CNCD, hier
à la maison des syndicats,
à Alger. La manifestation
suivra le même itinéraire
que celui que devait emprunter
la marche de samedi dernier
et qui a été violemment
réprimée par la
police. L’idée d’appeler
à une autre action est
suggérée, dès
l’ouverture des travaux de cette
rencontre, par le président
d’honneur de la Ligue algérienne
pour les droits de l’homme (LADDH),
Ali Yahia Abdennour. Prenant
la parole en premier, ce dernier
a, en effet, proposé
des rassemblements hebdomadaires
(chaque samedi) au niveau de
la place du 1er Mai :
«Je propose l’idée
d’organiser des rassemblements
chaque samedi jusqu’à
ce que le peuple descende dans
la rue. La révolution
est dans la rue. Si nous décidons
de nous réunir samedi
prochain, il y aura plus du
monde.» La proposition
est soumise immédiatement
à débat ;
elle est acceptée d’emblée
par les présents.
Au
bout de plusieurs heures de
discussions, parfois houleuses,
ces derniers sont parvenus à
un consensus et ont adopté,
à main levée,
la décision d’organiser
une nouvelle marche. De plus,
les membres de la CNCD se sont
entendus sur le principe d’appeler
à une grève générale,
sans toutefois arrêter
la date de cette action. «Il
faudra d’abord mûrir cette
idée et consulter le
monde du travail avant de trancher»,
expliquent la majorité
des intervenants. Afin de renforcer
leurs rangs, les représentants
ont également décidé
d’ouvrir la CNCD à d’autres
organisations et acteurs de
la société civile
qui souhaitent adhérer
à cette action. Cette
réunion a été
également une occasion
pour les membres de la Coordination
de faire le bilan de la marche
de samedi dernier et de relever
les insuffisances en matière
d’organisation. Bilan d’abord.
Les
représentants des partis,
des organisations et des personnalités
faisant partie de la CNCD sont
unanimes : «La marche
a été une réussite
sur la plan politique et médiatique.»
Ils mettent l’accent en particulier
sur l’importance de la mobilisation
populaire suscitée par
cette marche. «Malgré
l’état de siège,
des milliers de personnes ont
manifesté samedi à
Alger. Il n’y avait pas que
250 personnes seulement
comme l’a affirmé le
ministre de l’Intérieur.
Rien que dans les commissariats,
il y en avait plus de 300»,
notent-ils. Dans ce sens, les
intervenants dénoncent
la répression disproportionnée
exercée contre les manifestants :
«Plus de 30 000 policiers
ont été mobilisés
pour empêcher les gens
de marcher dans la capitale.
De plus, un élu de l’APC
d’Alger a payé des jeunes
pour provoquer les manifestants
avec la bénédiction
de la police.»
Par
ailleurs, les intervenants soulignent
l’existence d’insuffisances
d’ordre organisationnel qu’il
faudra corriger lors de la prochaine
action. En outre, les présents
dénoncent «la désinformation et
le traitement impartial de la
dernière marche par les
médias lourds, notamment
l’ENTV». Des journalistes
de la Télévision
nationale, venus couvrir pour
la première fois une
réunion de la CNCD, ont
été priés
de quitter les lieux. Cela a
failli provoquer des mésententes
entre les membres de la Coordination,
puisque certains d’entre eux
n’étaient pas contre
la présence de représentants
de l’Unique dans la salle. La
CNCD a aussi dénoncé
les contradictions des autorités
concernant l’autorisation des
marches à l’intérieur
du pays. «A Oran, Annaba
et Constantine, les manifestants
ont été tabassés
et arrêtés»,
remarquent-ils.
COORDINATION
NATIONALE
POUR LE CHANGEMENT ET LA DÉMOCRATIE
Les
libertés en Algérie
Les
grandes capitales préoccupées
Zine CHERFAOUI,
El Watan,15
février 2011 /Après le département
d’Etat américain, le Parlement européen
et le ministère allemand des Affaires
étrangères, c’était
au tour, hier, du Quai d’Orsay de dénoncer
la répression qui s’est abattue sur
la société et d’appeler les
autorités algériennes à
respecter le droit de l’opposition d’organiser
des marches de protestation aussi bien dans
la capitale que dans les autres grandes
villes du pays.
«S’agissant
des manifestations organisées à
Alger et dans certaines grandes villes,
ce qui est important, à nos yeux,
c’est que la liberté d’expression
soit respectée et que les manifestations
puissent se dérouler librement et
sans violence», a indiqué le
porte-parole du ministère français
des Affaires étrangères, Bernard
Valero. La déclaration de M. Valero
intervient près de 48 heures
après la décision du gouvernement
de réprimer la marche à laquelle
avait appelé la Coordination nationale
pour la démocratie et le changement
(CNCD), structure créée en
janvier dernier à l’initiative de
la LADDH et qui fédère autour
d’un même mot d’ordre de nombreux
partis politiques, des syndicats autonomes
et plusieurs associations de la société
civile. Le communiqué rendu public
par le Quai d’Orsay est assez surprenant
dans la mesure où, jusque-là,
le gouvernement français, malgré
la polémique assez violente suscitée
par la loi du 23 février 2005
et les retombées négatives
sur les entreprises françaises de
la LFC 2009, a toujours compté parmi
les plus fidèles soutiens du chef
de l’Etat.
Cela
y compris quand le pouvoir de Bouteflika
avait procédé à un
verrouillage sévère des espaces
politique et médiatique. WikiLeaks,
l’organisation de Julian Assange, a d’ailleurs
révélé en janvier dernier
que Paris a non seulement pesé pour
faire en sorte que Abdelaziz Bouteflika
s’offre un troisième mandat, mais
joué aussi un rôle déterminant
pour convaincre les Etats-Unis et les autres
puissances occidentales de l’utilité
de «garder» le chef de l’Etat
au pouvoir. Cela quitte, d’ailleurs, à
ce que ce maintien passe par une fraude
massive. La tonalité du communiqué
lu, hier, par Bernard Valero montre visiblement
que la France n’est pas près de faire
preuve de davantage de complaisance à
l’égard de Abdelaziz Bouteflika.
L’on sent, par ailleurs, le souci du Quai
d’Orsay et, plus généralement,
des autorités françaises de
ne pas reproduire les mêmes erreurs
de «débutants» que celles
commises avant et pendant les révolutions
tunisienne et égyptienne.
LA
MÉFIANCE S’INSTALLE SUR LES INTENTIONS
DE BOUTEFLIKA
La
France aurait-elle lâché Bouteflika ?
Pour l’heure, il est difficile de répondre
par l’affirmative de manière catégorique.
Néanmoins, force est de constater
que les officiels français ne font
également rien ces derniers temps
pour consolider la position du chef de l’Etat.
Et pour Abdelaziz Bouteflika qui a fondé,
au plan interne, sa légitimité
sur, justement, le soutien des grandes puissances,
le recentrage de la position française
et la dureté du message de Bernard
Valero risquent d’être ruineux politiquement.
Surtout qu’en filigrane, Paris considère
que la promesse faite par le chef de l’Etat
de lever l’état d’urgence et de permettre
à l’opposition un plus grand accès
aux médias lourds ne constitue pas
une mesure suffisante pour parler de réelle
ouverture en Algérie.
Pour
les autorités françaises,
la décision de M. Bouteflika
– que le gouvernement s’est empressé
de présenter comme la panacée
aux problèmes du pays – n’est qu’une
initiative qui doit en appeler d’autres.
«Nous avons pris note de l’ensemble
des décisions annoncées lors
du dernier Conseil des ministres du 3 février
en Algérie, en particulier la levée
imminente de l’état d’urgence et
l’ouverture du champ audiovisuel aux différentes
sensibilités politiques. Ces mesures,
dès qu’elles seront mises en œuvre,
constitueront à l’évidence
un pas dans la bonne direction pour répondre
aux attentes du peuple algérien»,
a fait savoir à ce propos M. Valero.
Comme une mauvaise nouvelle ne vient jamais
seule, la sortie du porte-parole du Quai
d’Orsay intervient 24 heures à peine
après une déclaration de ses
homologues américain et allemand.
Des déclarations qui présentent
toutes les caractéristiques d’une
mise en garde. Le communiqué du département
d’Etat présente néanmoins
la caractéristique de s’adresser
directement aux forces de sécurité :
«Nous prenons acte des manifestations
actuelles en Algérie et appelons
à la retenue les forces de sécurité»,
a souligné dans un communiqué
le porte-parole du département d’Etat,
Philip Crowley.
LES
SERVICES DE SÉCURITÉ, UN OBSTACLE
AU CHANGEMENT
En
langage diplomatique, le gouvernement américain
ne fait rien d’autre que de mettre les services
de sécurité devant leurs responsabilités
et de les avertir des conséquences
qui pourraient découler de leur décision
de continuer à réprimer systématiquement
les manifestations pacifiques de l’opposition.
Connaissant leur poids dans le pays, les
Etats-Unis considèrent-ils les services
de sécurité comme un obstacle
au changement ou, au contraire, comme un
acteur en mesure d’aider à dépasser
le statu quo actuel ? En s’adressant
directement à eux, le département
d’Etat américain suggère-t-il
que le chef de l’Etat n’influe pas vraiment
sur le cours des choses ? Il est possible
aussi que le communiqué lu par Philip
Crowley est destiné à dire
aux services de sécurité de
ne pas réprimer dans le cas où
on leur demanderait de le faire. Mais dans
les deux cas, Abdelaziz Bouteflika ne semble
plus faire partie des calculs de Washington.
Cela au contraire, peut-être, des
services de sécurité qui sont
souvent encensés pour le rôle
stabilisateur qu’ils jouent dans la région.
Les Américains qui, en d’autres termes,
invitent explicitement les services de sécurité
algériens à choisir leur camp
dans cette confrontation qui oppose «la
rue» au système Bouteflika,
préviennent par la même occasion
qu’ils «soutiennent les droits universels
du peuple algérien, y compris les
droits de réunion et d’expression».
Et ces droits, disent-ils, «s’appliquent
sur internet et doivent être respectés».
Le département d’Etat a indiqué
qu’il suivrait de près la situation.
L’attitude
qu’adopteront les autorités tout
autant que les services de sécurité
durant la marche populaire qui aura lieu
samedi prochain à Alger, à
l’appel encore de la CNCD, nous permettra
de savoir dans quel état d’esprit
est actuellement le pouvoir et, surtout,
comment il a décrypté les
discours tenus sur l’Algérie par
les grandes capitales occidentales. En attendant,
les similitudes que présente la réaction
française avec les réactions
américaine et allemande renseignent
d’ores et déjà que les arguments
régulièrement brandis par
le gouvernement pour justifier le verrouillage
des champs politique et médiatique
ne sont plus pris au sérieux à
l’étranger. Pis encore, les déclarations
des uns et des autres prouvent que l’Algérie,
au plan des droits de l’homme et de la liberté
d’expression, est regardée presque
de la même manière que la Corée
du Nord ou l’Iran. Bref, pour l’Occident,
l’Algérie n’est rien d’autre qu’une
dictature dotée d’une façade
démocratique. Une façade bien
abîmée, faut-il en convenir.