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Un procès pour les droits des détenus torturés

      JEUDI 24 MAI 2007   >>     2001 | 2005 | 2006 | 2007 | 2008


       


Le verdict dans le procès de Arezki Aït-Larbi sera connu le 30 mai

UN PROCES POUR LES DROITS DES DETENUS TORTURES



© Le Soir d'Algérie | Jeudi 24 mai 2007
Rosa MANSOURI


Ce qui devait être un procès de diffamation s’est transformé hier, au tribunal Abane-Ramdane, en un procès pour les droits de l’ensemble des détenus torturés et humiliés au sein des établissements pénitentiaires algériens. Le journaliste Arezki Aït Larbi a comparu hier devant le tribunal d’Alger pour répondre des attaques pour diffamation qui lui ont été infligées par l’ancien directeur central chargé de l’application des peines au ministère de la Justice (1994), M. Abdelkader Sellat, qui a d’ailleurs été chargé par la suite de ce département.

Prisonnier politique en 1986, pour avoir été l’un des fondateurs de la première Ligue algérienne de défense des droits de l’homme, le journaliste a publié en 1994 un article sur l’hebdomadaire français l’Événement un article sur les conditions carcérales au pénitencier de Tazoult- Lambèse, où il a purgé sa peine. En 1997, le juge d’instruction a délivré un mandat d’arrêt contre Arezki Aït Larbi. Condamné par défaut à six mois de prison ferme, le journaliste ne sera informé du verdict qu’en 2006, lorsque la police bloque le renouvellement de son passeport. La situation s’est débloquée et tout semblait rentrer dans l’ordre. Le 26 avril 2007, l’affaire refait surface et le journaliste fut arrêté à l’aéroport Houari-Boumediene et mis sous mandat de dépôt. Le procès d’hier s’est toutefois déroulé en l’absence du plaignant, des représentants de la partie civile et des avocats de M. Sellat. Par ailleurs, la défense a jugé utile de faire appel à plusieurs personnalités politiques témoins des faits rapportés par le journaliste dans son article «jugé diffamatoire». Me Ali Yahia Abdenour, ex-président de la LADDH, Ali Fawzi Rebaïne (AHD 54), Aboud Arezki, ancien détenu, se sont succédé hier à la barre pour relater les conditions bestiales et inhumaines de détention. Le procès d’hier a, en effet, ouvert le débat sur la question de torture et d’humiliation dans les établissements pénitentiaires. «On a été placés dans des cellules des condamnés à mort. On a été ligotés et torturés pendant quatre jours», témoigne M. Rebaïne. «La torture est un fait avéré dans nos prisons. Même les Français n’étaient pas aussi inhumains que ces gardiens de prison qui nous ont fait subir toutes les formes de sévice et de torture», raconte Me Ali Yahia Abdenour, en affirmant avoir dénoncé à plusieurs reprises ce qui se passait dans les tôles, sans que le ministère de la Justice soit interpellé. Visiblement embarrassée par la tournure qu’a prise ce procès, la juge revenait à chaque fois à la charge pour rappeler le contexte du procès, qui est celui de la diffamation. Seulement, la défense est plus que jamais convaincue et convaincante que «le contexte dans lequel l’article incriminé a été rédigé ne peut pas être séparé des faits qui ont lieu dans la prison de Lambèse. «Mon client, de par sa profession de journaliste a dénoncé la torture par un écrit dans la presse. Il aurait pu faire un rapport et l’adresser au ministre de la Justice. Il n’avait aucune intention de diffamer », a soutenu Me Hanoune, avocat de la défense. Ce dernier a insisté sur la ratification par l’Algérie des conventions internationales pour la protection des droits humains. Succédant les uns les autres à la tribune, les avocats de la défense ont exprimé leur indignation face au silence affiché par le ministère de la Justice, concernant des faits aussi gravissimes que ceux de la torture et de l’humiliation. «Si notre justice ne traite pas cette problématique de torture au sein de nos prisons, notre devoir en tant qu’avocats et défenseurs des droits humains est d’aller plaider cette cause au sein des instances et tribunaux internationaux», a souligné une avocate. Cette dernière s’est étalée également sur l’aspect illégal des procédures d’arrestation et d’introduction du journaliste devant la cour. Elle a signalé que le dossier ne comporte aucun élément, encore moins un article du code de l’information, qui fait foi de l’existence d’une phrase diffamatoire. La défense ne comprend pas l’absence répétée de la partie plaignante, afin qu’elle apporte ses preuves sur la diffamation. Pour sa part, Me Bourayou affirme que le procès de son client est «exclusivement» politique. Selon lui, les dernières publications du journaliste dans les colonnes du Figaro, se rapportant à l’affaire Khalifa, sont à l’origine du rebondissement de cette affaire. «Sinon comment expliquer l’introduction des coupures des articles sur l’affaire Khalifa dans le dossier de mon client ?» s’interroge-t-il. Un fait également intrigant dans cette affaire effectivement c’est l’absence du plaignant. M. Sellat qui a été directeur de campagne, en 2004, du candidat à la présidentielle M. Ali Benflis, a porté dans ses valeurs celles de la liberté de la presse et d’expression. Une avancée considérable comparativement à 1994, date du dépôt de la plainte. Certaines sources affirment que M. Sellat serait gêné de comparaître devant le juge sur cette affaire. A signaler que le verdict est prévu pour le 30 mai. Le procureur général, quant à lui, a demandé l’application de la loi.


 
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