Tizi-Ouzou, Avril brisé - Site perso de Mohamed ZIANE-KHODJA

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Tizi-Ouzou, Avril brisé


       


TIZI-OUZOU, AVRIL BRISE



© Le Matin | Samedi 26 avril 2014 | 22:37
Rachid OULEBSIR


Notre fête a tourné court ce dimanche 20 Avril 2014. Les nervis déshumanisés en casques et treillis, les janissaires lobotomisés de l’ordre inique nous attendaient au seuil de l’université, à la porte fermée du savoir et de la tolérance, à la croisée empoussiérée du rêve et de la jeunesse, avec leurs fusils noirs à baïonnettes automatiques, leurs bombes lacrymogènes, leurs canons à eau huileuse, leurs gourdins bruns, leurs bottes-rangers. Nous portions des fleurs et des mots printaniers sur nos banderoles, les femmes avaient mis leurs robes aux couleurs de fruits murs. Nous scandions des slogans chauds qui déverrouillent l’avenir. Nous voulions marcher sur les sentiers libérateurs des ancêtres.

"Nous venons de remporter l’élection, ils veulent nous gâcher la fête avec leur tamazight à deux sous ! Etouffez-nous ce chahut de voyous", ont ordonné les commanditaires au service du marché international tapis dans le confort des châteaux de la corruption. Les cruels ogres en treillis qui veillent sur la rente pétrolière par tous les temps, jour et nuit sous la pluie, sous les tornades de vent de sable, sous le déluge des sauterelles, ont exécuté l’écrasement brutal de la résurrection printanière. Comme des bêtes féroces en besoin de sang, les policiers foncèrent sur nos chants, nos rires, pour abattre nos rêves, notre verbe, piétiner nos espérances et souiller nos mémoires. Le bruit des bottes devait couvrir nos chants fraternels, leurs balles en caoutchouc crever nos pupilles, les hurlements de leurs sirènes éteindre nos youyous ! La violence et la bêtise ont triomphé de l’amour sur le coup. Ils déchirèrent notre élan et nos banderoles. Ils étaient dans leur triste rôle. Ils nous marchèrent sur les corps et les cœurs, firent couler notre sang, notre sève, notre moelle ! S’acharnèrent à coups de bottes sur des corps évanouis, trainèrent sur l’asphalte des manifestants assommés arrachèrent quelques yeux, cassèrent des dents, mutilèrent chair et mères enceintes. Notre procession pacifique meurtrie s’évanouit dans le brouillard de l’effroi, sur les sentiers verruqueux de la peur, l’abîme de la douleur et le profond océan des blessures qui appellent vengeance.

Les aigles du printemps, enfants du henné et du soleil, ont été réprimés par les cerbères en képi. Des vigiles au regard torve verrouillent les clapets de l’espoir, des geôliers payés comme des janissaires suturent les fentes du rêve nubile. De piteux kabyles de service circulent fébrilement entre les palais du pouvoir et les grises prisons aux ergastules humides. Les médias aux ordres cultivent l’ocre pépinière du pourrissement éjaculant sur les solides racines des généalogies millénaires, dessinant de leur salive gluante des arborescences virtuelles qui embrouillent l’honnête combat des multitudes d’hommes épris de liberté. Nous reviendrons pour combattre le mal, nous élever contre l’odieuse humiliation des Torquemadas coloniaux ! Qu’ailleurs, on prenne les coups pour de fortes caresses, les insultes pour de simples politesses, les passe-droits pour des impôts indirects, en Kabylie de telles conduites n’ont pas d’avenir. Nous avons longuement supporté l’infortune, la privation, la misère matérielle mais jamais l’indignité ! Les saints tutélaires du Djurdjura vous interpellent : «Vous avez emporté avec nos lambeaux de chair et le sang de nos enfants sur vos armoiries, la honte et l’opprobre en trophées. Vous n’avez pas pu échapper à l’œil du monde. Un gardien providentiel de la dignité filma votre barbarie et offrit à l’univers le cruel visage de la dictature quotidienne en Algérie !»

 
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