Tahar Yami : «Matoub est toujours présent» - Site perso de Mohamed ZIANE-KHODJA

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Tahar Yami : «Matoub est toujours présent»

Kabylie > Matoub Lounès > 2012
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Tahar Yami, réalisateur, à L’Expression

« MATOUB EST TOUJOURS PRESENT »


© L’Expression | Dimanche 01 avril 2012
Aomar Mohellebi

Tahar Yami est le réalisateur de «Matoub Lounès, le combat éternel», un documentaire qui a été projeté en France il y a quelques jours et qui le sera en Algérie les semaines à venir. Dans cet entretien, Tahar Yami revient sur les raisons qui l'ont poussé à choisir Matoub Lounès mais aussi à évoquer certains souvenirs avec le Rebelle qu'il a connu et côtoyé pendant longtemps.


L'Expression: D'abord, une question s'impose d'elle-même: pourquoi avoir choisi de travailler sur Matoub Lounès?

Tahar Yami: Il y a plusieurs raisons, mais j'en citerai principalement deux. La première, c'est que Matoub Lounès était un personnage simple et complexe à la fois. Qu'on l'aime ou pas, Il suscite toujours de l'intérêt. Il était tendre et rebelle, conciliant et provocateur. C'est cette dualité qui a retenu mon attention. Pour la seconde raison, je pense que le cinéma doit impérativement lui consacrer des productions pour préserver et faire vivre son oeuvre et son parcours.

Il est évident qu'il s'agit d'une immense tâche que de vouloir cerner en 26 minutes un parcours aussi dense que celui de Matoub Lounès, n'est-ce pas?

On ne dira jamais assez sur Matoub Lounès quelle que soit la longueur du film. Bien sûr que c'est frustrant de se restreindre à un format court et être capable de présenter l'essentiel. Je pense que même avec un sujet aussi important, il faut savoir être percutant pour susciter des émotions et poser les bonnes questions. Je ne considère pas avoir été exhaustif dans mon travail sur Matoub Lounès, mais j'inscris plutôt mon film dans une démarche de contribution aux témoignages sur cette icône de la culture berbère.

Pourquoi avoir choisi d'axer votre film sur l'après-assassinat du Rebelle?

Mon film débute par l'assassinat de Matoub Lounès, le 25 juin 1998. C'était une tragédie. Sa mort a affecté toute la population et a soulevé l'indignation de la communauté internationale. Sa disparition physique dans des circonstances aussi tragiques a renforcé le sentiment d'injustice et d'acharnement déployé pour faire taire la voix du Rebelle. Bien sûr, l'effet obtenu est que Matoub Lounès est ancré à jamais dans les esprits et porté dans les coeurs de ses fans. Il est adulé pour son art et admiré pour son engagement. Son oeuvre et son action dépassent les frontières de la Kabylie. Matoub Lounès est encore plus présent aujourd'hui après son assassinat et le combat qu'il menait demeure éternel. Il est un exemple de bravoure et de rébellion qui suscite un intérêt grandissant.

Vous avez projeté votre film en France. Pouvez-vous revenir sur l'écho enregistré lors de cette séance?

J'ai fait, il y a quelques semaines à Montreuil, en région parisienne, une avant-première avec l'association franco-berbère Taferka. Le film a été présenté devant une assistance nombreuse qui a dans son ensemble apprécié le travail. Le film a dégagé de grandes émotions et a soulevé beaucoup d'interrogations au cours du débat qui a suivi la projection. Bien sûr, je n'ai pas tout dit sur Matoub et je ne prétends pas apporter une vision complète sur le personnage mais j'ai exploré juste une partie de ce monument ou du moins, j'ai posé de bonnes questions avec un bon traitement cinématographique. Le film sera également projeté le 28 avril prochain à Lyon avec l'association Tagmats dans le cadre de la célébration du Printemps berbère.

Vous avez connu et rencontré très souvent Matoub Lounès, depuis ses débuts dans la chanson jusqu'à sa grande consécration. Pouvez-vous nous raconter brièvement ce personnage hors du commun?

Oui, je l'ai connu et j'ai même eu l'occasion de le présenter lors des spectacles de l'université se Tizi Ouzou. Je citerai particulièrement le spectacle du premier anniversaire d'avril 1980 à la cité de Oued Aössi. J'ai aussi assisté en tant qu'admirateur à sa première représentation publique à la Maison de la culture en 1978. Je ne vais pas revenir dans le détail sur toutes nos rencontres mais je dirai juste pour tenter de le présenter et surtout de le définir, que c'était un personnage atypique. Il était et il demeure un grand artiste. Il maniait le verbe et la musique. Que ce soit pour son oeuvre ou son combat, moi je considère qu'il serait difficile de ne le cantonner que dans une seule catégorie. Il était plusieurs choses à la fois. Il était affectueux, généreux et déterminé. Il était tolérant et ferme, convaincu et convaincant. Il était proche des gens avec l'humilité d'un grand. Il s'est forgé dans le moule de la vie et a toujours agi, et parfois à ses dépens, pour défendre et accompagner le combat pour l'identité et les valeurs démocratiques. Il était conscient que quand l'art se met au service des idées, pour les promouvoir, son auteur se met en danger. Malheureusement, dans son sillage, il n'y avait pas que des opposants mais aussi des faucheurs qui l'ont arraché à la vie.

Il est évident que le public naturel de Matoub Lounès est en Kabylie: la projection de votre film ici est-elle envisagée?

Oui, le film a été fait pour être présenté. Je n'ai pas encore de dates mais je serai ravi de faire prochainement des projections en Kabylie et ailleurs où le public est avide de Matoub Lounès. C'est un chanteur adulé et toujours présent. Son répertoire et son image ne sont pas que des symboles mais des éléments présents dans le quotidien des gens.

Justement, en parlant de symboles, des rues et des places portent aujourd'hui son nom, en France particulièrement: s'agit-il d'une reconnaissance internationale? Avez-vous abordé cet aspect?

Oui, le film se termine par la baptisation d'une place au nom de Matoub Lounès à Bobigny, en région parisienne. Par le sens de son combat, il bénéficie de la reconnaissance de la communauté internationale. Rien qu'en France, pas moi d'une dizaine de rues, de places ou d'espaces culturels portent son nom. Il est honoré en dehors des frontières de son pays et son nom s'inscrit naturellement dans la liste des hommes qui ont oeuvré pour que les populations se libèrent du joug de l'oppression et de l'obscurantisme.

 
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