Saïd Khelil, ancien animateur du MCB : «Je doute fort qu’il y aurait une officialisation de tamazight» - Site perso de Mohamed ZIANE-KHODJA

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Saïd Khelil, ancien animateur du MCB : «Je doute fort qu’il y aurait une officialisation de tamazight»


       


Saïd Khelil, ancien animateur du MCB

« JE DOUTE FORT QU’IL Y AURAIT UNE

OFFICIALISATION DE TAMAZIGHT »



© Algérie News | Dimanche 20 avril 2014 | 23:54
Propos recueillis par Zohra CHENDER


L’ancien animateur du Mouvement culturel berbère (MCB) doute fort que le pouvoir procédera dans un avenir proche à l’officialisation de la langue berbère. Car, concède-t-il, la question identitaire est intiment liée à l’ouverture démocratique. Khelil pense que la constitutionnalisation de tamazight ne figurera pas dans le prochain projet de la révision de la Constitution. Entretien.

Algérie News :
Tous les candidats à la présidentielle sont revenus dans leurs discours durant la campagne électorale sur l’officialisation de tamazight. Selon vous est-ce une promesse électoraliste ou bien une conviction politique ?

Saïd Khelil : L’officialisation de tamazight a été soi-disant le cheval de bataille de l’ensemble des candidats en lice de l’élection présidentielle du 17 avril. Mais en réalité rien ne sera fait par ces candidats y compris par le président élu. Nous avons l’habitude de ce genre de discours qui est débité à chaque approche d’une échéance électorale. Les candidats en lice à la présidentielle ont toujours promis qu’une fois élus, ils procèdent à l’officialisation de la langue tamazight. Je pense que ce sont des promesses électoralistes et démagogiques pour gagner la confiance des électeurs. Mais ces discours ne reflètent guère la volonté de ces candidats de procéder à l’officialisation de cette langue. Il faut savoir que l’officialisation de cette langue ressort de la volonté de l’Etat. Du moment que ces candidats sont partie prenante du système du gouvernement et que l’Etat n’a affiché aucune volonté dans ce sens, ces candidats ne peuvent en aucun cas s’engager pour procéder à cette officialisation de tamazight. D’ailleurs, les résultats dérisoires enregistrés dans la Kabylie, à l’orée de l’échéance présidentielle reflètent clairement que les citoyens de la région ne croient plus aux promesses de ces candidats quant à cette officialisation.

Pensez-vous que la future révision constitutionnelle introduira tamazight en qualité de langue officielle ?

Non absolument pas. Je doute sincèrement que la prochaine révision constitutionnelle introduira tamazight comme langue officielle. Il n’existe aucune avancée démocratique dans le système du gouvernement algérien, nous ne pouvons, par conséquent, jamais parler de l’officialisation de cette langue. Par ailleurs, le système du gouvernement algérien n’a aucune volonté dans ce sens. C’est pour cette raison que je dirais que tamazight ne sera pas introduite dans la révision de la Constitution qui constitue l’un des projets majeurs du président-élu, Abdelaziz Bouteflika durant son quatrième mandat. Mais en tant que militants des années 1980 qui ont sacrifié des vies pour l’officialisation de tamazight, nous souhaiterions que le pouvoir en place officialise cette langue, après un long combat de plusieurs décennies sur cette cause identitaire.

Quels sont les effets sur des institutions, une fois que tamazight sera devenue constitutionnelle, sachant que nous sommes dans un Etat nation ?

Tout d’abord il faut savoir que l’officialisation et le développement de cette langue sont liés directement à l’appui de l’Etat. Je m’explique : Pour que cette langue se développe, il faut qu’elle bénéficie des moyens de l’Etat. Mais actuellement, tamazight se trouve dans un statut marginalisé. A cet effet, nous espérons qu’il y ait une sincérité de l’Etat en mettant en place des moyens nécessaires pour l’épanouissement de cette langue dans notre pays. Je pense que tamazight une fois officialisée, les institutions seront divisées. Pour une simple raison : En Algérie, les institutions sont entièrement liées à l’Etat et qu’elles ne représentent jamais le peuple. D’ailleurs, une fois que tamazight sera officialisée, il faut impérativement que les institutions soient neutres afin d’éviter d’éventuelles divisions parmi le peuple. Ensuite, je pense que le système du gouvernement peine à procéder à l’officialisation de cette langue parce qu’il a vraiment peur de créer une certaine division, voire une polémique dans les institutions. Puisqu’il faut savoir que l’article 1 de la Constitution stipule que l’Algérie est un Etat- nation et non pas divisé. Je profite de cette occasion de la célébration du 34e anniversaire du Printemps berbère qui coïncide avec le 20 avril de chaque année, de lancer mon appel aux autorités publiques de s’impliquer davantage pour l’officialisation de cette langue qui représente un patrimoine millénaire et à l’encouragement identitaire de cette langue.

Que pensez-vous de la lutte sur tamazight ?

Le militantisme sur l’officialisation de tamazight est toujours dans la mémoire collective et dans la subjectivité des berbères. Certes, notre militantisme sur cette cause identitaire a toujours évolué dans un climat socio-économique hostile. Mais cela n’a pas empêché ces militants de faire marche arrière, bien au contraire. Nous avons constaté que le militantisme s’en est ressenti ces dernières années. Je pense que le combat des militants sur cette cause identitaire de la langue tamazight a été dur et épuisant, notamment durant les années de difficultés où les pouvoirs publics ont décidé d’opposer violemment les militants de cette cause. Mais je dirais que ce combat continue pour faire de cette langue une question identitaire pour les berbères.

 
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