Saïd Khelil : « Il y a eu une répression indigne d’une institution républicaine » - Site perso de Mohamed ZIANE-KHODJA

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Saïd Khelil : « Il y a eu une répression indigne d’une institution républicaine »


       


Saïd Khelil. Un des initiateurs de la marche

« IL Y A EU UNE REPRESSION INDIGNE

D’UNE INSTITUTION REPUBLICAINE »



© El Watan | Mercredi 23 avril 2014 | 10:00
Hacen OUALI


Il est l’un des organisateurs de la marche du 20 Avril réprimée par les forces de police. Saïd Khelil, ancien détenu du printemps 1980, un des fondateurs du Mouvement culturel berbère, apporte son témoignage sur la journée violente qu’a connue Tizi Ouzou à l’occasion de la célébration du Printemps berbère.

Chaque année, la célébration du Printemps berbère se déroule dans le calme. Cette année, la commémoration a dérogé à la règle avec une interdiction de la marche suivie d’une répression. Que s’est-il passé exactement le 20 avril à Tizi Ouzou ?

Nous avons appelé à une marche pacifique pour célébrer dans la sérénité le 34e anniversaire du Printemps amazigh. La particularité, cette année, réside dans le fait que d’anciennes figures d’avril 1980, dont je fais partie, étaient signataires de l’appel. C’était un appel de différents courants, il y avait des camarades du MAK, mais pour une marche unitaire avec le classique itinéraire. Une ambiance de fête et de retrouvailles. Les initiateurs de la marche sont des militants identifiés, sérieux et responsables, connus pour leur intégrité. J’arrive avec un groupe d’amis, peu avant 10h, devant l’université Mouloud Mammeri, lieu de départ de la marche. Je m’aperçois que deux impressionnants dispositifs de police étaient déployés, l’un au niveau du stade du 1er Novembre, l’autre en bas de l’université. Nous étions éberlués et inquiets. Un dispositif d’une agressivité rare. Nous étions pris en sandwich. Visiblement, ordre était donné d’empêcher la manif par tous les moyens, alors qu’habituellement, les marches du 20 Avril se sont déroulées dans le calme. Avant même l’entame de la manifestation, la police est intervenue pour l’empêcher. Nous ne comprenons pas pourquoi encore et qui a donné ordre d’interdire puis de réprimer cette marche pacifique. C’est une atteinte au symbole du 20 Avril. Indéniablement, nous sommes face à une bavure policière. Nous avons vécu un 20 Avril malheureux : des militaires ont été assassinés – je m’incline à leur mémoire –, on nous tombe dessus le 20 avril alors que nous n’étions pas encore sortis du choc du 17 avril. Ce qui s’est passé est intolérable. Il y a eu un acharnement policier contre des manifestants pacifiques.

Pourquoi justement, selon vous, cette interdiction suivie d’une répression ?

Ce que nous pouvons dire aujourd’hui est qu’il y a eu une répression féroce, inhumaine et indigne d’une institution républicaine. Cela marque durablement la mémoire collective et réveille des blessures non encore guéries. Nous nous élevons avec toute notre énergie contre ce type de comportement portant atteinte à l’intégrité morale et physique de nos compatriotes. Il est évident que ce qui s’est passé incombe aux responsables sécuritaires qui ont dérapé, alors que nous avons tenté vainement de nous interposer, d’appeler à la raison, mais c’était impossible devant l’acharnement policier. C’était un déferlement de violence. Cependant, je me demande si ce dérapage a été commandité. Cherche-t-on à envoyer un message politique ? Je n’en sais rien pour le moment.

La DGSN a ordonné l’ouverture d’une enquête. Quel commentaire cela vous inspire ?

Nous avons déjà l’expérience des enquêtes lancées après des bavures commises contre des populations civiles. Personnellement, je n’ai pas confiance en cette enquête. Combien d’enquêtes ont été mises en place par le passé pour des faits encore plus graves et, au final, n’ont pas abouti ? De notre côté par contre, nous appelons à la sérénité, nous ne voulons pas que le sang coule encore. Nous allons engager des concertations entre animateurs du mouvement et acteurs politiques pour envisager la suite à donner à ce malheureux événement.

 
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