Les marches pacifiques du 20 avril à Tizi Ouzou et à Béjaïa ont dégénéré en émeutes. Qui veut enflammer la Kabylie ? - Site perso de Mohamed ZIANE-KHODJA

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Les marches pacifiques du 20 avril à Tizi Ouzou et à Béjaïa ont dégénéré en émeutes. Qui veut enflammer la Kabylie ?


       


Les marches pacifiques du 20 avril à Tizi Ouzou et à Béjaïa ont dégénéré en émeutes

QUI VEUT ENFLAMMER LA KABYLIE ?



© Liberté | Mardi 22 avril 2014 | 09:50
Mohamed HAOUCHINE


Alors qu’à Béjaïa et à Bouira, la traditionnelle marche du 20 Avril a été autorisée par les autorités locales – ou plutôt tolérée, pour reprendre le langage parfois conciliant des décideurs – il est quand même curieux et certainement regrettable que la marche populaire qui devait se dérouler avant-hier à Tizi Ouzou ait été violemment réprimée à coups de matraque et de gaz lacrymogènes. Y a-t-il quelque part volonté de mettre le feu aux poudres ?

Pourtant, comme celle de mardi dernier qui fut organisée par le RCD à la veille des élections présidentielles, cette manifestation se voulait plutôt calme et essentiellement pacifique comme elle l’a souvent été d’ailleurs ces dernières années où des milliers de citoyens de tout bord et de tout âge ont fait de cette date du 20 avril un repère historique et surtout une grande symbolique pour la revendication berbère avec tout ce que cela peut signifier comme précieux acquis, espoirs légitimes et aspirations futures, notamment en matière d’officialisation de la langue amazighe. En tout cas, de nombreux citoyens et citoyennes de Tizi Ouzou étaient surpris dimanche dernier par la tournure des événements et surtout irrités par la répression féroce qui s’est abattue sur les manifestants aux abords de l’université Mouloud-Mammeri, point de départ de la marche qui devait s’ébranler, comme chaque année, à travers les principales artères de la  ville des Genêts.

Pourtant, après la marche du RCD de mardi dernier qui fut marquée par une grande maturité et une discipline remarquable malgré toute la tension pré-électorale qui prévalait, l’on pensait que la marche du 20 Avril ne poserait aucun problème et se déroulerait comme de coutume, autrement dit sans dérapage ni incident particulier. Bien encadrée comme d’habitude et rehaussée par la présence des pionniers du combat amazigh et du Printemps berbère d’Avril 80 ainsi que de nombreux élus de la région, la manifestation avait toute la latitude de se déployer dans un cadre serein et pacifique quand bien même la célébration du 20 Avril coïncidait cette année avec la tenue de l’élection présidentielle, et ce, avec tout ce que cela supposait comme éventuels risques d’atteinte à l’ordre public. C’est certainement cette grosse appréhension des autorités locales quant à des dépassements post-électoraux qui aura pesé dans cette décision d’empêcher, vaille que vaille, la marche d’avant-hier à Tizi Ouzou, une ville qui fut quadrillée depuis les premières heures de la matinée par un dispositif sécuritaire impressionnant qui est venu nous rappeler, étrangement, le climat répressif des années de plomb qu’on croyait pourtant bien révolu. Et si de nombreux blessés ont été dénombrés à l’issue de la manif tant chez les manifestants que chez les policiers, il faut bien admettre que la situation explosive de dimanche passé qui a failli se rallumer hier au centre-ville de Tizi Ouzou aurait pu être aisément évitée si les décideurs n’avaient pas opté hâtivement pour la politique du bâton et de la brimade à défaut de lâcher du lest et de laisser libre cours à la liberté d’expression populaire.

Certes, il y eut hier un communiqué de la DGSN qui a décidé d’enquêter sur les graves dépassements occasionnés par les forces de l’ordre dimanche passé à Tizi Ouzou et filmés par les journalistes et des témoins oculaires alors que les autorités de la wilaya de Tizi Ouzou sont, enfin, sorties de leur mutisme pour "déplorer tous les incidents survenus et les dégâts enregistrés". Mais, force est d’admettre que l’on aurait pu éviter ces dépassements honteux qui auraient pu avoir des conséquences fâcheuses sur la stabilité et la quiétude de toute une région qui a souvent servi de brasier dès lors que les "alliés du diable" se mettent de la  partie. À Tizi Ouzou comme aux quatre coins de la Kabylie profonde, les citoyens s’émeuvent et s’interrogent sur tous ces dérapages, ces coups fourrés et ces manipulations douteuses qui, après les événements de Ghardaïa, auraient pu embraser dangereusement une autre région sensible du pays, la Kabylie, qui n’a que trop souffert, durant ces dernières décennies, des zones de turbulence cycliques et des élucubrations machiavéliques engendrées le plus souvent par des luttes claniques au sein du pouvoir.

 
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