Pourquoi tant de violence M. Hamel ? - Site perso de Mohamed ZIANE-KHODJA

Rechercher
Aller au contenu

Menu principal :

Pourquoi tant de violence M. Hamel ?


       


POURQUOI TANT DE VIOLENCE M. HAMEL ?



© El Watan | Mercredi 23 avril 2014 | 10:00
Ali BAHMANE


Ni voyous, ni casseurs, ni provocateurs, les manifestants du 20 avril de Tizi Ouzou n’ont fait que renouer avec une tradition datant de 1980 de célébration rituelle du Printemps berbère. Au fil des années, de tels rassemblements ont fini par être épargnés par la répression, tout au plus ont-ils été exposés à des dispersions, quelquefois musclées il est vrai. Pourquoi donc aujourd’hui des policiers se sont cru obligés de recourir à une brutalité extrême qu’internet a immortalisée par une vidéo qui a fait évidemment le tour du monde et qui pousse une nouvelle fois à aligner l’Algérie, toutes proportions gardées, sur la Libye, l’Egypte, la Syrie…

Cette interrogation est d’autant plus légitime qu’elle intervient trois jours après l’élection du nouveau président de la République dont un des slogans de campagne fut le respect du «droit à l’expression» ainsi que le respect de la «dignité humaine». Ce recours à la répression contredit également le mot d’ordre maintes fois répété du général Hamel de bannir toute violence à l’encontre des expressions citoyennes et de faire respecter par la police les droits humains. Le patron de la DGSN a certes réagi en promettant de diligenter des enquêtes ; elles sont attendues et seront scrutées avec attention par l’opinion publique. La crainte est qu’elles subissent le sort de celles ordonnées par le passé, la toute dernière sur les événements de Ghardaïa, non rendue publique, et qui s’est traduite par des sanctions mineures.

Le général Hamel est, cette fois-ci encore, mis devant ses responsabilités et face à son bilan à la tête d’une institution propulsée à la une de l’actualité : il voulait la rendre respectueuse des libertés, mais la réalité est tout autre. Pourquoi ? Lui échappe-t-elle ? Une nouvelle mission lui a-t-elle été confiée ? Même s’il ne faut pas trop se faire d’illusions, il faudrait aussi que la justice s’en mêle et s’autosaisisse le plus rapidement possible pour que la lumière soit faite sur les actes intolérables de la police. Elle doit répondre à une question unique : les actes de barbarie étaient-ils isolés et le fait de quelques individus – qu’il faudrait à ce moment-là sévèrement punir – ou étaient-ils l’exécution d’ordres venus d’«en haut» ? La thèse d’une expédition punitive contre les manifestants de Tizi Ouzou est brandie par certains partis politiques et diverses personnalités, qui parlent carrément de «représailles» contre une population rebelle. Une région qui n’arrête pas de réaffirmer son identité culturelle, revendiquant cette fois-ci l’officialisation de la langue amazighe, ne manquant pas à toute occasion de se remémorer le sacrifice de 123 de ses jeunes, fauchés par des balles assassines, au début des années 2000, lors d’affrontements sanglants entre les forces de sécurité, les archs et le mouvement citoyen.

Une région enfin qui n’a jamais nié son ancrage au sein de la nation algérienne, loin des discours de la poignée de régionalistes qui y activent, eux-mêmes diabolisés en «séparatistes», accusation suprême brandie à chaque fois que des revendications culturelles et politiques sont exprimées, que ce soit en Kabylie ou dans d’autres zones à forte densité amazighe. Si la justice et la direction générale de la police ne réagissent pas promptement et fermement sur ces douloureux événements et si les hautes autorités ne s’engagent pas à ce que les services de sécurité ne répriment plus aucune manifestation pacifique de citoyens, alors il faut s’attendre à ce que se généralise la violence, et cela dans toutes les régions du pays. Car des manifestations, il y en aura encore et de plus en plus massivement, retombée logique de la montée en puissance de la contestation politique et sociale dans le pays, dont le point d’orgue fut la dernière campagne électorale pour la présidentielle : les Algériens ont dompté la peur et appris à se servir de la rue pour porter haut, mais pacifiquement, leurs revendications de tout ordre. Les autorités politiques ne peuvent que s’adapter à cette donne. Si elles le font par l’écoute et loin de la tentation de la répression, elles contribueraient à apaiser le climat politique et public général dans le pays, actuellement dans le rouge. Cet engagement est attendu des nouvelles autorités gouvernementales à venir, mais le renoncement définitif à toute violence d’Etat doit aujourd’hui venir du président de la République lui-même et surtout figurer dans la nouvelle Constitution comme obligations auxquelles doivent se plier l’ensemble des institutions et des agents publics.

 
Retourner au contenu | Retourner au menu