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Interdiction de la marche du 20 Avril à Tizi Ouzou. Polémique sur les donneurs d’ordre


       


Interdiction de la marche du 20 Avril à Tizi Ouzou

POLEMIQUE SUR LES DONNEURS D’ORDRE



© El Watan | Mercredi 23 avril 2014 | 10:00
Ahcène TAHRAOUI


Des manifestants munis de banderoles ne pouvaient pas constituer un danger pour des escadrons de forces antiémeute bien équipés pour la circonstance. On ne méritait pas un tel lynchage !» Trois jours après la marche du 20 Avril empêchée et réprimée par les services de sécurité, Nassim, universitaire au chômage, est encore sous le choc. Envoyé à terre par un coup de matraque sur la tête, il s’est retrouvé groggy sur un lit d’hôpital. Comme lui, ils étaient une soixantaine de blessés à être admis au service des urgences dimanche dernier.

Des vidéos et des photos choquantes postées sur les réseaux sociaux et les sites internet montrent des policiers tabassant de jeunes émeutiers au moment de leur arrestation et traînant un autre. Répression inédite pour une marche de commémoration du Printemps berbère. «La première chose qui m’a surpris, c’est que cela fait 34 ans que nous manifestons pour tamazight en Kabylie sans que les marches soient interdites. J’étais impressionné par le déploiement des forces antiémeute. Normalement, c’est le wali qui réquisitionne les forces de police pour une action quelconque», analyse le docteur Boudarène Mahmoud, ancien député, présent à la marche du 20 avril.

Au lendemain de la répression, les autorités de wilaya ont nié avoir interdit la marche : «Cette supposée interdiction ne pouvait être le fait des autorités de la wilaya qui ont la profonde conviction que les revendications liées à l’histoire, au patrimoine, à la culture, à l’identité nationale et à la langue amazighe doivent être soutenues et accompagnées. Le musellement de l’expression de telles revendications légitimes relève d’une autre époque, une époque révolue.» Et d’ajouter : «Les services de l’Etat chargés de l’ordre et soucieux de la sécurité du citoyen avaient arrêté un dispositif destiné à encadrer et à accompagner les marcheurs sur le parcours à emprunter. Malheureusement, plusieurs itinéraires et points de ralliement ont été différemment proposés par des groupes de marcheurs qui n’ont pas pu s’entendre sur le choix du parcours à suivre. Les dissensions entre marcheurs ont provoqué la confusion et excité les esprits. Certaines personnes, mues probablement par des intentions inavouées, ont eu des comportements intempestifs, allant jusqu’à jeter des pierres sur des agents de l’ordre public qui avaient pour seule mission d’encadrer la marche, de la sécuriser et non de l’empêcher.»

Qui donc a donné ordre aux CNS d’intervenir pour disperser les manifestants par des tirs de gaz lacrymogènes et des coups de matraque ? Toutes nos tentatives de joindre le wali de Tizi Ouzou et la cellule de communication de la sûreté de wilaya ont été vaines. La police peut-elle agir sans le feu vert du premier magistrat de la wilaya ? Intervenant au lendemain de la répression, début mars, de la manifestation du mouvement Barakat à Alger, le général Abdelghani Hamel, directeur général de la Sûreté nationale, avait soutenu : «C’est le wali d’Alger qui a donné l’ordre d’empêcher la manifestation des opposants au 4e mandat. Je ne cherche pas après l’objet de la manifestation.» «C’est par réquisition des autorités administratives que la police est autorisée à intervenir sur le terrain», a précisé le premier responsable de la DGSN. Et de poursuivre : «Le maintien de l’ordre est du ressort de l’administration.» A ce sujet, le chef de la police avait indiqué que la gestion d’une manifestation passait par trios étapes. D’abord, «pour qu’il y ait intervention de la police, il faut qu’il y ait une réquisition», avait expliqué M. Hamel.

Pour Saïd Boukhari, animateur du Mouvement culturel berbère et l’un des initiateurs de la marche de dimanche dernier, «le dispositif mis en place par les services de sécurité n’a d’autre lecture que l’interdiction qui ne dit pas son nom ou bien le zèle du chef de sûreté de wilaya. Il n’y a pas de doute que l’interdiction n’était pas formelle. Mais se renvoyer la balle ou accuser les manifestants d’avoir commencé les hostilités ! Je dis que le dispositif mis en place est en lui-même un début d’hostilités». Il ajoutera: «Nous avons remarqué une démonstration musclée de policiers qui voulaient en découdre avec les manifestants. Pour cela, nous allons remarcher pacifiquement, comme à l’accoutumée, quelles que soient les conditions. Nous n’avons aucune intention d’user de la violence, même verbale», ajoute-t-il. Et pour ce faire, il exhorte la population à rester mobilisée afin de rejoindre «la marche et d’être plus vigilante que jamais. La Kabylie ne doit aucunement être un terrain de violence et de règlement de comptes».

 
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