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Chroniques de Mohamed Benchicou. Ne pas désespérer Bouteflika

      MERCREDI 06 AOUT 2003  >>     2003 | 2004


[...] Mohamed Benchicou est jeté en prison, non pas pour l’histoire à dormir debout des « bons de caisse », mais pour sa hardiesse de journaliste imbu de valeurs de sa profession. Chroniqueur de talent, mais aussi directeur d’un journal qui faisait toucher du doigt l’information, et voilà ! Puis, avec son livre « Bouteflika : une imposture algérienne », Benchicou était allé encore trop loin dans sa tentation du diable. Qui mieux que lui a osé tenir tête à un Bouteflika omnipotent, ainsi qu’à ses laquais, dans un pays où on prend à présent les ombres pour des réalités ? [...] De même qu'il aurait été stupide prétendre enfermer les idées, de même il est absurde de justifier l'injustifiable. La parole est liberté. Comme on dit, on chasse le naturel, et il revient au galop. [...] Le monde change constamment au gré du souffle des vents de liberté. Et plus personne ne pourra faire infléchir ce formidable élan de conscience universel à l'épanouissement, à l'émancipation... Tous autant que nous sommes, et aujourd'hui plus que jamais, nous devons maintenir vivace la flamme de ces hommes libres qui ont su dire qu'une autre Algérie est possible. Celle des libertés, des droits humains et de la démocratie. N'en déplaise aux bien-pensants, aux guardiens du Temple qui semblent d'un autre âge. Mohamed Benchicou ressortira grandi de cette injustice dont il est victime. Et il nous aura donné une leçon magistrale de liberté de dire. Donc pas seulement d'informer, mais d'opiner aussi...

Mohamed ZIANE-KHODJA, juin 2004


       


NE PAS DESESPERER BOUTEFLIKA



© Le Matin | Mercredi 06 août 2003
Mohamed BENCHICOU


En avouant à Aïn Defla qu'il souhaitait « un arrangement au sein du FLN », Nouredine Zerhouni a révélé sans subtilité le plan que Bouteflika s'ingénie à monter dans la discrétion : forcer les généraux à intervenir auprès de Benflis pour qu'il cède la place. Le ministre de l'Intérieur, élevé dans la tradition de l'arrogance et du mépris, revendique subitement sa qualité de rugbyman de la scène politique. Il n'a plus le temps de faire semblant, plus le temps de partager la sérénité surfaite de son chef, d'inaugurer les chrysanthèmes et de faire risette au public : il faut faire plier la hiérarchie militaire avant le congrès extraordinaire du FLN, les seules vraies primaires qui détermineront tout, là où sera désigné le candidat du système, donc le prochain Président. Après, et il a l'instinct animal de le penser, il sera trop tard. Soulignons au passage que c'est dans ses grands moments de désespoir que Nouredine Zerhouni enrichit l'inspiration des humoristes et libère l'imagination du caricaturiste. C'est de lui que Semmep, le dessinateur français, aurait dit que « l'ennui avec nos hommes politiques, c'est qu'on croit faire leur caricature alors qu'on fait leur portrait ». Et comment Coluche n'aurait-il pas été ravi d'entendre Zerhouni promettre à Tipaza que « les prochaines élections seront transparentes », lui qui rappelait que « le plus dur pour les hommes politiques, c'est d'avoir la mémoire qu'il faut pour se souvenir de ce qu'il ne faut pas dire ».

Eh oui, le ministre de l'Intérieur en lançant à la face du monde un énergique « Je ne démissionnerai pas ! », trahissant un secret espoir de longévité politique, venait tout bonnement de répondre à la définition de l'autre célèbre comique français, Laurent Ruquier, pour qui « les hommes politiques, c'est comme les rillettes, il devrait y avoir une date limite de vente ! ». Tout ça pour dire que, dans la bouche de Zerhouni, son « à moins qu'il n'y ait arrangement au sein du FLN » ressemble à une maladroite menace que lancerait un gamin turbulent à ses parents sommés de céder à son caprice afin d'éviter l'esclandre devant les invités. Car enfin, Monsieur le Ministre, comment en êtes-vous venus à imaginer que les généraux, invités par vous à réaliser la gravité d'une situation tragicomique, n'aient plus d'autre choix que de s'interposer entre la direction du FLN et des dobermans ? Ce serait non seulement prendre la grenouille Si Affif pour un buf du Calvados mais au-delà, ce serait surtout se prendre au sérieux dans la grande comédie du pouvoir qui se joue sous nos yeux depuis 1999. Il serait fort crédule de croire qu'un coup de gueule de Hadjar suffirait à rectifier le coup de Jarnac porté par Bouteflika à l'Armée : le mal est fait, le divorce est consommé. L'apparente apathie de l'Armée devant l'interminable rixe à laquelle se livrent clan présidentiel et pro-Benflis pour le contrôle du prochain congrès du FLN ne doit pas faire illusion et laisser présumer les amis de Zerhouni de leur capacité de nuisance. Il est encore trop tôt pour le tocsin militaire : la récréation peut durer jusqu'en automne. Les généraux ont trois bonnes raisons de ne pas se mêler dès maintenant de la foire d'empoigne qui oppose, autour du FLN, le clan présidentiel aux amis de Benflis : leur choix est déjà fait ; ils ont l'occasion de prouver qu'ils ne dérogent pas à leur nouveau rôle d'arbitre neutre ; ils craignent de désespérer Bouteflika et de le pousser à la démission à quelques mois de la fin de son mandat. Surtout ne pas désespérer Bouteflika avant 2004 ou, à défaut, avant le congrès extraordinaire du FLN.

S'il n'y avait cette intime, cette ultime appréhension, qui donc aurait dissuadé Benflis de provoquer la crise gouvernementale et parlementaire au lendemain de son limogeage ? Généraux et Président rivalisent en finasseries. Les premiers, brusquement frappés de pudibonderie politique, tiennent à décrocher enfin avec Bouteflika leur certificat de virginité : pour la première fois, un Président, civil de surcroît, sera allé jusqu'au terme de son mandat. Le second, sachant tout cela, tente, sans trop y croire, d'exploiter cette précaire posture d'enfant gâté à son avantage et pousser la hiérarchie militaire à lui renouveler le privilège de la cooptation. Que faire d'autre, dans ce pathétique jeu de pantomime, que de le laisser croire qu'il possède encore sa chance ? Surtout ne pas désespérer Bouteflika avant 2004. L'accompagner dans ses illusions et sa solitude. Un homme semble chargé du rôle du baby-sitting politique : Ahmed Ouyahia. Le Chef du gouvernement a pour mission de gagner du temps jusqu'au congrès.

Aussi entreprend-il avec zèle de faire croire au Président-candidat qu'il n'est pas tout à fait seul contre le binôme Benflis-Lamari, qu'il est à ses côtés pour une nouvelle conquête, qu'il partage son programme On ne saura jamais si, dans l'affaire, c'est Bouteflika qui a converti Ouyahia à la concorde nationale ou si c'est Ouyahia qui a pu convaincre le Président de l'urgence d'éradiquer le terrorisme. Broutilles que tous ces principes en politique. Les Algériens, déjà incrédules, en auront vu d'autres. Ils ne sont d'ailleurs en rien concernés par cette partie fine réservée à la jet-set politique algérienne. On les sonnera quand il faudra voter, « dans la transparence », pour le candidat de « leur choix ». Ainsi va le système algérien. Ainsi se prépare, sous les yeux de l'Algérie d'en bas, la nouvelle comédie électorale de 2004. Rediffusion prévue en 2009.


 
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