Matoub Lounès. Itinéraire d’un barde... (4ème Partie) - Site perso de Mohamed ZIANE-KHODJA

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Matoub Lounès. Itinéraire d’un barde... (4ème Partie)

Kabylie > Matoub Lounès > 2010
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Matoub Lounès

ITINERAIRE D’UN BARDE...  ( 4EME PARTIE )


© La Dépêche de Kabylie | Mardi 05 octobre 2010

Le 25 juin 1998 à la mi-journée, Lounès Matoub fut assassiné pas loin de son village au cœur de la Kabylie au lieu dit Tiberquqin relevant du village Tala-Bounan dans la commune de Aït Aïssi, daira de Ath Douala. Cet assassinat a bouleversé le monde entier et la Kabylie en particulier.

La population kabyle a aussitôt déferlé sur Tizi-Ouzou. Des manifestations publiques ont gagné le pays kabyle entier. Quelques heures après cet assassinat, Un cadre du RCD intervient dans les médias internationaux (comme France-Infos) pour affirmer que les assassins sont les islamistes du GIA. Nadia Matoub, son épousee a édité un petit livre sous le titre Les Dernières minutes d’un rebelle. Neuf ans après, elle a livré à travers ce témoignage, en détail, les dernières minutes vécues durant la journée du 25 juin 1998, où Matoub a été assassiné dans un guet-apens par un groupe armé non identifié. Au fond de ce témoignage, la confusion demeure sur les véritables assassins de Lounes.

Nadia Matoub et ses deux sœurs sont les seules véritables témoins de l’assassinat. A travers son témoignage bouleversant, Nadia Matoub parle de l’état d’esprit de Lounès le jour de son assassinat. Connu pour sa sensibilité exceptionnelle, il avait le pressentiment que quelque chose de grave se produirait. Ce jour là : “On s’est réveillés vers 9 h Lounès était oppressé, très nerveux, alors qu’il s’était endormi dans le plaisir que laissaient présager les semaines à venir. Mais à plusieurs reprises, il devient brusquement abattu, comme s’il affirmait un pressentiment. Il pouvait être excité, rayonnant et d’un seul coup basculer dans une angoisse indicible”, écrivait Nadia Matoub. Lors de son déjeuner à l’hôtel le Concorde de Tizi Ouzou avec son épouse et ses deux belles-sœurs “Lounès porte son costume bleu sur une chemise rose pâle ouverte. Ses admirateurs souriants l’enlacent familièrement, lui, ne parvient pas vraiment à sourire, il a l’air exténué, les traits tirés, le front moite et une lueur de désarroi dans le regard”, décrit Nadia. Après avoir offert le symbole de l’identité kabyle un “Z” berbère qu’il portait à la boutonnière, à sa femme, Matoub et son groupe, quittent l’hôtel “le Concorde” à 12h50 mn exactement.

Matoub à la rencontre de ses assassins, sous l’hymne Agheru

Aussitôt en voiture, Matoub a mis à fond la cassette de son dernier album. “Juste, après l’intersection, sur la route à deux voies, on a croisé un tracteur et peut-être deux ou trois voitures, puis, plus rien. Pas le moindre véhicule. Pourtant à l’heure du déjeuner, il y a toujours du trafic sur cette route, la principale reliant Tizi-Ouzou à Taourirt Moussa. Nous n’avons pas pensé une seconde que ce silence pouvait cacher quelque chose de suspect. Puis, d’un seul coup, un bruit insolite, comme une sourde pétarade, s’est mêlé à la mélodie, c’était la chanson “Lettre ouverte” qui passait, celle où Lounès reprend l’hymne national algérien avec des paroles à lui. Il allait dans un virage très serré, difficile à négocier, on ne peut le prendre qu’en seconde. Je portais la kalachnikov (arme à feu NDLR) de Lounès sur mes genoux” raconte Nadia Matoub. “(…) J’ai réalisé qu’on nous tirait dessus. Les salves provenaient des deux côtés de la route. J’ai ramassé la Kalachnikov pour la tendre à Lounès et au même moment, j’ai découvert que mon visage était en sang”.

Lounès n’a pas saisi immédiatement l’arme, mais a tenté de relancer le moteur alors qu’on nous tirait dessus sans interruption. “Démarre Matoub ! Démarre !” criaient derrière les belles-sœurs de Lounès. Il a jeté un regard desespéré vers l’une d’elles, car le moteur a été touché, et il savait qu’ils ne s’en sortiront pas. Matoub a pris la mitraillette et a commencé à tirer par la fenêtre vers le talus et les arbres surplombant la route. Plusieurs minutes après, Lounès tirait toujours et criait à l’endroit des jeunes filles “baissez-vous ! Baissez la tête !” Alors qu’il tentait de descendre de la voiture, un autre groupe repéré par Ouarda, l’une des sœurs de Nadia, tire. Matoub est empêché par sa femme de sortir, en pensant qu’il y a plus de chance de survivre en restant à l’intérieur. “Ouarda hurlait : “ils sont derrière ! Ils viennent !” “Je les ai vus !” répondait Lounès Matoub qui s’est mis à leur tirer dessus depuis son siège. Lounès change de chargeur, c’était la dernière image que Nadia a conservé de lui, avant de perdre connaissance. Le procès de ses présumés assassins annoncés et reporté plus d’une fois reste un évenement très attendu.
Peut-être un jour...

 
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