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Matoub Lounès interdit à la chaîne 4 amazighe

Kabylie > Matoub Lounès > 2011
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MATOUB LOUNES INTERDIT A LA CHAINE 4 AMAZIGHE ?


© Free Algérie | Jeudi 15 décembre 2011
R.N.

Treize ans après son assassinat, l'icône de la chanson kabyle engagée, Matoub Lounès, subit-elle la même censure que celle qui a frappé le grand Slimane Azem interdit par l'ex-RTA de 1965 à 1988. A La chaîne 4 amazighe, depuis son lancement en 2009, les chansons et galas de Matoub Lounès n'ont fait l'objet d'aucune diffusion...

Le 13ème anniversaire de la mort de l’icône de la chanson kabyle engagée, Matoub Lounès, au-delà de la quête de vérité sur l’identité de ses tueurs, sera marqué comme les précédents par un silence sidérant de la production artistique du chanteur interdite d’antenne à la chaîne 4 amazighe depuis son lancement en 2009. Le chantre de l’amazighité, le chanteur engagé dans le combat de liberté d’expression, est-il interdit à la chaîne 4 amazigh ? En effet, depuis son lancement en 2009, concomitamment avec la chaîne coranique, la télévision de langue amazighe qui diffuse ses programmes en kabyle, chaouie, targuie, Chenouie et Mozabite, regroupées sous "langue nationale tamazight" de 17 h à 23h, n’a consacré à ce jour aucune émission ni diffusé la moindre chanson du riche répertoire engagé de Matoub Lounès.

Gênant pour la télévision amazighe ? Pourtant d’aucuns admirateurs de Matoub Lounès s’enorgueillissent d’avoir enfin une chaîne amazighe, aboutissement logique des luttes et des revendications amazighes ? La chaîne amazighe, lancée dans la plus complète indifférence par le pouvoir qui entend en faire, un outil à sa propagande politique en langue nationale amazighe. Dans les communiqués ayant annoncé son lancement, on y lit "Le lancement de ces nouvelles chaînes entre dans le cadre du développement du secteur audiovisuel national tel que décidé par le président de la République, Abdelaziz Bouteflika".

Sous le prétexte de s’inscrire dans une « dimension nationale », son premier responsable ancien conseiller de "l’ombre" au niveau de la direction de la radio kabyle, devenue chaîne II, n’ayant pas occupé des postes "visibles", semble exclure des programmes toute particularité culturelle et linguistique qui aurait une attache directe ou indirecte à la dimension politique des revendications ayant abouti à la reconnaissance de la langue amazighe comme langue nationale et à la liberté d’expression ayant accompagné ces luttes depuis le printemps 80. Comment faire en sorte que le lancement de ses programmes et leurs contenus soient déconnectés du capital des luttes des langues et cultures amazighes et qu’ils n’aient, à l’instar de ceux des autres chaînes, aucune paternité des révoltes d’Avril 80, de la grève du cartable, du Printemps noir, des sujets tabous à l’antenne de cette chaîne. Il y a quelques mois, des animateurs et des producteurs de cette chaîne ont accusé leur direction d’ "anti-amazighe" et de fomenter " un fractionnement ethnique". L’affaire a pris des proportions telles qu’elle est sortie des revendications sur le contenu de la chaîne pour verser dans un feuilleton de faits-divers.

Versant dans un folklorisme de mauvais aloi, comme sa consoeur marocaine, la chaîne 8, la chaine amazighe du boulevard des Martyrs ne produit pas d’émissions, si ce n’est quelques tables rondes sans intérêt, au discours fades et redondants. Pour promouvoir la langue amazighe, la télé a recours au doublage de films algériens classiques, tournés en langue arabe populaire plus proche des algériens que ne l’est la langue amazighe ésotérique utilisée. En effet, doubler en tamazight les propos colorés d’une Biyouna ne frise-t-il pas le ridicule ? Les films d’expression amazighe, comme "La colline oubliée" de Bouguermouh, "Si Mohand, l’insoumis" de Liazid Khodja et Rachid Benallal n’y ont pas la côte et n’ont pas fait l’objet d’émissions-débats avec leurs réalisateurs, producteurs et acteurs. Les boites de communication privée qui signent des contrats à « tout-va » avec les responsables de la chaîne ne sont soumises à aucun contrôle, ni à aucune exigence sur la qualité du produit remis.

Dans ce contexte de "pourrissement avancé", toutes les figures emblématiques des luttes amazighes en Algérie sont interdites d’antenne et ce dans l’indifférence générale. Ainsi, depuis sans lancement en 2009, alors que la Kabylie et d’autres régions du pays marquent l’anniversaire du Printemps 80, la chaîne envoie ses quelques reporters en Kabylie pour couvrir les fêtes de l’Achoura et autres zerdas de quelque zaouia. L’affaire Matoub passe à la trappe et aucune de ses chansons n’a été diffusées à ce jour, ne fut-ce qu’en fond sonore. Si des célébrités comme Lounis Aït Menguellet, Akli Yahiathène et d’autres artistes du nouvel underground de la chanson kabyle festive y font des apparitions lors de la retransmission de leur gala, le chantre du combat, de la revendication amazighe, de la liberté d’expression et d’opinion, l’auteur de "Qassamen" , inspiré de l'hymne national revu et corrigé et de "Lettre à… " n’est pas cité et fait l’objet de censure inavouée, avec les mêmes méthodes ayant interdit le grand Slimane Azem des ondes de l’ex-RTA de 1965 à 1988.

Les rares fois où Matoub Lounès acceptait une invitation à la radio, c’est une mobilisation quasi militaire des responsables qui l’accueillait et bien souvent l’animateur en charge de l’émission subissait la colère de la direction pour tel ou tel propos tenu par Matoub en cours d’émission. Si le répertoire de Matoub Lounès est inscrit à la phonothèque de la radio, celui-ci subit néanmoins des "coupes" sur certaines chansons jugées licencieuses et qui sont carrément retirées du répertoire "officiel" du chanteur…

 
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