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Matoub Lounès assassiné

Kabylie > Matoub Lounès > 1998
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Le héraut de la culture berbère et de la laïcité est tombé sous les balles des intégristes

MATOUB LOUNES ASSASSINE


© l'Humanité | Vendredi 26 juin 1998
Hassane ZERROUKY


LOUNES MATOUB, quarante-deux ans, le héraut de la culture berbère, de la laïcité et de la démocratie, a été assassiné hier à la sortie de Tizi Ouzou vers 13 h 40. Le chanteur venait de déjeuner dans un restaurant de la capitale kabyle. Il se rendait chez lui à Beni Douala dans la montagne kabyle, avec son épouse et ses deux belles-soeurs, lorsque leur voiture est tombée dans une embuscade. Celle-ci avait été dressée par un groupe du GIA à 20 km de Tizi Ouzou, au lieudit Taourirt Moussa sur les hauteurs de Tala Bounen, entre Oued Aïssi et Beni Douala. Le chanteur est mort sur le coup. Son corps a été transporté à l’hôpital de Tizi Ouzou. Son épouse a été grièvement blessée et, selon un communiqué, des services de sécurité algériens, elle serait hors de danger. Ses deux belles-soeurs blessées légèrement sont gardées en observation à l’hôpital.

Le chanteur tué dans une embuscade

Les terroristes, dont on ignore le nombre, ont rapidement pris la fuite dans la montagne. Nouredine Aït Hamouda, député du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), fils du colonel Amirouche, héros de la guerre d’indépendance, a vivement réagi sur la chaîne LCI. Pour lui, l’assassinat a été signé par le GIA : "Il n’y a pas de doute sur ceux qui tuent. Nous les connaissons. Nous avons été avec eux sur les bancs de l’école." Et d’ajouter que, depuis son mariage, le chanteur ne voulait plus d’une garde rapprochée. Selon le parlementaire, "le groupe terroriste avait repéré sa voiture quand il descendait de son village vers Tizi Ouzou. Ils l’ont attendu pour l’assassiner". Et pour Malika, la soeur du chanteur, interrogée par France 3, "la question ne se pose pas. Ce sont les islamistes. C’est le GIA".

Matoub Lounès se savait condamné et, pourtant, il empruntait la même route pour se rendre de Ben Douala à Tizi Ouzou. Sans se cacher. Résidant en France depuis la fin de 1995, il était actuellement en vacances en Algérie. Il s’y trouvait depuis une quinzaine de jours. Les tueurs ont donc prémédité ce meurtre. Lounès Matoub était connu. L’homme ne pouvait passer inaperçu. Il ne pouvait se déplacer dans les rues de Tizi Ouzou et de ses environs sans être accosté par les habitants, notamment les jeunes.

Sa mort a plongé les habitants de Tizi-Ouzou dans une profonde émotion tissée de consternation et de colère. Dans la ville, règne une grande tension, plusieurs milliers de personnes sont venus aux nouvelles. De nombreux attroupement d’où fusent des cris de colère, dénonçant l’intégrisme et fustigeant le pouvoir. La révolte est telle dans cette métropole de plus de cinq cent mille habitants, que des manifestations spontanées peuvent éclater à tout moment. Au bureau régional du RCD, les militants avaient du mal à s’exprimer, tant leur émotion était forte. "C’est une terrible tragédie", a déclaré l’un d’entre eux à "l’Humanité".

Cet assassinat a été commis dans une période d’accalmie relative. Plusieurs groupes du GIA ont été décimés récemment dans la banlieue est d’Alger. Layachi, bras droit d’Antar Zouabri, chef du GIA, a trouvé la mort à Bab Ezzouar (banlieue d’Alger) à la fin du mois de mai. Récemment, c’est Mohamed Ouahab, le bras droit de Hassan Hattab rival de Zouabri, qui a été abattu à Mohamedia, dans la banlieue d’Alger. Devant les pertes subies, le GIA a réagi par une série d’attaques contre des hameaux près de Médéa, au sud d’Alger et dans l’ouest d’Alger. Hassan Hattab se profile derrière l’assassinat du chanteur. Le chef terroriste cherche à prendre le contrôle du GIA pour le compte de la fraction la plus radicale du FIS. Le rayon d’action de Hattab s’étend précisément de Boumerdes, à 40 km à l’est d’Alger jusqu’en Kabylie. Par cet acte, Hattab a cherché à faire taire un homme qui symbolise la résistance au fascisme islamiste.

Il a été déjà enlevé en 1994

Rappelons que Lounès Matoub avait déjà été enlevé le 25 septembre 1994. Il n’avait dû sa libération, le 9 octobre 1994, qu’à la formidable mobilisation populaire des habitants de Tizi Ouzou et de la région. Derrière l’enlèvement, Aït Ziane, chef du GIA de la région kabyle, abattu en novembre 1995 à Tizi Ouzou. Le chanteur a raconté dans son livre, "Rebelle", paru aux éditions Stock, les circonstances de son enlèvement par le GIA. Un ouvrage qui a donné lieu à lieu à une polémique particulièrement sinistre : le chanteur ayant été accusé d’avoir organisé son propre enlèvement. Les quotidiens "Libération" et "le Monde", qui s’étaient fait l’écho de ces insinuations, ainsi que le chanteur Ferhat, avaient été condamnés par le tribunal de Paris, pour diffamation à la suite d’une plainte déposée par Matoub. Alors que le poète était séquestré par le GIA, Djaffar el Houari, membre de "l’instance exécutive du FIS à l’étranger" de Rabah Kébir, déclarait sur Radio Beur : "S’il est du même genre que Saïd Sadi, il est tout à fait clair que je n’appellerai pas à sa libération".

Quelque temps après sa libération, Matoub Lounès avait affirmé : "Je continuerai mon combat jusqu’à l’ultime seconde de ma vie". Et récemment encore il avait dit : "Je suis de la race des guerriers. Ils peuvent me tuer mais ils ne me feront jamais taire. Je préfère mourir pour mes idées que de lassitude ou de vieillesse".

 
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