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Lounès, l’éternel …

Kabylie > Matoub Lounès > 2011
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Grandiose commémoration du 13eme anniversaire de l’assassinat de Matoub

LOUNES, L’ETERNEL ….


© La Dépêche de Kabylie | Dimanche 26 juin 2011
Omar Zeghni

Treize ans depuis son ignoble assassinat, Lounes Matoub est toujours présent dans les cœurs. Hier, date anniversaire de sa tragique disparition, des milliers de jeunes ont fait le déplacement à Taourirt Moussa, à son domicile, qui abrite la fondation qui porte son nom. Le 25 juin de cette année a été particulier de l’avis de tous les observateurs eu égard à la forte mobilisation.

Hier, on n’entendait que la voix de Lounes. Le Rebelle avait raison de chanter un jour " D idurar ay d lâamriw… " Car ses montagnes ne l’ont jamais oublié. Loin des " fièvres " folkloriques, des " cérémonies " ostentatoires et des " m’as-tu vu ? " de ceryains politiciens égocentriques, des jeunes, venus des différentes régions du pays, se sont recueillis sur la tombe de Lounes , histoire de rester fidèles à son combat et de dire l’attachement à celui qui fut le symbole de la sincérité et de l’engagement sans faille .

Les chemins qui montent vers le paisible village de Taourirt Moussa étaient, hier, bondés de monde. Il était presque dix heures quand nous prenions le chemin qui mène vers les Ath Douala. l’anniversaire de l’assassinat de Matoub Lounes, le chantre de l’amazighité, mobilise toujours en Kabylie car qu’on le veuille ou non, l’ambiance vécue, hier, dans cette région qui a vu défiler sur ses routes des citoyens venus des quatre coins du pays, rappelle les grands moments de la mobilisation citoyenne. Premier constat, treize ans après son lâche et ignoble assassinat, Matoub continue d’éclairer le chemin du combat des libertés et de la démocratie, semé d’embûches et traversé par moult trahisons.

Pour commémorer la date anniversaire de l’assassinat du rebelle, des jeunes et moins jeunes, des citoyens de différents ages, habitants différentes régions sont venus se recueillir, comme chaque année, sur la tombe de celui qui fut et reste, d’ailleurs, l’incarnation de l’engagement sincère pour le triomphe du combat identitaire de générations de militants mais aussi pour faire jaillir la lumière de la démocratie et de la laïcité dans son sens le plus noble. Il faut dire qu’à l’occasion, le CW 100 reliant le chef lieu de wilaya de Tizi Ouzou à la région des Ath Douala, a connu une circulation dense. Des véhicules immatriculés 10, 42, 06, 25, 15 ; 35 ; 16 et autres, représentants d’autres wilayas du pays, ont emprunté ce chemin sous le signe de l’hommage à celui qui s’est donné corps et âmes à la Kabylie. Les chansons de Lounes n’ont d’ailleurs pas manqué de fuser de partout, " je suis venus tôt ce matin car pour moi c’est important d’être présent aujourd’hui à Taourirt Moussa. Nous avons, à chaque fois, marqué l’événement avec d’autres citoyens de la ville d’El Esnam. Je pense que cette année l’affluence est grande et c’est tant mieux pour le combat pour lequel Matoub s’est sacrifié ", nous dit, spontanément, Samir venu de la wilaya de Bouira à la vue des dizaines de véhicules qui passaient. Arrivés à Tala Bounane où Lounes fut assassiné un certain 25 juin 1998, une foule immense se recueillait déjà sous les mélodies insidieuses d’Aghuru. Un tube qui transpose l’auditeur vers les cimes de la réflexion et provoque un sentiment de colère au milieu de toutes les compromissions constatés et que, comme nous le dit d’ailleurs Madjid de Bejaia, seule la présence de Lounes aurait pu stopper, ou du moins ralentir, la propagation.

Nna Aldjia ainsi que Malika, qui revenaient pour la énième fois sur les lieux du crime qui a coûté la vie à l’un des enfants les plus cher à la Kabylie, étaient visiblement très émues et avaient, comme tous les présents, beaucoup de peine à cacher leur émotion. La minutes de silence, en hommage au rebelle, a été vécue comme une éternité, tant la tristesse soufflait sur les lieux et emportait tous ceux qui ont fait le déplacement à Tala Bounane vers les horizons de la méditation sur cet acte ignoble.

Les gerbes de fleurs déposées sur les lieux, la délégations prenait ensuite la destination de Taourirt Moussa, village natal de Lounes où attendait, déjà, une foule immense de citoyens. Il y avait beaucoup d’étudiants, notamment ceux de Bejaia. Samir fera savoir que la mobilisation des jeunes s’est faite aussi via Internet notamment sur les réseau sociaux , face book en particulier , où de nombreux groupes se sont constituer afin de rendre hommage au rebelle .Arezki, notre accompagnateur fera remarquer, au moment où nous empruntions le dernier virage qui donne sur Taourirt Moussa Ouamar, que le 25 juin de cette année revêt un caractère spécial, tant la mobilisation était palpable, " je sens une formidable prise de conscience, notamment chez les jeunes. Je pense que cette année, la forte présence des citoyens est un signe de cette nouvelle vague qui arrive et qui perpétue les traditions de lutte " dira-t-il.

Seul mot d’ordre, la vérité sur l’assassinat de Lounes !

Au cour de la cérémonie de dépôt de gerbe de fleurs sur la tombe de Lounes, nous avons remarqué la présence d’acteurs politique, à l’image des responsables de la fédération du FFS à Tizi Ouzou, des figures du mouvement des âarchs, des militants du MAK et autres militants d’associations, mais, aussi et surtout, de nombreux jeunes venus rendre hommage au rebelle. Dans la déclaration lue par Malika Matoub, présidente de la fondation Matoub Lounes, l’accent a été mis autour de la nécessité de faire toute la lumière sur son assassinat " treize ans après l’assassinat de Lounes Matoub, nous ignorons les circonstances de ce meurtre. La famille et la fondation Matoub ne cesse de demander à l’instance judiciaire de faire une enquête qui répondra aux normes de droit ". Plus explicite, Malika Matoub indiquera qu’il s’agit de la " reconstitution des faits, l’étude balistique et l’audition des témoins et des acteurs politiques de l’époque " et d’ajouter : " aujourd’hui, nous disons à ceux qui veulent fermer le dossier Matoub avant la fin de l’année judiciaire, que ce dossier n’est pas encore ouvert …nous demandons, en dernier recours, avant toute autre action, au premier magistrat du pays, à qui le pouvoir est donné, d’établir la lumière sur cette sombre affaire " conclut t-elle. De son coté Nna Aldjia, la mère de Lounes, appellera à l’union et rappellera que " l’enquête sur l’assassinat de Lounes doit être la priorité de toute la Kabylie ". Le représentant du comité de village de Taourirt Moussa, ainsi que le maire de Beni Aïssi abonderont dans le même sens. Malika n’a pas, dans la foulée, omis de remercier tous ceux qui ont contribué à la réussite du programme de commémoration, " les jeunes du villages qui ont été à la hauteur, le maire de Beni Aïssi qui nous a aidés, la direction de la culture, le mouvement associatif, notamment l’association Tagmats de Lyon et l’association franco-kabyle, mais aussi tous les citoyens qui ont tenu à marquer leur présence aujourd’hui parmi nous. " nous dit la sœur de Lounes Matoub.

Mobilisation des grands jours, absence des politiques et des autorités locales

Hier, l’ambiance à Taourirt Moussa était tellement animée par les majestueuses prestations des artistes, chanteurs et peintres notamment, que personne ne s’empêchait de penser aux moments phares de la mobilisation citoyenne en Kabylie. Venu d’Alger, Dda Arezki ne cache pas, comme tous les présents, son émotion et sa fierté de voir, enfin, les jeunes se réapproprier le combat et perpétuer la mémoire de Lounes, " la rencontre de plusieurs générations autours de l’œuvre, de la mémoire et des idéaux de Lounes constitue, non seulement, une satisfaction mais un acquis. C’est que même mort, Matoub rend service à la Kabylie ", nous confie-t-il. Nous avons, par contre, relevé l’absence des artistes de renoms, de même que les acteurs, hauts responsables, des partis politiques. Les autorités locales d’Ath Mahmoud ont également brillé par leurs absences puisque même durant les préparatifs, c’est le maire d’Ath Aissi qui a porté aide et assistance à la fondation. Pour la journée d’Aujourd’hui, la section locale du FFS à Tizi Ouzou organise une conférence débat autour du thème " Lounes Matoub, chanteur engagé et chantre de la revendication culturelle, linguistique et identitaire Amazigh ". la rencontre sera animée par Malika Matoub, sœur du rebelle et présidente de la Fondation Lounes Matoub, M. Farid Bouaziz, 1er secrétaire fédéral du FFS et par M. Mostefa Bouchachi, président de la Ligue Algérienne de la Défense des Droits de l’Homme. Durant la matinée de ce Dimanche, un rassemblement devant la cour de justice de Tizi Ouzou se tiendra à l’appel de la fondation Matoub Lounes pour demander la " vérité sur l’assassinat du Rebelle ". Treize ans après l’assassinat, le rebelle mobilise toujours. Au delà de tous les balbutiements qui soufflent sur les braises du combat, des doutes qui s’emparent des luttes citoyennes, Matoub reste un monument . Pour la jeunesse qui l’écoute et l’adule, il le symbole de l’incorruptibilité qui devra guider tous ceux qui assument leurs appartenance à la génération de militants.

 
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