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Le MAK à Illoula-Oumallou et Naciria


       


LE MAK A ILLOULA-OUMALLOU ET NACIRIA



© Tamurt Info | Mardi 29 avril 2014 | 12:36
Saïd TISSEGOUINE


Pour le président du Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie (MAK), Bouaziz Aït-Chebib, l’heure n’est pas encore au repos malgré le calendrier, pourtant très chargé, largement honoré. En effet, le premier responsable du MAK a effectué hier un périple l’ayant conduit dans la matinée à Illoula-Oumallou et dans l’après-midi à Naciria (Boumerdès). Concernant la première localité nommée, la mission de Bouaziz Aït-Chebib était d’honorer de sa présence, et ce naturellement en sa qualité de président du MAK, la commémoration du 12ème anniversaire de l’assassinat du jeune Meziani M’henni par les gendarmes, événement préparé et élaboré par le comité lycéen du lycée portant le nom du martyr "Ammar Khodja Mehenna" d’Illoula-Oumallou.

A son arrivée sur les lieux de la commémoration, c’est-à-dire dans l’espace même de l’établissement éducatif, la conférence, qui était animée par le Pr Saïd Doumane, de l’université Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou, sur le mouvement du Printemps I980 et ses conséquences touchait presque à sa fin. Quelques instants plus tard donc, le conférencier déclara l’ouverture des débats et sa disponibilité à répondre à toute question venant de l’assistance, et ce dans l’esprit naturellement de faire la lumière sur une éventuelle zone d’ombre. A ce moment justement, un jeune lycéen prit le micro et posa deux questions que même le conférencier reconnut « difficiles ». Cela veut dire donc « pertinentes ». La première avait trait à la défaillance de certains animateurs du Printemps 1980 survenue plus tard. Le jeune lycéen a utilisé le terme « trahison ». La seconde a porté sur l’affaire de la Grève du cartable. Dans sa réponse à la première question, le Pr Saïd Doulmane n’a aucunement parlé de trahison. Il nous expliquera plus tard en aparté qu’il ne voulait pas décourager les futurs portes-flambeau de la Kabylie. « Bien sûr qu’il y a eu des éléments qui ont trahi la cause », nous avoua le conférencier dans un chuchotement à l’oreille. S’agissant de la seconde réponse, le Pr Saïd Doulmane se montra encore peu explicite. Il a voulu se montrer indulgent à l’endroit de tous les acteurs de la Grève du cartable et, du coup, a mis presque sur la même balance Ferhat M’henni que les autres.

C’est pourquoi Bouaziz Aït-Chebib, qui maîtrise à la perfection ce dossier portant sur la Grève du cartable, a décidé d’intervenir. Il décortiqua ce dossier. L’assistance, très nombreuse, apprit même le coup diabolique de la chaîne de télévision algérienne à l’endroit de Ferhat M’henni. Lors de son intervention télévisée, Ferhat M’henni a d’abord posé ses conditions quant à la reprise du chemin de l’école. Lors de l’opération de montage du produit filmique, les techniciens, probablement des agents de l’ex-Sécurité Militaire, ont coupé le passage portant sur les conditions de reprise pour ne garder que « nous reprendrons l’école ». Par ce stratagème diabolique, les téléspectateurs ont naturellement compris que Ferhat M’henni a appelé à la reprise de l’école ; ce qui était complètement faux. Bouaziz Aït-Chebib a expliqué aux lycéennes et lycéens de l’établissement "Ammar Khodja Mehenna" d’Iloula-Oumallou que Ferhat M’henni a apporté un démenti sur les ondes de radio chaîne 2 mais beaucoup ne l’ont pas entendu et beaucoup d’autres ont feint de ne pas l’entendre. Par ailleurs, le président du MAK a expliqué à l’assistance les enjeux politiques d’alors et qui étaient justifiés pour certains par les élections présidentielles d’alors.

De même, Bouaziz Aït-Chebib a saisi cette occasion pour expliquer à l’assistance qui écoutaient religieusement que non seulement les enfants de Ferhat M’henni ont raté leur année scolaire comme tous les enfants de Kabylie mais qu’il y avait aussi les conditions qui ont contraint Ferhat M’henni à faire fuir sa famille en France. Il s’agissait effectivement pour Ferhat M’henni de mettre sa famille à l’abri d’un danger réel. Le dilemme était de faire fuir sa famille ou l’exposer à une mort certaine car les menaces à ce moment là étaient vraiment sérieuses. Donc, Ferhat M’henni a agi comme n’importe quel père de famille à travers le monde entier aurait agi. Le talon d’Achille de tout homme est sa progéniture. L’assistance a très bien compris cette leçon d’histoire contemporaine de Bouaziz Aït-Chebib. Et pour preuve, il fut remercié par des ovations et des cris « vive Ferhat M’henni ! ». Quant à la question qu’il posa directement au conférencier est la suivante : « Ne pensez-vous pas qu’une langue a besoin d’un Etat pour son développement ? » Le Pr Saïd Doulmane répondit que oui. D’ailleurs, auparavant il fit entendre que qu’avec seulement un statut de langue nationale ou officielle, l’avenir de tamazight n’est pas garanti. « Dans ce cas, intervint encore Bouaziz Aït-Chebib, ne trouvez-vous pas que tamazight a besoin d’un Etat kabyle ? » « Pourquoi pas un Etat », répondit le conférencier. Et il poursuivit : « la question portant sur un Etat kabyle n’est pas tabou. Toutefois, il faut lancer au préalable un débat sur cette question ». Sur ce, la conférence prit fin. C’est aussi le moment de se rendre au Carré des Martyrs où repose le défunt Meziani M’henni. Cependant, avant d’ordonner le coup d’envoi de la marche, les invités d’Illoula-Oumallou furent inviter à une collation. Celle-ci – il faut bien le souligner – a été faite avec l’argent des lycéennes et lycéens de l’établissement éducatif "Ammar-Khodja Mehenna" d’Illoula-Oumallou.

S’agissant de la procession, force est de reconnaître qu’elle mérite d’être inscrite dans les pages d’histoire de la Kabylie. En carrés bien ordonnés, les manifestants se sont lentement dirigés vers le lieu énuméré ci-dessus (le Carré des martyrs). Les slogans ont été nombreux. Certains ont été hostiles au pouvoir et d’autres pour mettre en valeur la Kabylie et ses héros. Et d’autres encore pour rappeler que la Kabylie est kabyle et non arabe. Arrivés à destination, un groupe de filles déposa les gerbes de fleurs sur la tombe du Martyr Meziani M’henni, fauché par une balle criminelle un certain 28 avril 2001. Le défunt n’avait que I9 ans. Il était en 3ème année secondaire et se préparait à affronter les épreuves du baccalauréat. Après le dépôt des gerbes de fleurs, les pèlerins et pèlerines ont observé une minute de silence en sa mémoire. Ensuite, il y eut une prise de parole laquelle a été assurée respectivement par le président de l’APC d’Illoula-Oumallou, le président du comité lycéen "Ammar-Khodja Mehenna", Farès Meziani, Bouaziz-Aït-Chebib et Larvi Tayeb. Chacun des intervenants a pu rendre un vibrant hommage au défunt et rappelé avec vigueur la noble cause pour laquelle le martyr, à l’instar des 127 autres, a donné sa vie. Le président du MAK a démontré que les 128 personnes tuées lors de ce printemps 2001 sont bel et bien des martyrs, contrairement à la thèse du régime d’Alger qui ne les reconnaît pas comme tels mais considérés seulement comme des « victimes ». « Ils ont affronté d’une façon délibérée et réfléchie les balles meurtrières des gendarmes et non pas qu’ils ont été touchés accidentellement par des balles », a insisté le président du MAK.

Quant au premier magistrat de la commune d’Illoula-Oumallou, suite à une question qui lui a été posée par le jeune Farès Meziani et portant sur la non baptisation de la bibliothèque communale au non du Martyr Meziani M’henni, il a expliqué que les élus APC ont voté une délibération allant dans ce sens mais a été refusée par la tutelle. A notre question de savoir quelle autorité exactement a rejeté cette délibération suggérant que la bibliothèque communale soit baptisée au nom de Meziani M’henni, le Président d’APC répondit que c’était la daïra. La question qui reste posée est de savoir si c’est ce refus est venu de la simple autorité du chef de daïra où il n’a fait qu’exécuter un ordre venu d’en-haut. Il est connu cependant que les responsables civils à l’échelle régionale ne sont que de pauvres agents exécutifs. A parier donc que c’est Alger qui n’a pas voulu rendre justice à la mémoire du Martyr car baptiser un édifice public en son nom c’est le reconnaître officiellement comme un Martyr. Chez le peuple kabyle, cette question est tranchée depuis l’année 2001.

Concernant la deuxième partie de la mission du président du MAK, qui, devons-nous rappeler, l’a conduit jusqu’à Naciria, elle a été traduite par une visite auprès d’un blessé nommé Kamal Belkacemi. Celui-ci souffre d’un traumatisme cérébral à la suite de coups que les policiers lui ont infligé le 20 avril dernier à la tête. Dès le lendemain, ont témoigné son père et ses amis, Kamel Belkacemi fut sujet à de terribles hallucinations. « Il croit, témoigne son père, qu’une bombe est collée à son ventre et prête à exploser sur lui ». Selon son paternel et ses amis, les signes du début de la crise se manifestent ainsi : la victime se bouche les oreilles d’abord avant de pousser un râle indiquant la « bombe prête à exploser sur lui. La crise frappe la victime à n’importe quel moment de la journée ou de la nuit, avons-nous appris auprès de nos interlocuteurs. Bouaziz Aït-Chebib, après avoir reçu toutes les explications dont il avait besoin a rassuré aussi bien la victime que son père qu’ils jouiront de toute l’aide nécessaire de la part du MAK. Le premier responsable du MAK leur a même déclaré la disponibilité du MAK à leur indiquer une compétence psychiatrique pour assurer le suivi médical. Notons enfin que la victime, âgée de 24 ans, était en 4ème année à la faculté de psychologie de l’université Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou.

 
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