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La femme dans la chanson de Matoub

Kabylie > Matoub Lounès > 2006
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8 mars

LA FEMME DANS LA CHANSON DE MATOUB


© La Dépêche de Kabylie | Mercredi 08 mars 2006
Aomar Mohellebi

Matoub Lounès a représenté la femme dans ses textes sous plusieurs facettes. Dès ses débuts, Matoub a chanté la femme. Ses textes ont évolué jusqu’à atteindre le summum dans son dernier album où il dénonce avec une rare virulence, la soumission de la femme.

Pour Lounès Matoub, la femme, c’est d’abord la mère. Comme tout grand poète, le Rebelle a régulièrement mis en relief la place que requiert la mère dans sa vie. Au tout début de sa carrière phénomènale, il a composé une chanson sur l’exil. Dans celle-ci, il fait appel à la mère car étant loin de sa terre natale, c’est elle qui lui manque le plus. En s’adressant à sa mère, le poète parle de sa propre douleur mais surtout de celle de sa mère à laquelle il prédit l’état dans lequel l’endurance de l’éloignement ne manquera pas de la mettre. En mariant deux thèmes très sensibles en pays kabyle, l’exil et la mère, Matoub a réussi à composer une chanson très émouvante, en dépit de la simplicité de l’orchestration musicale. Dans cette chanson, Matoub démontre que sa voix à elle seule peut émouvoir le mélomane jusqu’à le faire pleurer. Dans Azru l’aghriv aussi, l’affliction de la mère est déclamée. La chanson est présentée sous forme de dialogue indirect. Le fils, parti en guerre, hante l’esprit de la maman, livrée à la mélancolie et à l’esseulement. Une très belle musique sert de support à ce long poème douloureux. La mère ignore si son fils est toujours vivant ou bien, si la mort l’a fauché comme cela fut le cas de plusieurs autres combattants. Le doute et l’incertitude donne lieu à toutes les conjectures possibles. Dans l’imaginaire de la femme, son fils lui parle mais s’imagine le pire des dénouements à sa longue expectative. Son fils lui dit qu’il aurait été préférable qu’elle continue d’ignorer son sort que de savoir que son fils va mourir sans qu’elle n’ait la possibilité de le voir pour une dernière fois. L’attachement à la mère est très vigoureux, ceci confirme que le personnage de cette histoire est très jeune. Aucune allusion n’est faite, ni à l’épouse ni aux enfants. La mère prend donc toute la place dans le cœur du jeune homme. A la fin, Matoub révèle qu’il s’agit d’un combattant durant la guerre de Libération algérienne.

Le thème de la mère préservera une place prépondérante dans l’œuvre matoubienne. En 1988, Lounès compose un autre texte parlant d’un jeune de trente ans qui semble avoir raté sa vie. En faisant le bilan de son parcours, il dresse un tableau noir. Il culpabilise sa mère à laquelle il reproche de lui avoir donné naissance ou bien même de ne pas s’être débarrassé de lui à sa naissance. Le poète se ressaisit juste après pour conjurer sa mère de lui pardonner son dérapage car n’étant en rien responsable de sa déchéance. La mère reviendra avec plus de force et de prégnance dans l’album de 1994. Deux chansons lui sont consacrées. Dans la première, il s’agit de l’histoire d’un homme qui a perdu sa mère. Ici aussi, Matoub utilise le dialogue. Bien que morte, la mère parle à son fils. Elle l’implore de prendre soin de sa sœur et de ne pas trop en vouloir à son père. Mais le fils est inconsolable. Que peut-on dire à quelqu’un qui perd sa mère pour le réconforter ? L’affliction est profonde. Le fils va jusqu’à prédire que même le jour de son mariage, il ne ferait pas de fête puisque sa mère ne sera pas présente. Ou bien la peur d’emprunter la route de la fontaine car en croisant les autres femmes, c’est le visage de sa mère qu’il verrait. La métaphore la plus forte dans ce texte est celle où le poète dit que, de douleur, il pleurera sur sa mère ; avec ses larmes qui seront torrentielles, les roses vont éclore même en pleine sécheresse. Dans le même album, Matoub a composé un texte dont le refrain est un cri du cœur à la mère, “Ayemma yemma”. Le fils qui traverse des moments difficiles, ne trouve aucun soutien. Le seul qui aurait pu être à même de combler sa peine est celui de sa mère. Même cet appui, il ne l’a pas trouvé. Le chanteur appelle sa mère et lui demande où elle est passée ? Aucun répondant à ses appels. La mère est-elle morte dans ce cas aussi, ou bien existe-t-il d’autres raisons ? Le mal est tellement ancré que même sa mère n’y peut rien. Les images utilisées ici sont celles du rôle que joue sa mère dans l’enfance en particulier. Le message de Matoub consiste à dire qu’on ne peut pas se passer de sa mère, quel que soit son âge. Dans plusieurs autres poèmes, notamment ceux d’amour, la mère est aussi là. Dans l’album El Mehna, une chanson d’amour est intitulée A yemma. Suite à une grande déception sentimentale, Lounès se dirige derechef vers sa mère pour pleurer son amour. Le poète, pour terminer sa complainte, invite sa mère à ne plus chercher après lui. Il changera de pays. Peut-être en changeant de terre, ses rêves de cœur changeront avec.

Matoub a d’abord d’autres thèmes inhérents à la femme. Dans la sœur musulmane (album de 1995), il dénonce la soumission de la femme à l’obscurantisme. Sa voix est prêtée à une sœur musulmane. Cette dernière décrit sa solitude et sa mal vie. Dans le dernier album, Matoub va plus loin puisqu’il s’agit carrément d’appeler les choses par leur nom. Matoub vilipende les mauvaises traditions qui enchaînent la femme. Il utilise des termes crus mais en même temps, il avertit que ceci ne doit pas ouvrir la porte au libertinage. Car des traditions héritées de nos aïeux, il y a celles qui sont caduques et il faut qu’elles soient combattues. D’autres coutumes qui font le charme et l’authenticité de notre culture kabyle doivent, au contraire, être préservées. En somme, il s’agirait de séparer le bon grain de l’ivraie.

 
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