Le Regard de Mohamed Benchicou. La fée de Blida - Site perso de Mohamed ZIANE-KHODJA

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Le Regard de Mohamed Benchicou. La fée de Blida

      SAMEDI 24 MARS 2007   >>     2006 | 2007

«[...] Faut-il renoncer à informer, à dire et écrire librement ? Non. Aujourd'hui plus que jamais, non ! Cette flamme qui nous a fait, hier à l'heure de la lame assassine, relever les défis et donner la force de croire et de continuer, nous anime toujours. Elle peut vaciller, jamais s'éteindre. J'en suis convaincu. J'ai raison de croire, comme vous avez raison de croire et de continuer: la presse algérienne sera libre ou ne le sera pas...»

Mohamed BENCHICOU


       


LA FEE DE BLIDA



© Le Soir d’Algérie | Samedi 24 mars 2007
Mohamed BENCHICOU


Ah, que nous eussions aimé, fût-ce pour la dernière fois, assister au triomphe du fantasme ! Voir surgir la fée Eva Joly dans la robe de la juge Fatiha Brahimi ou, selon la généreuse rêverie de mes confrères, la fée Carla del Ponte ou alors, pourquoi pas, la légendaire Emily Murphy ; bref, une de ces magistrates enchanteresses qui rendent la justice en terres démocratiques, c’est-à-dire qui rendent les innocents à leurs mères, à la façon d’une bonne fée rendant ses pantoufles et son prince à Cendrillon.

Hélas, les citrouilles de la Mitidja ne se sont pas transformées en carrosses et la fée était absente, mercredi, à Blida. A la place, c’était une juge bien algérienne, une femme qui n’avait rien d’une sibylle, Fatiha Brahimi en personne, qui a frappé de la main noire d’une justice asservie au pouvoir politique. Les parrains politiques de l’escroquerie sont libres et, à leur place, une quinzaine de boucs émissaires sont condamnés à vieillir en prison. Les sibylles transmettaient les oracles des dieux ; la présidente Brahimi s’est contentée de transmettre les ordres des seigneurs. La juge qui pleurait a, décidément, les larmes lucides. Au final, le procès Khalifa fut une triple défaite. La défaite du droit d’abord : on a raté de faire le procès du système et, pire, en protégeant si grossièrement les notables, on vient de désigner au monde cet océan infini qui nous sépare de l’Etat de droit. La défaite de la justice ensuite, une de plus, une de trop, attendue comme toutes les autres, comme une malédiction ordinaire, comme une inaptitude naturelle à l’indépendance du juge, à la souveraineté du prétoire. Comme une irrésistible tentation à mentir au nom du peuple. Ce procès Khalifa fut, enfin, la défaite de nos chimères. Ou plutôt de nos naïvetés maladives, de nos incontrôlables exubérances, de toutes ces obsessions du mirage qui, hier, nous persuadaient du leurre Benflis et qui, aujourd’hui, nous ont fait croire à la juge Bonne Fée. On ne change pas le système par la force de l’élucubration. Il nous faut apprendre enfin à le voir dans sa sordide cohérence : il est encore assez lucide pour ne pas confier son sort à Eva Joly. Il lui était plus commode de charger la juge maternelle qui pleurait d’enterrer ses “fils” sous des épitaphes de soldats inconnus : Hakim, Djamel, Hocine, Akli ou Guelimi. Les larmes de la juge Fatiha Brahimi, tant mieux pour elle et tant pis pour nous, n’en ont pas fait une magistrate enchanteresse. Nous ne dirons pas, par respect envers la dame, qu’elles furent celles d’un crocodile. Disons qu’à l’échelle des sauriens, il leur suffisait d’être celles d’une émouvante salamandre.


 
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