L’engagement des lycéens dans la lutte identitaire - Site perso de Mohamed ZIANE-KHODJA

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L’engagement des lycéens dans la lutte identitaire


       


L’ENGAGEMENT DES LYCEENS DANS LA LUTTE IDENTITAIRE



© La Dépêche de Kabylie | Dimanche 20 avril 2014
S. O. A.


Seuls les lycées Abderrahmane Mira, de Bouira, et  El Ghazali de Sour El Ghozlane, accueillaient, dans les années soixante dix, les lycéens de la wilaya. «Les quatre révolutions » socialistes et socialisantes de feu Boumediene n’avaient pas encore engrangé plus d’infrastructures pouvant permettre la très claironnée « démocratisation de l’enseignement ». Mais la quantité ne faisant pas forcément la qualité, les deux lycées avaient des allures de mini universités avec tout ce que cela suppose comme relative effervescence intellectuelle que l’école fondamentale réussira, plus tard, à étouffer sur l’estrade. Le lycée Mira était tout particulièrement effervescent. Cette particularité était due essentiellement à « l’esprit critique» des élèves qui bénéficiaient de son régime d’internat.  

En effet, la plupart des internes de Mira venaient des villages berbérophones de la wilaya avec, dans leurs trousseaux, un attachement viscéral  à leur langue et culture qu’ils ne retrouvaient pas dans les manuels scolaires. Le triste événement, qui fit interdire à Mammeri de donner sa conférence à l’université de Tizi-Ouzou, vint épaissir le sentiment de hôgra. La colère était là et n’était que difficilement contenue, mais la volonté de la structurer était de la capitaliser. Assistés et encadrés  par leurs aînés du CUTO (centre universitaire de Tizi-Ouzou), des étudiants originaires de la région, les lycéens de Bouira s’attelèrent à manifester publiquement leur révolte.  Le lycée Mira de 1980, se souvient tout particulièrement de cette dame qui assurait le fonctionnement de la lingerie de l’internat. B. Roza, car c’est d’elle qu’il s’agit,  assurait surtout la jonction entre le lycée et l’extérieur. C’était elle qui se chargeait de « la correspondance » entre les internes et les partisans (citoyens et étudiants)  de la manifestation programmée pour le 14 avril.  Car, lycéens et étudiants avaient projeté d’associer à leur marche la population locale.  Les préparatifs allaient bon train. Pendant ce temps, et cela se vérifierait plus tard,  rien n’échappait aux  services de sécurité, à « l’écoute » des palpitations du lycée, depuis déjà quelque temps. Le jour « J »,  près de 800 étudiants (internes et externes) s’étaient rassemblés près du portail et s’apprêtaient à battre le pavé. « Liberté d’expression », « tamazight à l’école » étaient, entre autres, les mots d’ordre imprimés sur les banderoles.  La marche s’ébranla aux environs de 10 heures. La mobilisation et la détermination pacifiques étaient telles que les lycéens du printemps  étaient tous convaincus qu’ils arriveraient  jusqu’au centre-ville. Mais, c’était compter  sans l’autre détermination, tout à l’opposé : la répression. A quelque 200 mètres du lycée, les marcheurs ont été stoppés et repoussés par les éléments des services de sécurité.  S’ensuivra ensuite un affrontement avec une course-poursuite à travers la périphérie de la ville. Mais la marche ne se terminera pas, pour ainsi dire, en queue de poisson, elle a continué avec l’anarchie que l’on peut aisément supposer. Elle avait le mérite d’avoir cassé le mur de la peur et d’avoir sensibilisé les esprits à la question identitaire à Bouira, wilaya où, contrairement à Béjaïa et Tizi-Ouzou, l’hostilité à la dimension amazighe était plus  affichée.

 
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