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Chroniques de Mohamed Benchicou. Honte à vous, Monsieur Bouteflika !

      MERCREDI 16 JUIN 2004  >>     2003 | 2004


[...] Mohamed Benchicou est jeté en prison, non pas pour l’histoire à dormir debout des « bons de caisse », mais pour sa hardiesse de journaliste imbu de valeurs de sa profession. Chroniqueur de talent, mais aussi directeur d’un journal qui faisait toucher du doigt l’information, et voilà ! Puis, avec son livre « Bouteflika : une imposture algérienne », Benchicou était allé encore trop loin dans sa tentation du diable. Qui mieux que lui a osé tenir tête à un Bouteflika omnipotent, ainsi qu’à ses laquais, dans un pays où on prend à présent les ombres pour des réalités ? [...] De même qu'il aurait été stupide prétendre enfermer les idées, de même il est absurde de justifier l'injustifiable. La parole est liberté. Comme on dit, on chasse le naturel, et il revient au galop. [...] Le monde change constamment au gré du souffle des vents de liberté. Et plus personne ne pourra faire infléchir ce formidable élan de conscience universel à l'épanouissement, à l'émancipation... Tous autant que nous sommes, et aujourd'hui plus que jamais, nous devons maintenir vivace la flamme de ces hommes libres qui ont su dire qu'une autre Algérie est possible. Celle des libertés, des droits humains et de la démocratie. N'en déplaise aux bien-pensants, aux guardiens du Temple qui semblent d'un autre âge. Mohamed Benchicou ressortira grandi de cette injustice dont il est victime. Et il nous aura donné une leçon magistrale de liberté de dire. Donc pas seulement d'informer, mais d'opiner aussi...

Mohamed ZIANE-KHODJA, juin 2004


       


HONTE A VOUS, MONSIEUR BOUTEFLIKA !



© Le Matin | Mercredi 16 juin 2004
Mohamed BENCHICOU


A partir de lundi, Le Matin pourrait ne plus être dans les kiosques pour avoir choisi d'être aux côtés de ceux qui ont fait obstacle au bradage des richesses du pays et à l'abdication de l'Algérie devant l'islamisme, notre Algérie, celle où nous sommes nés, l'Algérie de nos pères et de nos enfants. Le Matin sera suspendu dès lundi pour avoir dévoilé le vrai visage de l'équipe d'Oujda, ramassis de mercenaires et de tortionnaires. Le Matin sera privé de parution pour avoir révélé l'affaire Sadaoui, dévoilé le passé de tortionnaire de Zerhouni, dévoilé les détournements dans Sonatrach, découvert que Bouteflika s'est servi de l'argent du Trésor et de celui de Khalifa. Nous ne le regrettons pas et nous poursuivrons notre travail de divulgation dès notre retour dans les kiosques.

Abdelaziz Bouteflika va courageusement casser le thermomètre pour ne pas voir monter la fièvre : en suspendant, dès demain, les principaux quotidiens indépendants, il s'évite d'affronter les scandales qui éclaboussent son régime ; il brise le miroir dans lequel se reflétait sa déchéance ; il jette un drap sale sur l'immoralité de l'équipe d'Oujda, sur ses intrigues politiques, ses malversations et ses connivences ; il fait l'impasse sur les détournements de l'argent de Sonatrach, sur le passé de tortionnaire de son ministre de l'Intérieur, sur les innocents jetés en prison à la place de ses amis, sur les morts de Kabylie, sur le putsch contre le FLN En suspendant dès demain la parution des journaux indépendants, il franchit un pas de plus dans la politique de prédation qu'il mène depuis près de cinq ans. Qu'importe si, au passage, il détruit la dernière fausse réputation qui lui restait, celle d'un chef d'Etat trop respectueux de la liberté de la presse pour suspendre un journal ou incarcérer un journaliste. Il se comparait à Jefferson, il se découvre un petit Bokassa. Tout petit Bokassa. Fort seulement de la puissance qu'ont mis entre ses mains, un certain soir d'avril 1999, des généraux aussi avisés en politique que peut l'être un bidasse dans une troupe de majorettes. Le Jefferson algérien mourra demain soir sans jamais avoir vu le jour. Un mythe de moins. Mais un signal de plus : il faut, en urgence, sauver l'Algérie des mains de Bokassa. Car ce Bouteflika qui s'apprête à censurer la presse de son pays, c'est un homme grisé par le pouvoir absolu, déchiré par la perspective de le perdre dans huit mois, décidé à brûler la moitié du pays pour contraindre l'autre moitié à se taire. Un avertissement sérieux pour les aârouch qui se sont laissé séduire par la flagornerie du personnage et qui risquent leur âme à suivre un saltimbanque dépourvu de principes moraux. Faut-il laisser faire un homme qui, visiblement, ne dispose pas de toutes ses capacités psychiques, sous le fallacieux prétexte qu'il « faut l'accompagner délicatement vers la sortie » ?

En huit mois, ce personnage habité par la tentation despotique a le temps de faire exploser le pays. Comment tolérer qu'il s'approprie tous les leviers de décisions, au mépris de la Constitution, pour les utiliser au service de son clan et de sa famille ? En suspendant dès demain les journaux qui ont commis le délit de révéler ses intrigues, le Président coopté assène une insulte de plus au peuple algérien : « Je fais ce qui me plaît. » Honte à vous, Monsieur Bouteflika, de profiter ainsi de votre situation de Président coopté pour narguer un peuple fier et qui ne vous a jamais élu. Honte à vous, Monsieur Bouteflika, de vous prendre pour un méchant despote quand vous n'avez toujours été, pour paraphraser Nezzar, que la « marionnette de Boumediène ». Honte à Ahmed Ouyahia, personnage des petites besognes et qui s'obstine à le rester, vil exécuteur des basses uvres, l'homme qui aura suspendu deux fois la presse de son pays pour plaire à ses commanditaires, celui dont on dit qu'il pourrait être notre Président par la volonté des généraux comme s'il n'y avait plus assez d'hommes sur cette terre pour que, après les marionnettes d'Oujda, elle ait à subir les valets de service. Et honte à tous ceux qui vont laisser faire ! Comme à ceux qui vont nous inonder de fadaises comptables et de leçons de morale : « Payez vos factures d'abord. » A ceux-là, et pour la dernière fois, nous répétons ceci : les journaux qui seront suspendus demain sont parmi les rares à s'être acquittés de toutes leurs factures ! Ils ne sont pas suspendus pour n'avoir pas payé mais pour avoir écrit. De grâce, messieurs Tartuffe, épargnez-nous vos justifications chiffrées.

À partir de lundi, Le Matin ne sera plus dans les kiosques pour avoir choisi d'être parmi ceux qui, travailleurs, résistants antiterroristes, citoyens révoltés en Kabylie et ailleurs, femmes, cadres, chefs d'entreprise, ont décidé de faire barrage au bradage des richesses du pays par l'équipe d'Oujda et à l'abdication de l'Algérie devant l'islamisme, notre Algérie, celle où nous sommes nés, l'Algérie de nos pères et de nos enfants. Le Matin sera suspendu dès lundi pour avoir dévoilé le vrai visage de l'équipe d'Oujda, ramassis de mercenaires et de tortionnaires. Le Matin sera privé de parution pour avoir révélé l'affaire Sadaoui, pour avoir dévoilé le passé de tortionnaire de Nouredine Zerhouni, pour avoir fait parler un vétérinaire jeté en prison à la place d'un couple d'amis de Bouteflika, pour avoir dévoilé les détournements dans Sonatrach, pour avoir découvert que l'argent du Trésor était utilisé par Bouteflika pour l'achat d'un ranch à Abu Dhabi et celui de Khalifa pour l'acquisition d'un appartement à Paris Nous serons suspendus pour avoir dit la vérité à nos lecteurs et nous ne le regrettons pas. Que Bouteflika et Zerhouni le sachent dès maintenant : à notre retour dans les kiosques nous continuerons à dévoiler leurs intrigues. Ils ne nous intimident pas. Ce duo de bluffeurs qui n'a connu l'Algérie qu'en 1962 ne nous impressionne pas. Ils auraient aimé nous compter parmi leurs petits larbins, leurs nouveaux repentis, leurs petits félons Ah qu'ils sont ignares de la sève de ce pays ! Ah qu'ils sont méprisables ces Marocains-coopérants qui nous gouvernent, méprisables autant que les hommes qu'ils entreprennent d'émasculer !

Le Matin, et je suppose tous les titres indépendants qui vont disparaître des kiosques dès demain, est fier d'avoir accompagné un mouvement de résistance nationale, un moment de réappropriation populaire du droit à la dignité. Le Matin est fier d'avoir dit non aux islamistes quand le Pouvoir se courbait devant Ali Benhadj, d'avoir défendu les résistants antiterroristes, citoyens et Armée, contre la calomnie commanditée et orchestrée par l'équipe d'Oujda. Le Matin est fier d'avoir été aux côtés des travailleurs, de ces forces populaires qui, au sein de l'UGTA ou ailleurs, ont déjoué les plans de pillage de l'Algérie. Oui, Le Matin a été et restera le compagnon des citoyens de Kabylie en lutte contre l'indignité. Le Matin revendique sa place au sein de l'Algérie rebelle. Il s'en est enrichi. Vous avez connu les émirs chasseurs d'outarde, nous avons côtoyé les enfants de Ben M'hidi et de Matoub Lounès. Qu'avons-nous d'autre à nous dire ?



* Chronique parue le 16 août 2003


 
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