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Condamné hier à deux ans par le tribunal d'El Harrach, Benchicou en prison

      MARDI 15 JUIN 2004  >>     2001 | 2002 | 2003 | 2004 | 2005


       


Condamné hier à deux ans par le tribunal d'El Harrach


BENCHICOU EN PRISON



© El Watan | Mardi 15 juin 2004
A. BENCHABANE


18h20, la présidente se met à lire le jugement prononcé contre M. Mohamed Benchicou, directeur du journal Le Matin : «Accusé de transfert illégal de capitaux et infraction à la réglementation régissant le marché des changes, vous êtes condamné à une peine de deux ans de prison ferme et à 20 000 DA d’amende.» «C’est une mascarade, l’injustice éveillée en toute conscience», vocifère l’un des avocats du collectif de la défense. Menottes aux poignets, le directeur du journal Le Matin est immédiatement conduit au cachot comme un vulgaire criminel. Les avocats sont indignés, les citoyens révoltés, tandis que les policiers quadrillent les environs immédiats du tribunal d’El Harrach pour, à l’évidence, mater toute éventuelle manifestation de rue. Quelques minutes avant la lecture du jugement, un impressionnant dispositif de sécurité ceinture le tribunal. «C’est le pouvoir qui a condamné Benchicou», ont estimé les avocats de la défense à l’unanimité.

Comment et pourquoi Benchicou a-t-il été condamné ? Très tôt dans la matinée d’hier, des citoyens, des journalistes, des éditeurs et des militants des droits de l’homme se sont rassemblés devant le tribunal d’El Harrach en signe de solidarité avec le directeur du journal Le Matin. Entre autres Mes Brahimi, Berghel, Meziane, Messaoud, Benarbia, Hanoun et Zaïdi, le collectif de la défense s’est échiné pendant plus de sept heures à plaider la cause de Benchicou. Malgré la consistance des arguments mis en avant, ils ont prêché dans le désert. «On ne se bat pas contre une dictature organisée», dira sur un ton ironique l’un des avocats. D'attaque, la défense a relevé, sur le plan procédural, un vice de forme. «La loi n’autorise aucunement le ministère des Finances, par les pouvoirs répressifs que lui confère la loi, à se constituer partie civile. Dans ce genre d’affaire, il peut se substituer au ministère public pour ordonner directement une amende», a clamé Me Benarbia Abdellah. Brandissant la correspondance du premier responsable des Douanes, en l’occurrence M. Lebib, adressée au chef du gouvernement et au patron du DRS, dans laquelle il a désavoué la plainte du département de Benachenhou, M. Meziane a piqué une colère. «Seule la Douane est habilitée à constater ce genre d’infraction. Sur quelle base juridique peut-on poursuivre quelqu’un pour une infraction que la Douane réfute ?», a-t-il déclaré sur un ton coléreux. Pour lui, la correspondance du directeur général de la Douane suffit largement pour prononcer la nullité de la procédure. Avec des arguments, pourtant irréfutables, les avocats de la défense ont démontré que le procès-verbal de constatation a été établi quatre jours après les faits. S’agit-il d’un document antidaté ? Les avocats de M. Benchicou sont catégoriques : le 23 août 2003, aucun PV n’a été établi. Pour Me Berghel, «il n’y a jamais eu de procès-verbal officiel. Le seul PV a été établi et lu par la Télévision algérienne et l’agence de presse étatique APS. D’ailleurs, le document transmis à la justice n’a pas été signé par le concerné, à savoir M. Benchicou». Les critiques et les remarques de la défense dans la forme ont été rejetées par le parquet et par la juge. Invité à prendre la parole, M. Mohamed Benchicou n’a pas mâché ses mots pour accuser, devant la présidente, le ministre de l’Intérieur d’être derrière cette cabale montée de toutes pièces contre lui. «Une semaine avant les faits, ce ministre avait juré, devant la presse, de me faire payer», a-t-il asséné. Pour lui, les policiers ne cherchaient pas les bons de caisse, mais quelque chose de plus important. L’accusé a déclaré avoir voyagé plusieurs fois avec ces mêmes bons de caisse. «Comment dois-je savoir que le fait de voyager avec des bons de caisse constitue une infraction d’autant plus que les agents de la PAF l’ignorent aussi bien que moi ?», s’est-il interrogé. En effet, les concernés pour apporter leur témoignage, les agents de la PAF, ont déclaré ignorer si le voyage avec des bons de caisse constitue une infraction. Flegmatique et serein, M. Benchicou dira à l’adresse de la magistrate que «derrière le plaignant se cache le ministre de l’Intérieur». Assommés par les questions-pièges des avocats de la défense, les témoins (les agents de la PAF) ont presque dévoilé les dessous de l’affaire. «Oui, on a reçu l’ordre de nos chefs de fouiller M. Benchicou», a répondu crédule l’un des témoins. Ainsi, il est donc évident que les éléments de la police ont reçu l’ordre d’attendre et de fouiller le directeur du Matin. A une question de savoir si la PAF a déjà enregistré un cas similaire, l’officier de la PAF a reconnu que c’est la première fois depuis l’indépendance que la police arrête quelqu’un en possession de bons de caisse anonymes. Après une série de questions aux témoins et la plaidoirie de la partie civile, le parquet a requis une peine de cinq ans de prison ferme et le double de la valeur des bons de caisse découverts dans les bagages de M. Benchicou. Le réquisitoire du parquet est jugé disproportionné par les avocats de la défense. Prenant la parole, ces derniers ont estimé que la cabale judiciaire dont a fait l’objet Benchicou est suscitée par ses écrits. «On invente des incriminations pour les besoins de la cause. Ce n’est pas la première fois qu’on assiste à l’instrumentalisation de la justice», a souligné Me Miloud Brahim. Me Benarbia, de son côté, dira qu’un transfert de capitaux vers l’étranger est souvent fait pour financer des projets. Ce qui n’est pas le cas pour Benchicou. «Non au terrorisme administratif !», a-t-il martelé. Me Berghel a insisté en déclarant que le procès de Benchicou est celui de toute le presse. «Il y a une volonté de museler toute expression libre», a-t-il estimé. Pour appuyer ses dires, l’orateur dira que «toute cette cabale judiciaire a été montée parce que Benchicou est en désaccord avec la politique de Bouteflika». Me Meziane revient sur le «pseudo procès-verbal de la police» et la correspondance du premier responsable de la Douane et celle du syndicat de la même institution. «Puisque la police n’a pas saisi les bons de caisse parce qu’ils ne constituent pas une infraction, pourquoi établir un PV ?», s’est-il interrogé.

 
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