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Cinquante policiers blessés et plus d’une centaine d’arrestations


       


CINQUANTE POLICIERS BLESSES ET

PLUS D’UNE CENTAINE D’ARRESTATIONS



© Le Jeune Indépendant | Dimanche 20 avril 2014
Saïd TISSEGOUINE


Ce qui devait être une fête hier à Tizi Ouzou, puisqu’il était question de fêter le 34e anniversaire du Printemps amazigh, se transforma en émeutes. Au moment où nous rédigeons ces lignes, en début d’après-midi, on a dénombré une cinquantaine de blessés dans les rangs des forces de l’ordre et plus d’une centaine parmi les manifestants.

L’origine de ces émeutes, d’une violence inouïe, est l’empêchement des pouvoirs publics de laisser la grande famille du Mouvement culturel berbère (MCB) effectuer sa marche, pourtant voulue pacifique, dans Tizi Ouzou, comme c’était le cas par le passé.  Pour les manifestants, cet empêchement de fêter le Printemps 1980 est considéré comme un crime. Tôt dans la matinée, le cordon de sécurité déployé autour de l’université Hasnaoua, lieu habituel du départ de la marche, était impressionnant. Aux environs de dix heures, manifestants et policiers se faisaient face. A vrai dire, les manifestants étaient pris en étau puisque sur le grand Pont du boulevard Krim-Belkacem, un cordon de policiers a pris position et en face des manifestants, c’est-à-dire sur la route menant vers le stade du 1er Novembre, un autre cordon barra le passage. Et les rangs des manifestants grossissaient rapidement. Par ailleurs, et au fur et à mesure que le temps passait, la colère de ces derniers augmentait. Ce qui fait qu’ils tentaient obstinément de forcer le barrage des policiers. Et ceux-ci redoublaient d’ardeur à ne pas laisser la marche s’ébranler. A un moment donné, l’espace entre les deux était inférieur à 30 cm. Il était exactement 10h 45 quand l’étincelle s’embrasa.

La confrontation était d’une extrême dureté. Et presque simultanément, une grêle de projectiles tomba sur les policiers qui étaient au premier rang. Ce fut un mouvement de panique générale. Plusieurs policiers furent blessés. Nous avons vu plusieurs d’entre eux effectuer un rapide retrait. Leurs camarades, à l’arrière, vinrent à la rescousse pour tenter de repousser l’attaque des manifestants. Cependant, ils furent stoppés net dans leur élan. En effet, une grêle de projectiles s’abattit sur eux. Le bruit provoqué par les chocs des projectiles sur les lourds boucliers ressemblait presque à des bruits de pétards. Encouragés par cette délicate position des policiers, les manifestants redoublèrent d’efforts. En effet, même des bouteilles en verre constituèrent les armes pour eux. Cependant, les policiers ne tardèrent pas à se réorganiser. Et à leur tour, ils eurent recours au jet de pierres. C’est aussi à ce moment que la violence a atteint son paroxysme. En effet, les deux camps entrèrent dans un furieux corps à corps. Dans l’espace, les projectiles s’entrecroisaient.

Sur une dalle où ils suivaient la scène, les journalistes et les photographes furent soudain ciblés par des jets de pierre et de bouteilles. Les projectiles sont venus du côté des policiers. Plusieurs témoins, dont nous-mêmes, l’ont remarqué. Les échanges de coups durèrent longtemps. A un moment donné, comme par miracle, le calme revint. En effet, les manifestants ont été retenus par leurs organisateurs et les policiers par leurs chefs. Hélas, cette accalmie ne dura pas car, peu après, une marée humaine marchait sur les lieux en arrivant par le chemin du carrefour du 1er-Novembre. C’était des manifestants. A leur tour, les policiers furent pris en sandwich. Paniqués, ils n’eurent d’autre choix que de prendre la fuite. Ils rejoignirent leurs camarades qui étaient en position sur une longue allée longeant l’université Mouloud-Mammeri. Le groupe se trouvant en face du portail Hasnaoua, encouragé par l’arrivée d’autres manifestants et la fuite des policiers, reprit la «guerre». Du côté des forces de l’ordre, des renforts ne tardèrent pas à arriver. Et dès lors, nouvelle apocalypse. Jets de pierres et de bouteilles, coups de boucliers, courses-poursuites, glissades, cris, attaques, contre-attaques, gémissements des blessés, et tant d’autres effets de cette terrible confrontation. Au moment où nous rédigeons ces lignes, l’affrontement entre les deux camps se poursuit avec autant de violence que de détermination.

 
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