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Benchicou, les 500 coups de trop

      MERCREDI 26 OCTOBRE 2005  >>     2005 | 2006


       


Monde


BENCHICOU, LES 500 COUPS DE TROP



© l'Humanité | Mercredi 26 octobre 2005
Pierre BARBANCEY


Le directeur du quotidien le Matin est en prison depuis un an et demi. Sa libération est une exigence, de même que la relaxe de tous les journalistes inquiétés.

Triste anniversaire pour la liberté d'expression et la démocratie aujourd'hui en Algérie : Mohamed Benchicou, directeur du quotidien le Matin, qui ne paraît plus depuis le mois de juillet 2004, est emprisonné depuis 500 jours. Son crime ? La justice algérienne l'accuse d'avoir détenu des bons de caisse qu'il voulait négocier à l'étranger. Une faute qui n'existe pas aux yeux de la loi de ce pays, pour la bonne et simple raison que le système bancaire ne peut fournir des bons échangeables ! Il n'empêche, Benchicou a d'abord été condamné à deux ans de prison ferme, peine qu'il purge actuellement. Et, comme si ce n'était pas suffisant, il est susceptible de rester dans les geôles de nombreuses années encore, puisque les journalistes de son journal sont régulièrement attaqués, traînés devant les tribunaux et condamnés conjointement avec leur directeur.

Le quotidien le Matin est connu en Algérie pour sa liberté de ton. Journal né au lendemain de la libération de la presse, l'un des aboutissements des manifestations sociales de 1988, le Matin défend une certaine idée de l'Algérie : républicaine et laïque. Nombre des journalistes ont travaillé à Alger républicain. Mais peut-être faut-il chercher les raisons du harcèlement des autorités algériennes envers Mohamed Benchicou dans les pages de son dernier livre, intitulé «Bouteflika, une imposture algérienne».C'est un secret de polichinelle en Algérie, mais aussi dans les ambassades étrangères, que le président algérien, en poste depuis avril 1999, a piqué une sacrée colère après la publication de l'ouvrage. Benchicou y révélait notamment que Bouteflika tenait absolument à une élection, évidemment démocratique, mais où il n'accepterait pas un pourcentage de votes en sa faveur inférieur à celui qu'avait obtenu Liamine Zeroual, le président précédent. Le directeur du Matin remettait aussi en question l'histoire complaisamment affirmée de l'engagement de Bouteflika dans la lutte de libération nationale. Un livre considéré comme « crime de lèse-majesté » qui semble expliquer la volonté politique de faire taire Benchicou et son journal.

Depuis près de deux ans maintenant, la presse indépendante algérienne est dans l'oeil du cyclone. Il n'est pas un mardi où un directeur de quotidien, des journalistes ne doivent se présenter devant un tribunal d'Alger pour répondre de diffamation envers le chef de l'État et les institutions de la république. Des caricaturistes ont fait appel des demandes d'emprisonnement à leur encontre. Leurs dessins ont le tort de se moquer de l'armée, du gouvernement ou des caciques du FLN.

Ce harcèlement judiciaire est avant tout politique. On ne peut comprendre autrement cette volonté de s'en prendre aux journalistes, qui ont pourtant payé un lourd tribut dans le combat contre l'intégrisme islamiste. Plus de soixante d'entre eux sont tombés, la plume à la main. À Alger, la Maison de la presse, qui regroupe la plupart des titres nationaux, a été baptisée « Tahar Djaout », du nom de cet écrivain-journaliste assassiné au début des années quatre-vingt-dix. Dans le même temps, le pouvoir, suivant la stratégie d'Abdelaziz Bouteflika, met en place la « concorde nationale » et appelle les cadres du Front islamique du salut (FIS) en exil à rentrer au pays. Anouar Haddam, l'un des dirigeants de cette organisation, que le Mouvement démocratique et sociale (MDS) appelle « le parti des assassins », a annoncé qu'il rentrait à Alger le 29 octobre. Depuis les États-Unis, où il avait trouvé refuge, Haddam avait notamment revendiqué l'attentat sanglant qui, en janvier 1995, avait fait près d'une centaine de morts après qu'une bombe eut explosé dans un bus, dans le centre de la capitale. C'est là qu'il faut comprendre l'acharnement contre Benchicou et tous ceux qui demandent des comptes aux intégristes.

L'Humanité a lancé une campagne pour la libération de Mohamed Benchicou et la relaxe des journalistes algériens, signée par des centaines de personnalités et des milliers de démocrates en France. Reporters sans frontières exige également la libération du directeur du Matin. Par le biais de cette association, nous publions en une le dessin de Dilem, caricaturiste algérien, lui-même inquiété pour ses dessins satiriques. Entre Anouar Haddam le terroriste et Mohamed Benchicou le démocrate, nous avons choisi.


 
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