Bélaïd Abrika, délégué de la CADC : « Le 25 avril, fin du dialogue » - Site perso de Mohamed ZIANE-KHODJA

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Bélaïd Abrika, délégué de la CADC : « Le 25 avril, fin du dialogue »

      JEUDI 20 AVRIL 2006   >>     2006 | 2014


       


Bélaïd Abrika, délégué de la CADC

« LE 25 AVRIL, FIN DU DIALOGUE »



© La Dépêche de Kabylie | Jeudi 20 avril 2006
Entretien réalisé par Ahmed BENABI


Pour marquer le cinquième anniversaire de l’avènement des archs, Belaïd Abkira revisite, avec l'objectivité qu’on lui connaît, le sinueux parcours d’un mouvement né d’une colère populaire aussi violente qu’inattendue. Le délégué de la CADC a évoqué, sans détours, le bilan de ces cinq années d’existence puis a expliqué le rythme, moins soutenu qu’il y a quelques mois, des activités du Mouvement citoyen. L’avenir de la Kabylie, le rôle des archs et les résultats du dialogue ont été également abordés dans l’entretien qui suit.

La Dépêche de Kabylie :
Aujourd’hui, cinq ans après l’avènement des ârchs, un état des lieux s’impose de lui-même. Quel est le bilan que vous faites sur le parcours du mouvement citoyen ?

Belaïd Abrika :
Sommairement, les archs ont connu des hauts et des bas. Notre mouvement a eu comme objectif de faire aboutir des revendications citoyennes, exprimées à travers les multiples démonstrations de rue. Cinq ans après, il y a lieu de relever un fait important : les assassins de nos martyrs ne sont toujours pas jugés par les tribunaux civils, comme exprimé dans la plate-forme d’El Kseur. Après une année de dialogue et suite à l’accord global du 15 janvier 2005, engageant l’Etat à mettre en œuvre la plate-forme d’El Kseur, il est grand temps de passer à l’application effective des décisions et résultats annoncés suite aux multiples rounds de dialogue. Certes, le Mouvement citoyen a eu à subir les moments les plus difficiles lors des assassinats et des répressions diverses qui se sont abattues pour freiner la dynamique citoyenne, mais on ne peut nier que, objectivement, le mouvement a réalisé de nombreux acquis. Ces derniers sont inscrits dans la plate-forme d’El Kseur et ses incidences (appliquées) qu’on a posé comme préalable. Il est toutefois évident que nous demeurons insatisfaits malgré toutes ces avancées mais, aujourd’hui, notre mouvement, traité de tous les noms il y a quelques temps, est devenu un interlocuteur incontournable dans le règlement de la crise. Le retour à la sérénité, et à une certaine stabilité constituent, il ne faut pas l’omettre, des facteurs plaidant en faveur de l’application de nos revendications. D’énormes questions devraient être élucidées pour mettre définitivement un terme à la précarité et aux causes des douloureux événements du Printemps noir, cela  pour vous dire que la population n’est pas prête d’oublier ces terribles années. Mieux, elle continue à se mobiliser pour aller de l’avant et bâtir un avenir meilleur.

Parallèlement à cela, il faut avouer que  le mouvement connaît certaines insuffisances, mais nous n’avons jamais désespéré d’y remédier. Les archs ont toujours établi des bilans périodiques élaborés par des commissions de réflexion. Les carences et les manquements décelés que ce soit durant le processus de lutte ou lors des rencontres de dialogue sont débattues et prises en charge.

L’on a eu à remarquer ces derniers mois une nette baisse de cadence dans les activités des archs. Peut-on savoir à quoi cela est dû ?

Vous avez bien fait de souligner cela ! Le Mouvement citoyen, pour ceux qui l’auraient oublié, a atteint, à un certain moment la vitesse de croisière. A cette époque, nous menions des activités diverses, intenses, dépassant même parfois les capacités d’encadrement propres au mouvement. Il ne faut pas omettre, aussi, qu’on a eu à mener un combat imposé par des circonstances historiques (que l’opinion publique connaît), mais qu’on a également subi de multiples attaques provenant, au départ du pouvoir, puis renforcée, par la suite par ceux qui n’avaient pas saisi le sens de cette dynamique. Il y a eu des conjonctures différentes, où les centres de conflits et d’intérêts étaient transposés d’une phase à une autre, mais notre mouvement à dû préserver son autonomie et son indépendance des chapelles politiques. Alors que certains ont préféré fuir leurs responsabilités, les archs contrecarraient les manœuvres venues de l’intérieur. Cet ensemble d’éléments, qu’il faudra compléter, explique cette baisse de rythme. Il faudrait y ajouter le fait que la scène politique nationale, connaît un contexte nouveau. Il s’agit là, d’une nouvelle ère qu’il faudra saisir et interpréter.

Alors, ces archs qu’on voit moins, ils sont occupés à faire quoi exactement ?

Ma réponse sera tout aussi simple que votre question : Les ârchs sont, actuellement, dans la phase de suivi de l’application de la plate-forme d’El Kseur ! Nous sommes passés de la phase de la contestation à une étape où l’Etat algérien a accepté nos revendications, donc, ça ne sert à rien de défoncer des portes ouvertes. Aujourd’hui, il s’agit pour nous, de suivre de près l’état d’avancement de ces revendications. C’est une tâche beaucoup plus ardue que celle vécue durant la phase de la confrontation. Le parallèle peut-être fait avec la glorieuse révolution algérienne : Une fois l’indépendance acquise, le défi de construire une République démocratique et sociale, tel que défini dans la plate-forme de la Soummam n’a pas été réalisé. Les principes de la Révolution ont été dévoyés, et ça a engendré plusieurs montées de colère, dont les douloureux événements du Printemps noir et ceux d’octobre 1988.

Selon vous, qu’est-ce qui a changé en Kabylie depuis avril 2001 ?

Il est peut être prématuré de parler de l’impact de la dynamique citoyenne enclenchée suite aux événements du Printemps noir. Le changement est néanmoins énorme. Il y a tout d’abord, ce mur de la peur qui a pu être brisé pour que l’espoir puisse être réscussité. Il constitue, ainsi, une démonstration palpable qu’en s’organisant, on pourrait bousculer l’ordre des choses. Ces événements ont, en effet, inauguré l’ère de la citoyenneté   au point de devenir la première référence du peuple algérien. A chaque fois qu’une protestation populaire éclate sur le territoire national, les contestataires s’identifient à notre mouvement. Le mouvement citoyen est, par ce fait, une force politique pas seulement locale mais nationale, et  ce, bien qu’il n’ait pu s’implanter sur l’ensemble du territoire national. Il constitue, néanmoins, une alternance apte à rassembler les forces citoyennes.

Pour revenir au dialogue, nous avons constaté que la population locale paraît un peu perdue par rapport aux accords conclus avec la chefferie du gouvernement. Pouvez-vous faire dissiper la petite confusion qui entoure cette question, et fournir davantage d’éclaircissements ?

Il est vrai que, ces derniers temps, certains n’arrivent pas à suivre le rythme d’application de nos revendications, car il y a beaucoup d’acquis et de nombreux chantiers en cours de  réalisation. Ce constat est dû au fait que la création de six incidences à créée une sorte de confusion chez l’opinion publique. Il faut donc savoir que la démarche arrêtée par le mouvement citoyen à ce propos est totalement distincte avec la  prise de langue de janvier 2004. Le 15 janvier 2005, soit une année après, nous avons signé un accord public avec les représentants de l’Etat pour mettre en application la plate-forme d’El Kseur. Durant la phase des discussions sur cette mise en œuvre, il y a eu application de certains points figurant dans ladite plate-forme ainsi que des six incidences. Avant cela, nous avons obtenu que l’Etat reconnaisse, unilatéralement, sa responsabilité sur les événements, survenus lors du Printemps noir, les excuses publiques de l’ENTV quant à sa couverture calomnieuse, déformée et fallacieuse de la grandiose et historique marche du 14 juin 2001.

De plus, la presque totalité des engagements consignés dans l’accord portant sur les incidences ont été appliqués. Il s’agit de la révocation des indus élus, la libération des détenus, l’arrêt des poursuites judiciaires contre les délégués, la réintégration des travailleurs, le conflit de l’électricité ainsi que celui inhérent à la fiscalité.Pour ce qui est des résultats immédiats du dialogue, nous avons pu obtenir la prise en charge,  par l’Etat, de nos blessés, la reconnaissance des martyr et blessés ainsi que leur indemnités et aussi la réouverture des  dossiers des gendarmes impliqués dans les assassinats. Par ce fait, j’ose dire que nous sommes maintenant dans l’ultime phase de ce processus de dialogue, car il s’agit, désormais, de consigner conjointement dans un PV, les résultats du dialogue. Le rendez-vous est arrêté (conjointement aussi) pour le 25 avril prochain. Il sera l’ultime halte de ce processus ô combien long et laborieux. Nous pourrons nous consacrer, enfin, à l’application de tous les résultats.

Comment voyez-vous l’avenir de la Kabylie ?

De tous temps, la Kabylie a joué un rôle d’avant-garde pour les luttes démocratiques. Elle a été le moteur des contestations depuis le mouvement national. L’avenir de la Kabylie réside dans ses capacités et aptitude à mobiliser et à impliquer les autres régions du pays dans le cadre du projet démocratique.

Ajouteriez-vous quelque chose pour finir ?

A l’occasion de ce double anniversaire, il est indispensable que chacun fasse son propre bilan. Nos pensées vont à ceux qui ont contribué à l’éveil des consciences depuis l’Indépendances dont, notamment, Bessaoud Mohand Arab, Mouloud Mammeri et Lounès Matoub, aux militants de 1980 qui ne sont plus parmi nous, aux martyrs du Printemps noir, et particulièrement à ceux qui sont privés de liberté, dont Mohamed Benchicou emprisonné depuis le 14 juin 2004.


 
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