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Affaire Arezki Aït-Larbi

      JEUDI 24 MAI 2007   >>     2001 | 2005 | 2006 | 2007 | 2008


       


Affaire Arezki Aït-Larbi

VERDICT LE 30 MAI



© La Dépêche de Kabylie | Jeudi 24 mai 2007
Hocine LAMRIBEN


Tribunal Abane-Ramdane d’Alger. 9 h passées. Arezki Aït Larbi, journaliste-correspondant des quotidiens français Le Figaro et Ouest France, poursuivi en justice pour diffamation   par  Abdelkader Sallat, ancien directeur central  des pénitenciers au ministère de la Justice, arrive tout sourire.

Il échange des embrassades avec certains  journalistes  et quelques militants des droits de l’Homme venus le soutenir parmi eux Ali Yahia Abdenour et le commandant Azzedine, respectivement président d’honneur de la LDDH et ancien sénateur. Flanqué d’une flopée d’avocats émérites, M. Aït Larbi,  a rappelé à la barre les circonstances de son emprisonnement  en compagnie de 22  militants des droits de l’Homme dans la prison de Lambèse,  vers la fin de l’année 1985 et en avril 1986. Déclarant avoir subi des  pratiques inhumaines au même titre que ses camarades de lutte , il considère que cela relève d’un crime contre l’humanité, donc des crimes imprescriptibles, passibles des juridictions internationales "Dans une lettre envoyée au ministère de la Justice , je lui avais décrit ce qui se passait dans cette prison. Selon le dossier ficelé en 1997, on disait que j’étais en fuite", s’est-il étonné. Trois témoins, à savoir Ali Yahia Abdenour, Arezki About et Ali Fawzi Rebaine, ont  défilé à  la barre pour corroborer les faits de tortures révélés et  consignés dans l’article incriminé par l’ex-directeur du pénitencier et publié en 1994 dans l’hebdomadaire  l’Evènement. "J’ai vu pire que cela. Même la France n’a pas commis ce genre de pratiques", a clamé le président d’honneur de la LDDH et d’ajouter que les pratiques de tortures sont malheureusement généralisées dans d’autres prisons.

Pour About, autre militant des droits de l’Homme, lui aussi ayant connu le cachot,  la pratique de la torture a été bien plus grave dans les geôles de Lambèse. "Il faut que ces prisons soient fermées. Non seulement on nous a tabassés, humiliés et brimés, mais pire encore, ils ont  tout fait pour que nos familles soient également brimées", a-t-il dénoncé avant que la juge, très jeune, reconnaisse elle-même la "sauvagerie"  des pratiques infligées aux détenus  dans cette prison. De son côté, M.Rebaine a révélé  qu’après la passage de  Abdelkader Sallat aux pénitencier, les conditions de détention ont empiré au lieu de s’améliorer. "Mon témoignage n’est pas en faveur seulement de Aït Larbi mais de toutes les personnes torturées à mort", a-t-il  précisé. Et d’indiquer que des prisonniers, sont "non seulement torturés, mais laissés en proie à la faim et à la soif." Le témoin a révélé qu’un télégramme  envoyé à la prison de Lambèse ordonne  de dispenser un "traitement spécial" à certains  détenus d’opinion. Par ailleurs, les avocats de la défense, une dizaine, ont tenu à battre en brèche l’accusation portée par Abdelkader Sallat. Dans sa plaidoirie,  Maître Mokrane Aït Larbi, ancien sénateur, a rappelé que l’Algérie est signataire du traité contre la torture en 1984, donc tenue de l’appliquer dans toute sa rigueur.

Notant que le ministre de la Justice de  l’époque, au même titre que Sallat,  était au courant des pratiques de torture. Il a soutenu que les rapports des ONG internationales des droits de l’Homme, à  l’instar de la FIDH, évoquaient cette pratique ignominieuse. L’avocat s’est demandé pourquoi on n’a pas émis de convocation entre 1994 et 1997. "S’il est de son droit (Sallat) de déposer une  plainte, il n’a aucun droit de traiter le dossier en catimini. On dit que mon client est en fuite depuis 1997. Il s’est pourtant rendu 16 fois en France  en passant par l’aéroport Houari Boumediene. On n’a pas d’aéroport secret(…). Mon client est là car il a dénoncé la torture dans les institutions de l’Etat", a-t-il affirmé. Maitre Aït Larbi a souligné , en rappelant avoir lui-même subi cette torture dans la prison de Blida, que Sallat et le procureur général auprès de   la Sûreté de L’Etat en savaient quelque chose . "Si nous parlons, c’est pour que cette pratique ne se reproduise plus à l’avenir", a-t-il conclu. Un autre avocat de la défense a estimé que  le journaliste "n’est pas poursuivi pour diffamation mais pour ce qu’il a dénoncé". Et à une autre de relever que la loi en matière de diffamation condamne les allégations, ce qui n’est pas le cas dans l’article écrit par M.Aït Larbi. Elle n’a pas manqué d’exprimer son étonnement lorsque la justice et le parquet observent un silence sidérant sur un dossier aussi brûlant que celui de la torture dans les prisons. "L’Algérie doit se pencher sur son passé douloureux fait de comportements qui n’honorent pas le pays", a-t-elle déploré.


Pour sa part, maître Khaled Bourayou a soutenu que la mandat d’arrêt contre le journaliste du Figaro a été réactivé après ses écrits sur l’affaire Khalifa. Ce qui s’apparente à des représailles. "Dans d’autres pays, lorsque la torture est dénoncée, on agit. En Algérie, on la couvre", a-t-il deploré, outré. Selon lui, il n’y a pas de  passages diffamatoires dans l’article en question. Maître Bourayou a relèvé un fait notoire : dans un droit de réponse paru dans les colonnes de   l’Evénement, l’avocat a rappelé que Sallat reconnaissait totalement les pratiques de tortures. Tous les avocats de la défense ont  réclamé la relaxe du journaliste.  Verdict le 30 mai prochain.

 
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