Assassinat de Matoub Lounès. 12 ans après, toujours pas de procès - Site perso de Mohamed ZIANE-KHODJA

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Assassinat de Matoub Lounès. 12 ans après, toujours pas de procès

Kabylie > Matoub Lounès > 2010
      JEUDI 24 JUIN 2010   >>     1994 | 1995 | 1998 | 1999 | 2000 | 2001 | 2003 | 2004 | 2005 | 2006 | 2007 | 2008 | 2009 | 2010 | 2011 | 2012 | 2013


       


12 ANS APRES, TOUJOURS PAS DE PROCES


© La Dépêche de Kabylie | Jeudi 24 juin 2010
Mohamed Bessa

Son assassinat, le 25 juin1998, marquait une ascension aux extrêmes dans un pays déjà rendu exsangue par le tourbillon des tueries dans lesquelles il s’était enfoncé depuis le début des années 1990. Flamboyant chantre de la culture amazighe, qu’une loi sur l’arabisation venait de déclarer hors-la-loi, et symbole le plus net de cette effervescente Kabylie qui refusait d’abdiquer devant le projet intégriste ni de céder au diktat d’un pouvoir qui se préparait à organiser la succession de Zeroual dans une lourde atmosphère de luttes de clans marquée par d’assourdissantes sorties médiatiques, Lounès Matoub combinait une exceptionnelle densité politique et culturelle. Quelques jours auparavant, il venait de sortir un album dans lequel figure une parodie de l’hymne national.

C’était jusque-là des intellectuels et des journalistes qui étaient les cibles des attentats à répétition. Avec lui, les commanditaires se sont pris à une incarnation totémique de toute une région. La Kabylie est rapidement plongée dans un cycle de la violence, trois manifestants seront tués. La frustration était d’autant intense que la région a enregistré l’attentat, survenu un jeudi à la mi-journée dans les oliveraies, comme une blessure narcissique. Les évènements de 2001 allaient, par certains aspects, simplement prolonger cette réaction. Qui a tué Matoub ? Huit ans après, la Justice ne parvient pas encore à en donner la moindre réponse. Le dossier instruit dans des conditions qui n’ont particulièrement pas satisfait la famille Matoub, tarde à livrer une quelconque issue. Des accusés croupissent sans jugement et de lourdes présomptions pèsent sur l’ingénierie de cet assassinat. En même temps que le pays s’enlisait dans la violence, des pans de la société étrennent des crans de suspicions et se construisent des psychologies du complot. De Tahar Djaout à Kasdi Merbah, toutes les personnalités illustres qui ont péri dans le tumulte des années de sang n’échappent pas aux lectures soupçonneuses. Les conditions de la mort du colonel Amirouche sont, depuis quelque temps, au centre d’épiques controverses.

Des approches qui ajoutent au drame national en rendant difficile la construction d’un minimum consensuel autour de beaucoup de questions politiques. Seule une volonté politique forte qui déteindrait sur la conduite des procédures de justice, paraît à même de taire définitivement les rumeurs et les supputations et de rasséréner la soif de justice des parties endolories, soit tout le monde et d’abord la famille Matoub, par ce drame. Une telle perspective paraît immédiatement improbable avec la politique dite de réconciliation nationale qui, sacrifiant l’exigence de justice, entend rétablir la paix civile par un effort transcendant de mansuétude. Il est clair néanmoins qu’un tel statu quo ne peut indéfiniment durer. Viendra le temps où la société devrait solder ses frustrations et se réconcilier durablement avec elle-même. "La vérité peut tomber malade mais elle ne meure jamais", disait Cervantès.

 
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