Jean El-Mouhoub Amrouche Une personalité, une oeuvre multiple Image de soi et altérité coloniale Le dilemme d'une solidarité controversée Le poète de l'Algérie immémoriale Le passeur kabyle La saga des Amrouche Le voleur de feu Ighil Ali, comme un poème de Jean Amrouche Une littérature d'exil et d'angoisse S'émouvoir et se confesser en kabyle L'homme qui pleurait en berbère L'écrivain retrouve sa colline La résurrection de Jean Amrouche Les lumières de l'éternel Jugurtha Un homme à la grande dimension humaine

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18 février 2006
Pendant trois jours, les 15, 16 et 17 du mois courant, Ighil Ali a vécu au rythme de la célébration du Centenaire de la naissance de l’un de ses illustres fils : le poète écrivain Jean El Mouhouv Amrouche. Outre l’hommage mérité rendu à un homme de mérite, la fête fut tout simplement grandiose, comme si le village venait de renaître.
En effet, l’événement a alimenté la chronique
locale pendant plusieurs jours et la saga des Amrouche est sur toutes les lèvres.
Par conséquent, en dépit des moyens de bord avec lesquels l’association
Taos et Jean Amrouche a organisé cet hommage à un homme d’une
telle envergure, on peut dire que son objectif est largement atteint.
C’est M. Abdenour Abdeslam qui a ouvert le bal par une communication sur le
combat de Jean Amrouche où il a dénoncé énergiquement
la falsification de l’Histoire et la volonté manifeste de l’effacement
des hommes qui l’ont faite, à l’image de Jean El Mouhouv dont la contribution
pour la libération du pays du joug du colonialisme est indélébile.
«Même dans les ouvrages scolaires, on ne retrouve plus les textes
de Jean», dit-il avec amertume. Dans la foulée, M. Abdeslam fait
la lecture d’une émouvante missive adressée par Mouloud Mammeri
à Marguerite Taos Amrouche en guise de réponse à sa demande
de rédiger une oraison funèbre qui devait être lue sur la
tombe de Jean. Dans cette lettre qui restera dans les archives de l’association
Taos et Jean Amrouche, Mammeri exprime avec force son admiration et son plus
grand respect pour El Mouhouv Amrouche.
Du coup, Abdeslam exhorte l’assistance à continuer le combat pour que
la maison de la culture de Bgayet soit baptisée au nom de Taos Amrouche.
Ensuite, à la demande du conférencier, un vieux d’Ighil Ali, Dda
Yahia Mesbah en l’occurrence, prend la parole pour souligner, dans un témoignage
poignant, les entraves qu’il a rencontrées en voulant donner le nom de
Jean Amrouche à une école du village pendant ces années
où l’écrivain fut persona non grata même au sein de son
village. «Il aura fallu l’intervention et le soutien de Mohand Oulhadj
pour que la cérémonie d’inauguration ait lieu un certain 15 août
1965, en présence de grandes figures de la révolution nationale,
comme Krim Belkacem, Colonnel Ouamran, et bien d’autres», déclare-t-il.
L’occasion a été également donnée à d’autres
personnes du village qui ont connu les Amrouche pour faire leurs témoignages,
tels que MM. Chérif Amrouche, Dai Hamoudi et Père Robert Duplant.
Le deuxième jour, le journaliste écrivain, M. Abdelkrim Djaad,
a animé une conférence sur "Jean El Mouhoub Amrouche et son
village Ighil Ali". Il sera suivi d’une communication de M. Kamel Bouamara,
enseignant du Berbère à l’université de Béjaia,
dont le thème est "Chants berbère de Kabylie" de Jean
Amrouche. M. Djaad, qui est lui-même un enfant d’Ighil Ali, s’est attelé
à expliquer l’attachement de Jean Amrouche à son village et à
ses origines. Pour traduire un peu le déchirement qu’a vécu cet
écrivain, il affirme : «Il y avait pratiquement deux personnes
en Jean El Mouhouv Amrouche : il avait deux prénoms, l’un chrétien
et l’autre kabyle. Sur le plan religieux, il était musulman de culture
et chrétien de conviction. Il avait deux langues : le Kabyle et
le Français. Il avait la citoyenneté algérienne par l’histoire
et française par la civilisation». Et de poursuivre : «A
ma souvenance, Jean El Mouhouv aimait beaucoup sa terre natale, la terre de
son enfance, de ses racines».
Les conférences ont eu lieu à la voûte communale d’Ighil
Ali et ont drainé un public nombreux visiblement avide de savoir davantage
sur tout ce qui a un lien avec ce personnage emblématique qu’est Jean
El Mouhouv Amrouche. Des personnalités du monde de la culture y étaient
également présentes, tels que Abderrahmane Bouguermouh, Ali Mammeri,
Oulahlou…
Par ailleurs, plusieurs autres activités ont eu lieu, comme les galas
artistiques animés par une pléiade d’artistes kabyles, les pièces
théâtrales et les récitals poétiques. Les troupes
participantes sont venues des quatre coins de la Kabylie.
A souligner qu’en marge de ces activités, la vente du CD d’Oulahlou intitulé
Marguerite, en hommage à Taos Amrouche, est organisée et la recette
ira à l’édification d’une stèle pour Jean et Taos Amrouche.
Sans l’ombre d’un doute, le grand absent de ce Centenaire est M. Pierre Amrouche,
fils de Jean El Mouhouv qui pouvait apporter sa contribution et rehausser de
sa présence l’événement. Son absence est simplement liée
à un problème de date, dit-il. A ce propos, Pierre, qui espère
que l’événement s’est bien déroulé, déclare :
«Je viendrai en septembre prochain à l’occasion de l’organisation
d’un colloque Jean Amrouche à Bejaia avec Tassadit Yacine».
Enfin, beaucoup souhaitent que les ossements de Jean El Mouhouv soient rapatriés
et enterrés dans son village. Laurence Bourdil, fille de Taos Amrouche,
aurait même exprimé ce vœu, il ne resterait que l’aval de M. Pierre
Amrouche.