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07 octobre 2004
Depuis quelques jours, les pronostics donnent Assia Djebar comme future lauréate du prix Nobel. Un choix qui, au-delà de toute considération politique, suscite beaucoup de promesses et rend grâce à une carrière littéraire de plus de 40 ans.
L’auteur de La Soif, qui parut en 1957 chez Julliard,
a fait depuis beaucoup de chemin, se hissant à des niveaux jamais inégalés
dans la littérature arabo-maghrébine, bien que je n’aime pas trop
utiliser ces clivages qui redimensionnent la littérature dans une sphère
bien définie, la distinguant (parfois l’infériorisant) des autres
littératures.
La littérature reste sans frontières,
et celle d’Assia Djebar, spécifique, certes, par son écriture
et sa préoccupation est transfrontalière, une universalité
qui a fait d’Assia Djebar une femme de lettres ayant marqué son époque
et son temps tout comme Marguerite Duras, Han Suyin ou encore l’incroyable Carson
McCullers.
L'itinéraire qui mène de Fatima-Zohra
Imalayène à Assia Djebar est assez édifiant et ce, en plusieurs
points : première femme algérienne à être admise
à la prestigieuse Ecole normale supérieure de Sèvres, première
femme algérienne à investir le monde théâtral et
cinématographique, première Algérienne à enseigner
l’histoire et les lettres à la faculté d’Alger puis de Rabat,
et elle est aussi le premier écrivain arabe à décrocher
le prestigieux prix des libraires allemands en 2000.
Une carrière de 40 ans vouée à
l’écriture, à l’émancipation de la femme algérienne,
à l’amour d’un pays déchiré, mais sans cesse renouvelé
dans ses écrits et à une identité complexe d’où
les interrogations et les inspirations. “Je sais aujourd'hui qu'on peut écrire
dans une langue étrangère, l'intégrer à notre imaginaire
sans pour autant rompre avec ses racines”, écrivit-elle devant la problématique
de la langue rajoutant plus loin : “Je crois, en outre, que ma langue de souche,
celle de tout le Maghreb, je veux dire la langue berbère, celle d’Antinéa,
la reine des Touareg… Cette langue donc que je ne peux oublier, dont la scansion
m’est toujours présente et que pourtant je ne parle pas, est la forme
même où, malgré moi et en moi, je dis "non" :
comme femme, et surtout, me semble-t-il, dans mon effort durable d’écrivain.”
L’écriture d’Assia Djebar, qui s’est imposée
comme l’un des écrivains majeurs de l’Algérie, est une succession
d’émotions, un voyage initiatique dans la pensée féminine
— une pensée trop souvent interdite — car stigmatisée par les
contraintes. Et, qui sous la plume d’Assia Djebar pour qui la littérature
est une histoire de lutte, cette pensée (en somme la femme) se libère
de l'emprise des valeurs patriarcales.
Assia Djebar exploite alors la dimension esthétique
du corps en redonnant vie et résistance à des générations
de femmes, dont le destin est décrit souvent dans la souffrance, la douleur,
mais aussi dans l’espoir, la beauté et la féminité. Assia
Djebar, qui consacre toute son écriture à la femme même
si cette écriture porte les traces et les cicatrices de la douleur algérienne,
une patrie (souvent symbolisée par une femme) mêle habilement ses
propres souvenirs d'enfance à l'évocation du passé lointain,
la conquête par les Français, la guerre d'indépendance,
le passé récent, cette décennie d’horreur qu’a connue l’Algérie.
Assia Djebar, lauréate du prix Nobel de
littérature… On aimerait y croire et fortement même ; en somme,
une belle consécration pour la dame de lettres algériennes.