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28 juin 2005

Il y a juste trente ans, un jeune homme fraîchement arrivé d’Algérie écoutait religieusement, au premier rang de l’amphi de l’Institut des sciences politiques de Paris, l’illustre Georges Vedel.

Il était loin de s’imaginer qu’un jour une Algérienne prononcerait son éloge posthume avant de prendre sa place sur les bancs de la prestigieuse et séculaire Académie française. Si on est tenté de l’appeler Assia, ce n’est pas tant par manque de retenue mais parce qu’en cet instant l’honneur qui lui est fait nous plonge dans l’intimité de notre histoire personnelle, nous les cadets d’une génération francophone perdue. Elle est notre honorable aînée et nous aurions tant voulu que le fil de l’intelligence et de l’espoir que sa génération nous a transmis ne se soit pas perdu dans un océan de désolation et d’amertume. Nous avions presque oublié que l’Algérie n’a jamais manqué d’êtres sensibles et intelligents à la hauteur d’Assia. Nous avions presque oublié qu’il put en être ainsi pour nos aînés que nous admirions et dont nous avions tout fait pour transmettre un flambeau qu’ils ont arraché à un système scolaire et social qui ne leur était pourtant pas ouvert facilement. Merci Assia ! a-t-on envie de lui dire aujourd’hui, tout simplement. Merci ! Elle a porté haut ce jeu de l’écriture, ce jeu sublime des mots et des pensées que nous souhaiterions voir aux commandes de ce monde algérien à la dérive. L’honneur qui lui est fait rejaillit sur tous les intellectuels de sa génération et celle des générations futures. Nous n’avons pas besoin, nous, de l’excuse de sa qualité de femme, à la culture européenne et aux élans féministes pour la placer où elle est aujourd’hui afin de taire les angoisses d’un islamisme rampant en France. Pas plus que nous n’avons à trouver d’explications détournées pour les nominations récentes et continues de personnalités d’origine algérienne au gouvernement. Elle est Assia, une immense écrivaine francophone et un exemple pour tous les Algériens, un point c’est tout. Le hasard a voulu qu’en ces dernières semaines la lecture de plusieurs ouvrages de Mohamed Dib m’a replongé dans l’univers de ces aînés qui nous ont formés à travers leurs écrits. Ils resteront à jamais gravés dans nos cśurs de jeunes collégiens algériens, avides de bonnes lettres et d’intelligence. Nous ne pouvions rivaliser avec eux et l’idée ne nous aurait jamais effleuré de le pouvoir un jour. C’est donc particulièrement à Mohammed Dib que ma pensée associera symboliquement l’entrée à l’Académie française d’un auteur algérien francophone. Parfaite alchimie entre celui de Zola et celui de Giono, le monde de Mohammed Dib n’avait pas peur de nous engager dans l’état réel de l’Algérie de son époque par le truchement judicieux des magnifiques personnages de notre enfance. Mohammed Dib a joué dans la cour des très grands de la littérature francophone, mais aussi dans celle du combat politique et social permanent. Il ne sera pas sur les bancs de l’Académie, mais il sera à jamais sur ceux que notre reconnaissance éternelle lui accorde. Institution désuète pour les uns, chapiteau de la gloire pour les autres, Assia y tiendra en tout cas honorablement sa place. Nous serons nombreux à monter derrière elle les marches de l’Académie, invisibles et discrets, honorés de ce sacre de l’intelligence.