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 23 juin 2005

C’est tout simplement ce mot que l’éditorialiste du très sérieux quotidien Le Monde (18 juin) donne en titre à son papier consacré à l’élection de Assia Djebar à l’Académie française, en écho à une vivante et belle photo de une.

Il y a du pathos et du dérisoire chez nos officiels à prendre acte de consécrations symboliques d’algérianité - confirmées de cénacles d’ailleurs - avant de délivrer hommages de reconnaissance, qui sonnent faux, à nos grands des arts et lettres. Pas seulement aujourd’hui, mais depuis l’indépendance. Parce que l’Algérie officielle a été structurée - dans ses voix les plus autorisées, comme on dit - pour imposer la consécration du génie créateur à la traîne de bureaucrates qui n’ont rien à cirer de la chose. Et y voient toutes les scories inconnues de nature à contrecarrer les passes de leurs propagandes. Un peu comme une chatte qui bouffe ses petits, comme on dit. Ou les pousse à l’exil. Dib et Bennoune, qui ont tenu à ce que leurs restes d’os soient enfouis en France et aux Etats-Unis ; Mimouni, qui a refusé jusqu’au bout d’aller se faire soigner à Paris pour se mourir en terre d’Afrique du Nord, à Tanger. Ou, brutale version, Matoub (sept ans déjà cette semaine) se faire trucider sur une route de nos montagnes. Et plein d’autres encore. Et pourtant, justement en la grande dame Assia Djebar, la mort symbolique programmée par les maîtres du pays (et la nébuleuse de chéfaillons civils et militaires), ne peut tenir d’une « faute patriotique. » Elle a, Assia Djebar, pour utiliser un mot du dictionnaire Matoub, « cogné sur les portes de l’avenir » quand, délaissant ses études à la prestigieuse Ecole normale supérieure de Paris, à l’appel du 19 mai 1956, elle a mis, à Tunis, sa plume en confluence avec le journal El Moudjahid du combat de libération nationale. Et dit aussi (Le Blanc de l’Algérie, Albin Michel) d’éclairantes choses sur l’opération d’intox bleuite des services français, qui a permis à de farouches chefs moustachus de l’ALN de zigouiller nombre de ses camarades. Aucun talent, on le sait, ne peut vraiment éclore et vivre hors de son humus d’humanité ; vivant physiquement le pays des années 1974/1980, elle a rappelé (Oran, langue mort.) la colossale castration frappant les langues de la société et la réclusion infligée à la femme. D’aussi et plus encore farouche bêtise que ceux qui ont mis fin à la vie de ses camarades de jeunesse.