Assia Djebar Escritora y cineasta Assia Djebar, pseudonym of Fatima-Zohra Imalayène Assia Djebar, Dicthterin, Historikerin, Filmemacherin Prix de la Paix 2000 des libraires et éditeurs allemands L'oeuvre d'Assia Djebar Assia Djebar, par Beida Chikhi La Maison des Écrivains rend hommage à Assia Djebar Nomade entre les murs Discours à Frankfurt: Idiome de l'exil et langue de l'irréductibilité L'amour, la fantasia Un écrivain, une femme Assia Djebar élue à l'Académie française Le sacre de l'Algérie qui avance Les palmes et le palmier «Hommage Immortelle» Une cherchelloise parmi les grands Notre honorable aînée Figure marquante de la littérature algérienne «Les Nuits de Strasbourg», ou l'Érotique des langues «La Femme sans sépulture» Assia Djebar honorée par le président Carlo Ciampi Le prix Nobel 2004 ira-t-il à Assia Djebar? Écriture autobiographique dans l'oeuvre d'Assia Djebar Écriture et interdit dans l'autobiographie d'Assia Djebar

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28 juin 2005
L’Académie française vient de rendre hommage aux qualités intellectuelles d’Assia Djebar en l’appelant, le 16 juin 2005, à remplacer l’éminent juriste Georges Vedel. Qui donc eût pu prévoir que cette consécration suprême échût à une romancière algérienne ? Il y a de quoi pavoiser. Cette femme de grande valeur mérite qu’on lui adresse les plus enthousiastes compliments.
L’Académie française a été
fondée en 1635 par le cardinal Richelieu. Elle a son siège au
23, quai de Conti à Paris. Elle compte 40 membres élus par leurs
pairs. Elle réunit en son sein des romanciers, des poètes, des
historiens, des philosophes, des hommes d’Etat, des hommes d’Eglise qui ont
donné leur vie aux lettres ou qui ont servi et honoré la France.
Initialement réservé exclusivement aux hommes, l’accès
à l’Académie française n’a été permis aux
femmes qu’en 1980 avec l’admission de la romancière belge Marghuerite
Yourcenar. L’Académie française compte à présent
quatre femmes parmi ses membres : Jacqueline Worms de Romilly (élue
en 1988) ; Hélène Carrère d’Encausse (élue
en 1990, elle fait fonction de secrétaire perpétuelle de l’Académie
française) ; Florence Delay (élue en 2000) ; Assia Djebar
(élue le 16 juin 2005). Il va sans dire et encore mieux en le disant
que la désignation d’Assia Djebar par le vote des académiciens
français est un fait historique considérable et sans précédent.
Elle est en effet le premier écrivain arabe et par surcroît une
femme à entrer à l’Académie française. Il ne faut
jamais oublier quand on parle d’Assia Djebar qu’elle est également la
première femme algérienne à faire partie de cette prestigieuse
lignée d’écrivains algériens de langue française,
tels Mohammed Dib, Mouloud Mammeri, Mouloud Feraoun, Kateb Yacine, Yasmina Khadra,
Rachid Boudjedra, Mourad Bourboune, Rachid Mimouni et biens d’autres hommes
de lettres qui ont passionnément servi la mère patrie en utilisant
la langue vernaculaire de Racine et de Mauriac. Que les lecteurs me permettent
d’appeler leur attention sur cette coïncidence qui vaut la peine d’être
constatée : l’élection d’Assia Djebar à l’Académie
française a lieu à un moment où jamais l’Algérie
n’a été aussi paisible et prospère, à un moment
où plus que jamais s’opère la réconciliation entre l’Algérie
et la France. A observer ce qui se passe depuis quelques années en Algérie,
ne dirait-on pas un immense et heureux destin qui s’accomplit ? Je vois,
dans les honneurs qu’Assia Djebar reçoit, le triomphe de l’immense écrivain,
mais aussi le triomphe de l’Algérie. L’admission d’Assia Djebar à
l’Académie française m’a fait un double bien : comme Algérien,
j’en suis très fier ; comme homme de lettres, j’en suis ravi. Comme
le message des grands hommes qui ont mérité de l’humanité,
l’exemple de cette femme de mérite qui a émerveillé le
monde entier se transmettra à travers les siècles. On serait tenté
de se poser la question : qui est cette Algérienne qui est devenue
l’une des quarante ? Assia Djebar, de son vrai nom Fatima Zohra Imalayène,
est née à Cherchell le 4 août 1936. Dans son roman L’Amour,
la fantaisie, elle évoque ses souvenirs d’enfance passée dans
sa ville natale : « J’ai passé chacun de mes étés
d’enfance dans la vieille cité maritime encombrée de ruines romaines
qui attirent les touristes. » Son père instituteur avait été
le condisciple de Mouloud Feraoun à l’école normale de Bouzaréah.
Assia Djebar passa à Blida et à Alger une jeunesse toute consacrée
aux études. Venue dès l’âge de dix-huit ans à Paris,
elle subit avec succès, une année après, le concours d’admission
à l’Ecole normale supérieure de Sèvres. En 1956, elle participa
à la grève des étudiants algériens et ne passa pas
les examens de licence. En 1957, elle fit son entrée en littérature
en publiant chez Julliard à Paris son premier roman La Soif. Une année
avant, Kateb Yacine avait publié Nedjma et Léopold Sédar
Senghor son recueil poétique Ethiopiques. Au moment où fut publié
La Soif, Albert Camus obtint le prix Nobel de littérature, et Philippe
Sollers fit paraître dans la revue de Jean Cayrol Ecrire un petit récit,
Le Défi. La Soif suscita l’enthousiasme de la critique littéraire
parisienne. Un chroniqueur littéraire lui donna le nom flatteur de « Françoise
Sagan de l’Algérie musulmane ». Cette romancière française
est l’aînée d’Assia Djebar d’une année. Elle connut le succès
dès la publication de son premier roman Bonjour tristesse (1954) qui
fut suivi d’Un certain sourire (1956) et en 1957 de Dans un mois, dans un an.
En 1958, Assia Djebar publia son deuxième roman Les Impatients. Sa licence
d’histoire obtenue, Assia Djebar prépara à Tunis un diplôme
d’études supérieures d’histoire. Bientôt mise en contact
avec le FLN, elle put livrer au journal El Moudjahid des enquêtes sur
des réfugiés algériens qui furent remarquées. Des
fonctions d’enseignante l’attendaient : 1959-1962, elle enseigna l’histoire
de l’Afrique du Nord à l’université de Rabat. En 1962, elle retourna
en Algérie où en même temps qu’elle enseignait l’histoire
moderne de l’Afrique à l’université d’Alger, elle publia à
Paris chez le même éditeur son troisième roman Les Enfants
du Nouveau Monde. Dès 1965, elle retourna à Paris où elle
entreprit des activités de critique littéraire et cinématographique.
Elle publia d’autres romans qui dénotent également un extraordinaire
talent d’écrivain : Les Alouettes naïves, Femmes d’Alger dans
leur appartement, L’Amour, La Fantaisie, Oran langue morte, Le Blanc de l’Algérie,
Vaste est la prison, Loin de Médine : les filles d’Ismaël.
Il est un roman d’Assia Djebar qu’on ne peut oublier : Vaste est la prison.
Dès 1973, une bonne partie de l’activité d’Assia Djebar se dépense
dans le cinéma avec La nouba des femmes du mont Chenoua pour lequel elle
obtient le prix de la critique internationale Fipreci, à la biennale
de Venise en 1979. En 1982, elle présente à la Télévision
algérienne La Zerda et Les Chants de l’oubli. D’autres prix lui furent
décernés : prix Maurice Maeterlink (Bruxelles) International
Literary Neutadt Prize (USA), prix international de Palmi. Après cette
appréciation rapide des romans et de l’activité cinématographique
d’Assia Djebar, hâtons-nous de dire quelques mots de ses thèmes
fondamentaux. « Pourquoi écrire ? J’écris contre
la mort, j’écris contre l’oubli... j’écris dans l’espoir (dérisoire)
de laisser une trace, une ombre, une griffure sur un sable mouvant, dans la
poussière qui vole, dans le Sahara qui remonte. » En écrivant
ces lignes publiées en 1985 dans Présence de femmes, Assia Djebar
ne croyait certes pas que sa carrière littéraire la conduirait
vingt années plus tard à l’Académie française. Devenue
l’une des 40 immortels - ainsi désigne-t-on les membres de l’Académie
française - Assia Djebar peut se rassurer qu’elle a bel et bien écrit
Contre la mort et l’oubli. Par ailleurs, dans tous ses romans et ses films,
Assia Djebar lutte pour la défense de la femme. Jean Dejeux, dans son
dictionnaire des auteurs maghrébins de langue française, a donné
un aperçu des combats multiples d’Assia Djebar : « Romancière
de grand talent inscrivant son œuvre dans le combat pour la reconnaissance de
l’Algérienne... Assia Djebar n’a cessé de s’engager par la plume
pour la conquête de l’espace, la renaissance et la libération du
corps, de même que pour la renaissance au monde : liberté
de voir et d’être vue, liberté de circuler dans l’espace masculin,
liberté de parler avec et en face de l’homme, liberté de dévoiler
le corps... » Dénonçant l’enfermement et l’isolement
des femmes, elle écrit : « Lila avait décidé
de plus sortir tant que durerait sa grossesse, nullement effrayée devant
les cinq à six mois d’emprisonnement auxquels elle se condamnait délibérément :
‘’Mais n’ai-je pas risqué d’être une femme cloîtrée’’. »
(Les enfants du nouveau monde, pp. 62-65). Indignée des violences exercées
contre la femme, elle écrit : « Mots du corps voilé,
langage à son tour qui si longtemps a pris le voile » (Femmes
d’Alger dans leur appartement, pp.7-9). Dans une autre page, elle dénonça
en ces termes le port du voile : « Les femmes vivent-elles,
en dépit de ce son feutré ? Cette contrainte du voile abattu
sur les corps et les bruits raréfie l’oxygène même aux personnes
de fiction » (Femmes d’Alger). Dans la plupart de ses romans où
beaucoup de vues sont justes et fécondes, rien n’est négligé
pour lutter contre la phallocratie. Dans quelques mots de moquerie gouailleuse,
elle se donne le plaisir de dire dans La Soif (pp. 66-68) : « Un
homme veut une femme parce qu’il a froid ; pour cette seule raison, ils
cherchent tous à se frotter si souvent au plaisir. Pauvres petits vers
qui tous, un beau jour, finissent par se prendre pour des dieux ! Moi,
je n’aime pas les dieux. » Assia Djebar est un artiste de talent.
Elle sait peindre. Sa phrase vaut par la simplicité, la netteté.
Il faut y ajouter la sensibilité, la couleur, l’émotion. Par l’esprit,
elle est fille de Mme de Staël dont le roman Corinne a présenté
pour la première fois les revendications féministes. Dans son
discours de réception à l’Académie française en
1836, François Guizot disait : « Quelquefois, m’abandonnant
à ces espérances qui charment la vie d’un homme de lettres, et
rêvant à l’honneur d’être admis au milieu de vous, la pensée
m’est venue que parmi tant de glorieux héritages, il serait beau d’obtenir
celui du philosophe illustre dont vous avez voulu que je prisse la place... »
De même que Guizot, Assia Djebar, me semble-t-il, peut remercier ses pairs
de lui avoir réservé le fauteuil d’un autre académicien
aussi célèbre que le philosophe dont Guizot a pris la place. C’est
Georges Vedel, bien connu au Maghreb et dans beaucoup de pays africains pour
ses cours remarquables de droit constitutionnel et ses consultations juridiques
judicieuses.