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18 juin 2005

C’est la première personnalité maghrébine à se frayer une place parmi les “immortels”. Assia Djebar, écrivaine de grand talent et cinéaste, porte-voix de l’émancipation de la femme en Algérie, a été élue jeudi dernier à la prestigieuse Académie française —devançant de quelques voix l'écrivain Dominique Fernandez —, où elle occupe désormais le fauteuil du constitutionnaliste Georges Vedel, mort en 2002. Son élection a été saluée hier, dans un communiqué,  par le président français Jacques Chirac qui s’est “réjoui de ce choix qui dit aussi notre attachement à tous ceux pour qui notre langue demeure symbole de liberté et de fraternité”. Déclaration relayée par celle du Premier ministre, Dominique de Villepin, qui y voit “la juste reconnaissance du talent d'une femme de cœur”.

De ce côté-ci de la Méditerranée, jusque dans l’après-midi d’hier, aucune réaction officielle n’a été enregistrée. L’écrivain Waciny Laredj, cité par l’AFP, a regretté le fait que les officiels algériens gardent le silence devant cette “fierté nationale”. “Le traitement de cette information par la Télévision nationale comme un fait banal m'a sidéré”, a-t-il déploré, en estimant que “les pouvoirs publics, en premier lieu le chef de l'État, devraient réagir”. Saïd Boutajine, critique littéraire et auteur en langue arabe, qui s’est dit “très heureux pour l'Algérie et pour Assia qui a une dimension colossale, de la même lignée que Mohamed Dib”, a souhaité, pour sa part, que cette reconnaissance “ne sera pas exploitée politiquement, notamment pour le compte de la francophonie ou par les adversaires de la langue française pour dénigrer les auteurs s'exprimant dans cette langue”. Intervenant sur les ondes de France-Info, Assia Djebar s'est dit “contente” de faire partie des 40 membres de la plus vieille institution française du genre “pour la reconnaissance que cela implique pour la littérature francophone de tous les autres pays, y compris évidemment du Maghreb, (...), mais aussi de tous les pays africains”. Au moment où elle a accepté de répondre favorablement à la proposition de poser sa candidature, l’écrivaine avait “réfléchi effectivement par rapport à l'Algérie et par rapport aux années noires, à la décennie noire de 1990, où tant d'amis à moi francophones l'ont payé de leur vie. Assia Djebar a été une pionnière bien avant d’être la première femme maghrébine à occuper un fauteuil à l’Académie française. En 1955, elle avait été la première femme algérienne admise à l’École normale supérieure de Sèvre. Revenue avec un doctorat de l’Université de Montpellier, elle intègre la faculté d’Alger aux premières heures de l’Indépendance, où elle enseigne l’histoire jusqu’en 1965, puis la littérature française et le cinéma entre 1974 et 1980. De son vrai nom, Fatima-Zohra Imalyène, née en 1936 dans la petite localité balnéaire de Cherchell, à l’ouest d’Alger, elle publie son premier roman, La Soif, à l’âge de 19 ans, en 1955, ce qui lui valut la comparaison par la critique d’alors avec Françoise Sagan. Après avoir sorti deux romans en 1967, Les Enfants du Nouveau Monde et Rouge l’Aube, elle réalise son premier long métrage, Nouba des femmes du mont Chenoua, qui a reçu le prix de la Critique à la Biennale de Venise en 1979. À partir de 1980, elle s’installe à Paris où elle entame la rédaction de Femmes d’Alger dans leur appartement, recueil de nouvelles, devenu depuis sa sortie un classique dans de nombreux pays francophones, réédité en 2002 avec des indédits.
La même année est sorti son dernier roman
La Femme sans sépulture, hommage à une héroïne de la guerre d’indépendance dont les enfants n’ont jamais pu enterrer le corps. Traduite dans une vingtaine de langues, l’écrivaine a été consacrée en 2000 par le prix de la Paix des éditeurs et libraires allemands pour son engagement “en faveur des femmes des sociétés musulmanes” et a “frôlé” le prix Nobel de littérature en 2004. Élue en 1999 à l’Académie royale de Belgique, elle est nommée Commandeur des Arts et des Lettres en France et a reçu la Grande médaille de la francophonie en 2001. Vivant entre Paris et les États-Unis, l’écrivaine enseigne actuellement la littérature à l’Université de New York. Durant la décennie noire, elle  s’était rendue une seule fois en Algérie, c’était pour l’enterrement de son père.